lundi 11 mai 2020

Une économie mondiale en sursis


Depuis l’amorce de la pandémie du Covid19, il y a plus de trois mois, le monde des médias, les gourous de l’économie, de la sociologie et de la politique ont avancé les spéculations les plus folâtres sur les répercussions sinistres de cette endémie, que certains baptisent de guerre mondiale, de complot Chinois, de manigance biologique ou de réprobation et d’exécration providentielle.

Des économistes de tout bord, se sont hasardés jusqu’à prophétiser l’apocalypse du capitalisme et appellent à refondre les accords de Brettons Woods.

Faut-il rappeler que la conférence de Brettons Woods, connue sous le nom de conférence monétaire et financière des Nations-Unies s'est tenue du 1er au 22 Juillet 1944 dans l’ambition était d’échafauder un édifice économique du capitalisme capable de réamorcer l’économie mondiale au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Cette conférence avait accouché un système monétaire international (SMI) indexé sur le prix de l’or à travers l’enfantement du Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale ayant pour mandat de financer la remise sur les rails des pays ébranlés par la guerre mondiale.


La conférence de Brettons Woods a aussi édicté la royauté du pays de l’oncle Sam et que le billet vert, le Dollar Américain en l’occurrence était la devise de référence, à un moment où l’économie Américaine pesait d’un poids lourd avec plus de 45% de l’économie mondiale. Cet exposé succinct est certes de la protohistoire mais qui explique en bonne partie ce qui se trame aujourd’hui.


Avec les dommages collatéraux du Covid-19, le monde a-t-il besoin d’une nouvelle feuille de route loin de l’armature de Brettons Woods ? Sur ce point, c’est le mystère absolu, le monde ne va-t-il plus être ce qu’il était, à commencer par cette globalisation exubérante? Sur cette interrogation, c’est l’équivoque totale.

Déjà, la boule de cristal de la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED) annonça dans une étude publiée au mois de Mars que les investissements directs étrangers (IDE) dans le monde vont baisser de 30 à 40% pour les deux prochaines années, tout en précisant que le Covid-19 n’est pas uniquement un problème de logistique et de commerce mais aussi de confiance dans le modèle actuel. C’est peut-être ce qui explique le foisonnement, dans plusieurs pays, des courants politiques prônant le nationalisme économique et le rapatriement des investissements à l’étranger.

Cette pandémie a engendré un séisme économique, financier et social d’une grande amplitude jalonnée par une contraction brutale de l’économie mondiale ; ces désordres mondiaux ont sapé d’un seul coup les pays développés prétendant être riche comme Crésus, les puissances émergentes et les Etats les plus démunis. A présent, les sociétés doivent affronter une crise globale d’une intensité immense et dont la durée paraît sine die et imprévisible :

- Globale, parce que tous les acteurs étatiques et non étatiques sont concernés en chaque point du globe ;

- Globale, en sus, car toutes les dimensions des activités humaines sont impliquées, aussi bien économiques, politiques, sociales, et culturelles.

Autant de données qui exigent de rappeler dans un premier temps les germes et les enjeux des mécanismes économico financiers mis en cause avant de pouvoir proposer un cadre d’analyse opératoire. 

Historiquement, lors de la réunion du G7 tenue en Novembre 1998, l’Ex-président B. Clinton n’avait-il pas souligné l’impérieuse et urgente nécessité d’humaniser la mondialisation ? Plus de 22 ans plus tard, le propos s’impose avec plus d’acuité et d’actualité encore. En effet, au cours de cette dernière décade, la mondialisation n’a pas été synonyme, loin s’en faut, de croissance générale et solidaire d’une économie mondiale unifiée et pacifiée. A l’échelle internationale, elle n’a pas non plus permis de colmater et de rétrécir l’hiatus abyssal des inégalités les plus criantes où moult pays ont ainsi été évincés de la redistribution des richesses et progressivement marginalisés. Aussi avec les différentes répercussions dangereuses en longueur et en largeur, des exclusions sociales existent-ils aussi, au plan interne, dans les pays développés, au point d’entraîner des "sécessions sociales" pour paraphraser Robert Reich.

Qu’en sera-t-il à présent en termes de disparités sociales, que ce soit le clivage Nord/Sud et Sud/Sud, alors même que la finance mondiale connaît une crise majeure attisée par la pandémie du Corona-Virus pointant l’épée de Damoclès sur la sécurité humaine ?

Au fil de ces dernières années et au regard de cette tragédie sanitaire mondiale, les institutions de Brettons-Woods se sont montrées impuissantes à prévenir les crises, mettant ainsi en évidence la vulnérabilité d’un système financier étayé pour l’essentiel sur une très large dérégulation. Aussi, un grand nombre d’experts préconisent-ils l’échafaudage d’une gouvernance mondiale de la finance. Mais ceci suppose de mener au préalable une radioscopie et un check-up de la mainmise, de l’exceptionnalisme Américain et des limites d’une gouvernance impériale et léonine qui aurait dû maintenir la finance sous contrôle- si l’on croit des gourous de la stabilité hégémonique comme Charles Kindlberger ou Robin Glipi. Avec la pandémie du Covid19 et le voyeurisme de la communauté internationale qui s’ensuit, l’échec de ce crédo libéral ne paraît-il pas à présent avéré ?

Pour autant, moult options stratégiques s’affrontent quant à la mise en place d’une gouvernance mondiale avec deux grandes apostrophes :

1- Les Etats doivent-ils s’orienter vers plus de multilatéralisme ?

2- Ou les Etats doivent-ils tirer révérence des pans entiers de leur souveraineté, à même de permettre l’éclosion d’une autorité supra étatique transcendant et imposant une régulation internationale de la finance ?

Difficile d’augurer d’un consensus en témoigne les divergences et les guerres intestinales politiques, les bras de fer et les enjeux de pouvoir que révèlent le duel USA Vs Chine.

A la faveur des bouleversements récents de la pandémie du covid19, les populations ont fait l’expérience d’un système libéral qui ne leur a finalement offert aucune garantie d’équité, ni de solidarité internationale. Au contraire c’est le " chaqu'un pour soi" qui prédomine où différents courants politiques, dans plusieurs pays, à travers le monde, prônent le nationalisme économique et le rapatriement des investissements à l’étranger.

En outre, il règne toujours une grande nébulosité, une incertitude dans les échanges et une perte de sens face à laquelle le monde politique reste comme frappé de tétanie conceptuelle.

Tout concourt à affûter et à accentuer celle-ci : Aussi bien l’impossibilité d’anticiper les micro-actions individuelles d’acteurs innombrables et apparemment erratiques, que le retrait continu de la puissance étatique et de ses moyens de régulation. 

A l’heure de l’existence d’une présumée communauté internationale, il convient assurément d’examiner la redéfinition de valeurs communes si souvent évoquées. En effet, la brutalité de la crise économique nous invite à aborder les impératifs du développement durable au regard de la crise économique, financière et de ses contraintes systémiques, impératives sans lesquels toute référence à l’existence de biens communs ne serait que pure rhétorique et placerait l’économie mondiale en sursis.

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