vendredi 22 mai 2020

Le deuil de la globalisation au temps du Covid-19



C’est devenu un secret de polichinelle que la Covid-19 chavire et ébranle, de jour en jour, notre planète, même le plus ignare constata que le Coronavirus chamboule, au fil des jours, notre train de vie, notre routine et notre monotonie. 

Par l’amplitude de la tragédie des pertes humaines (plus de 320 255 décès selon l’OMS.), la célérité de sa contamination (plus de 4,9 Millions cas) et notre agénésie à stopper sa transmissibilité, ce microbe est à l’origine d’une grande frousse sans égale depuis la seconde Guerre mondiale et la grande dépression des années 30. 

En sus de l’effroi qu’elle a suscité, cette pandémie sanitaire de grande magnitude est en train de remettre en cause nos accoutumances et notre seconde nature ? La Covid 19 n’est-elle pas entrain de révolutionner nos pratiques politiques, économiques et sociales ? Cette épidémie n’est-elle pas témoin des dérivations d’une économie globalisée qui a eu des effets pervers sur notre biodiversité et notre société ? 

C’est devenu une tarte à la crème l’opinion que plus rien ne sera comme avant, monde du business et des affaires, milieu politique, acteurs de la société civile, intellectuels et penseurs 

C’est une autre économie que nous devrons nous atteler à rebâtir loin des vertus de la fameuse métaphore de la main invisible d’Adam Smith, c’est un autre économie que nous devrons nous attacher à refondre très loin de l’économie mondialisée très cher à l’ex-Secrétaire d’État de Bill Clinton, Robert Reich en l'occurrence dans son Best-seller dans les années 90 " l’Economie Mondialisée". 

Nous pensons que c’est un nouvel édifice économique qui se reconstruit autour de six piliers essentiels. 

- Le premier pilier concerne le comeback en force du concept de la souveraineté de l’Etat et de frontières. Or, faut-il rappeler que la globalisation a été étayée sur le désaveu du paradigme national de la souveraineté politique et économique de l’Etat au profit des grandes audiences multilatérales, à l’instar des Firmes Multinationales FMN ou les grandes unités inter-territoriales pour reprendre l’expressions de Maurice Byé. 

Ce credo est en train d’être supplée et les pays, au temps du Covid-19 sont en train de remémorer la nostalgie de l’auréole nationale, notamment dans les investissements massifs dans les infrastructures et les industries stratégiques, comme les grands projets des barrages durant les années 70 avec la vision éclairée de feu Hassan II, les industries industrialisantes en Algérie si cher à Destanne de Bernis, et les industries lourdes en Asie notamment au Japon et en Corée du Sud. C’est aussi, aujourd’hui que sur l’arène mondiale, singulièrement les pays développés, ont découvert leur obédience et leur aliénation pour les produits industriels attisée par la mainmise de la Chine et de l’Inde qui produisent aujourd’hui plus de 80% de la production mondiale de ces produits actifs. 

Avec la pandémie du Covid-19 et la barricade des voies terrestre, aériennes et maritimes, les Etats sont entrain de perdre leurs illusions du mythe de la fin de souveraineté pour se repositionner sur les chaines de valeur mondiales et les activités stratégiques abandonnées jusque-là. 

- Le second pilier a trait au retour majestueux de l’Etat et la mission prédominante qu’il est entrain de jouer dignement dans la gestion de cette pandémie et qu’il continuera à assurer dans le monde post-covid-19. Ce regain sensationnel de l’Etat dans la bataille contre les effets alarmants de la pandémie, ainsi que sa gestion économique et sociale, a volatilisé les conceptions du rôle régulateur de " l’Etat Gendarme" et la nécessité de cantonner son interventionnisme dans ses fonctions régaliennes et à la correction des incohérences du marché. 

- Le troisième pilier concerne le retour en force, partout dans le monde, de la dimension sociale. Les inégalités sociales extrêmes à travers des rapports alarmants d’OXFAM ( qui montrent, avec des réalités chiffrées, l’hiatus abyssal entre nantis et démunis) n’ont-elles pas dévoilé les limites de la globalisation "happy" à contribuer à l’optimum social et à endiguer la pauvreté, la vulnérabilité et la marginalisation ? 

Aujourd’hui plus que jamais, la pandémie du Covid-19 est à l’origine d’un retour du social et d’une plus grande prise en compte de l’effort de solidarité et des investissements dans la santé et dans l’éducation par l’Etat afin de créer une nouvelle sociabilité. 

- Le quatrième étai est lié à la globalisation de la production et à la perturbation des chaînes de valeur mondiale qui a favorisé une grande division internationale du travail au niveau mondial et qui a fait de notre monde un petit village planétaire pour paraphraser Marshall McLuhan. Assurément, ce trend a été fortement remis en cause au cours des dernières années avec les guerres commerciales et les mesures de représailles, singulièrement entre les Etats-Unis et la Chine. Sur l’échiquier mondial, la pandémie de la Covid-19 n’est-elle pas en train de remettre en cause cette tendance et d’interpeller les relations économiques internationales à un retour des Etats-nations, des régions et des blocs commerciaux régionaux ? 

- Le cinquième chevalet est en rapport avec la financiarisation de l'économie jalonnée par la sophistication de l’ingénierie financière (marché à terme, contrat dérivés, titrisation……….etc) qui a constitué une armature essentielle de la globalisation et un pendant majeur de celle de la production. Manifestement, la crise de 2008-2009 a contribué à ciseler ce mythe et les normes de risques mises en place avec les accords de Bâle 3 dictée par le G20 en 2010 qui ont été à l’origine d’une introversion des grands groupes bancaires et financiers sur leurs bases nationales ou régionales. 

- Le dernier pilier concerne la gouvernance de la globalisation, de la finance mondiale et la tentation de circonscrire la place des entités multilatérales comme la Banque Mondiale, l’OMC, le FMI, les Nations- Unies….etc. Or, la crise sanitaire de la pandémie du Covid-19 n’a-t-elle pas exhibé l’importance du rôle des institutions de gouvernance mondiale dans la gestion des crises économiques : Pour preuve, pour éviter le pire, l’Exécutif Marocain, à travers l’argentier du Royaume n’a-t-il pas procéder auprès du FMI, en Avril 2020, à un tirage sur la Ligne de Précaution et de liquidité (LPL) pour un montant équivalent à près de 3 Milliards de dollars, remboursable sur 5 ans avec une période de grâce de 3 ans afin de renflouer les réserves en devises permettront de maintenir la capacité de notre économie à satisfaire ses besoins en termes de produits fondamentaux, alimentaires et énergétiques qui sont libellé en devises clés , et ce suite à la paralysie du secteur du tourisme et les préjudice causés aux secteurs exportateurs, en plus de la baisse des transferts des MRE et des investissements directs étrangers (seules sources des réserves de changes) ? 

A l’appui des points évoqués ci-haut, à la différence de toutes les épidémies de l’histoire des faits économiques et sociaux, la pandémie du Covid-19 n’est-elle pas venue renforcer la crise de la globalisation et la mélancolie qui la couvre depuis quelques années ? Les politiques mises en place aujourd’hui et les choix et les décisions des acteurs économiques ne sont-ils pas en train de façonner un nouveau monde et une nouvelle architecture qui vont renforcer la sortie de la globalisation débridée mise en place depuis quelques décennies ? La pandémie du Covid-19 n’est-elle pas en train d’ouvrir une nouvelle ère dans l’histoire de l’humanité à travers l’émergence d’une nouvelle expérience humaine plus solidaire, ouverte et démocratique ? Le temps est révélateur !!

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