jeudi 13 février 2020

Le Roi Mohammed VI et la TPE : L’opus Royal au service de la Jeunesse Marocaine


Après plus de trois Mois de l’appel royal, le secteur bancaire Marocain a été, in fine, au rendez-vous, les différentes institutions bancaires ont répondu présent à l’appel Royal avec un nouveau projet en faveur des TPE/PME. Le menu est affriandant à travers la fondation d’un numéraire de 6 Milliards de dirhams au prorata entre l’État et les banques échelonnée sur trois années pour adosser l’entrepreneuriat et lubrifier les mécanismes des relations entre l’institution bancaire et les demandeurs de crédit à travers un déblocage d’un portefeuille financier d’aide de 2 Milliards de dirhams de la part du Fonds Hassan II octroyé sous forme de crédits gratuits, relèvement du taux de la garantie de la Caisse Centrale de Garantie CCG à 80% et l’instauration d’un mécanisme de refinancement illimité de la part de Bank Al-Maghrib au taux préférentiel de 1,25%. 

Dans le dessein d’accompagner le financement des entreprises, l’effort consenti par le GPBM est époustouflant : Pour la première fois et dans l’histoire du système bancaire et financier au Royaume, le coût du crédit est ainsi plafonné à 2% et atteint même le summum de 1,75% pour la demande dans le monde rural. 

L’audience Royale accordée pour la présentation du programme de financement des TPE, n’est pas exclusivement une occurrence financière, en arrière-fond se dessine une véritable clairvoyance Royale du Sultan Mohammed VI, qui s’inscrit dans la trame du projet du développement économique et social du Maroc du 21éme siècle. Dans cette maquette Royale, toutes les institutions y collaborent, le Ministère des Finances, l'institution d'émission, et le système bancaire. Sur ces crédits, les banques auront accès à un refinancement au taux de 1,25%. 

En contrepartie, elles ne pourront plus, dorénavant exiger des garanties personnelles, ce qui constituait, naguère, la principale obstruction au crédit pour les jeunes porteurs de projet et constituera au rebours un terme pour ceux qui décrient depuis toujours les épineuses conditions d’accès au financement bancaire. 

Ce qui est aussi le plus saillant, c’est l’agencement d’une structure d’accompagnement, de commissions régionales et surtout de la participation de deux banques dans le milieu rural. 

Ce projet résulte d’une vision d’ensemble caractérisée par plusieurs aspects où la fluidité de l’accès au financement en est le principal. Aussi, les détenteurs de projet auront l’accompagnement nécessaire à même à optimiser les meilleures chances de réussite. 

Ces structures régionales répondent à un choix stratégique, d’ailleurs deux banques, déjà implantées, en milieu rural, s’engagent à consolider la bancarisation et à promouvoir les financements des projets.

A terme, la jeunesse marocaine sera la première bénéficiaire de ce programme qui aura des corollaires certains en termes d’emploi en générant 27.000 emplois directs par an et à l’accompagnement de 13.500 entreprises supplémentaires, selon les dires de l’argentier du Royaume, une retombée qui est loin d’être négligeable, surtout que cela concerne l’ensemble du territoire Marocain, y compris le monde rural.
Cette missive Royale met en exergue un vecteur crucial et vital pour le processus de croissance et de développement économique considérée, à notre sens, comme une courroie de transmission et de captation de l'investissement, source du développement économique et credo de toute politique économique du Maroc, quels que soit le sigle et la couleur du gouvernement. 

La vision Royale de cet ambitieux projet véhicule un message politique qui est tout aussi important que l’impact économique et social : L’épître Royale adressée à la jeunesse Marocaine nous oblique et nous vire des discours souvent alarmistes et défaitistes. 

Ainsi le jeune Marocain pourra concrétiser son rêve en devenant propriétaire de son propre projet, soutenu en amont par des structures dédiées à cette initiative Royale. Une telle initiative renforcera un climat de confiance porteur d’espoir pour les jeunes Marocains. De ce fait, ce programme TPE est une véritable aubaine pour la jeunesse Marocaine qui croit en ses rêves, ses potentialités et ses convictions en mettant un terme à l’Eldorado d’autres cieux et le brain-drain dont pâtit le tissu économique et social Marocain.


Pour réussir ce projet, les entités régionales doivent infailliblement avoir une vision d’ensemble découlant des projections intrinsèques à chaque région. Sous cet angle, cette décision prise par le Monarque ne sera-t-il pas un autre levier au service de la régionalisation avancée tant attendue et débattue ?


L’histoire ne nous éclaire-t-elle pas le présent et le futur ? Le passé n’est-il pas une leçon du présent en nous balisant les voies du futur ? De ce fait et pour faire florès cette détermination Royale, le Team Saadine Elothmani doit impérativement prendre en considération au moins Trois points essentiels : 

- Les enseignements de l’échec du crédit jeunes promoteurs qui nous démontrent que faute de rigueur, de belles créativités échouent, 

- La mise en œuvre, le suivi, l’évaluation constante et le calibrage pérenne, doivent être au centre des préoccupations de l’Exécutif. 

- Le Suivi en aval à travers les stratégies de distribution et de l’accès aux marchés. Elles sont les maillons qui permettent de vendre et reproduire le système des TPE. 

La concrétisation de cette initiative Royale passe inéluctablement par l'investissement dans le jeune Marocain et pour le jeun Marocain afin qu'il secrète les «exponentiels» de l'investissement, de la productivité et de l'emploi. Si l'économiste Jean Bodin dans, les «Six livres de la république française», dissertait son célèbre aphorisme économique «Il n'est de richesse que d'hommes», j'épilogue mon propos «Il n'est de richesse que de jeunes Marocains épanouis» car, in fine, toi, oui toi jeune Marocain : «Rien de ce qui existe en ce monde n'est en dehors de toi. Cherche bien en toi-même ce que tu veux être puisque tu es tout. L'histoire entière du monde sommeille en chacun de nous disait Djalâl-ud Din Rûmi 



lundi 10 février 2020

Pression fiscale, équilibres politiques et sociaux : Quels liens ? Quelles accolades ?


L’existence de l’impôt a toujours posé la problématique de son acceptation. Maurice Hauriou l'un des pères du droit administratif français n’a-t-il pas disserté que les contestations du pouvoir fiscal et par suite de l’impôt, sont anciennes qui peuvent prendre la forme de révoltes collectives ponctuelles ? Cette question est plus que jamais présente aujourd’hui avec l’augmentation constante d’année en année de la pression fiscale qui est à l’origine de remous sociaux. 

L’actualité économique, politique et sociale ne cesse de nous montrer les relations intimes et tumultueuses entre l’augmentation de la pression fiscale et les révoltes sociales ; elle est jalonnée d’épisodes de révoltes populaires suite à l’aggravation de la pression fiscale pour faire face aux crises des finances publiques. 

Il y’a quelques Mois, la France vit au tempo des grondements de la contestation des gilets jaunes qui ne cessèrent de protester nonobstant de toute une batterie de mesures prises par l’Exécutif Macron et de son rétrogression sur quelques récriminations des manifestants et de sa décision d’ouvrir un débat national. Or, faut-il le rappeler, ce sont justement des décisions fiscales qui ont mis le feu aux poudres. 

La première protestation a été enclenchée suite à une décision directe avec l’accroissement de la taxe sur les carburants. La seconde décision, plus ancienne, a été remise à l’ordre du jour par le mouvement des gilets et porta sur l’absolution de l’impôt sur la fortune et sa substitution par une imposition plus "Soft » du point de vue financier. 

En dépit du refus de Macron de revoir sa révision de l’impôt sur la fortune, l’annulation de la taxe sur les carburants n’a pas pour autant convaincu les manifestants des gilets jaunes. 

Cette osmose entre les politiques fiscales et les révoltes a été systématisée par deux sociologues, Issac Martin et Nadav Gabay dans des investigations et travaux empiriques dans leur article baptisé « Tax policy and tax protest in 20 rich democraties, 1980-2010 » et édité dans le British Journal of Sociology n°3 de l’année 2018. 

Cet article palpitant revint sur des parenthèses importantes de l’histoire récente des grandes démocraties, en particulier sur les liens qui se tissent entre les révoltes et les rébellions politiques et sociales. 

De telles épisodes devraient interpeller les économistes à " dulcifier" une antique conviction conceptuelle, devenue une pratique de politique économique, surtout de politique fiscale. 

Rappelons que Keynes et ses héritiers de l’économie politique, ont été convaincus que les impôts directs sont les plus anguleux et que toute pression additionnelle de l’impôt sur les revenus déchaînerait des remous politiques et contestations sociales. 

En revanche, nous savons sciemment, depuis de longues années qu’un accroissement des impôts indirects est moins périlleuse du point de vue politique dans la mesure où ne ciblant pas de couches sociales particulières, elle est moins perceptible et plus ésotérique que discrétionnaire.

Or, cette investigation a remis en cause ce dogme en attestant qu’au contraire, ce sont les augmentations des impôts indirects qui ont été à l’origine des plus importantes dissidences au cours des dernières années. 

Plusieurs argumentations ont été avancées par les deux sociologues, Issac Martin et Nadav Gabay pour corroborer cette hypothèse, en singulier lorsqu’il s’agit des taxes sur des biens et services particuliers ou lorsque le fardeau fiscal affecte un groupe social bien ciblé ou un produit particulier ou une industrie bien déterminée. Ces augmentations favoriseraient et attiseraient la structuration d’une rébellion sociale.

Les enseignements de l’histoire et les avancées théoriques montrent que la politique fiscale et les choix des priorités en termes d’imposition, pour accoler les dépenses et renflouer le budget de l’Etat, ne sont pas que des questions techniques/techniciens et qu’au contraire, il s’agit de choix foncièrement politiques qui ont des corollaires importants sur les équilibres sociaux et politiques. 

Historiquement, Jacques-Bénigne Bossuet alias "Aigle de Meaux" n’a-t-il pas demandé au prince de modérer les impôts et de ne point accabler le peuple car "qui presse trop les hommes excite à des révoltes et des séditions " ?  

De ce fait, la politique fiscale doit prendre particulièrement en considération quatre grandes prévalences : 

- La première concerne l’efficience et l’efficacité où le levier fiscal doit chercher à cantonner la pression fiscale dont l’augmentation est de nature à dérober les acteurs de leur devoir fiscal et les activités formelles vers la contrebande et le secteur informel : "Trop d’impôt tue l’impôt" est manifestement réel comme disait le chef de file et le vétéran de l'école de l'offre Arthur Betz Laffer dans ce célèbre aphorisme économique. 

- La seconde est d’ordre économique puisque l’usage de la fiscalité peut exhorter ou dissuader le milieu des affaires à investir dans activités économiques productives. 

- La troisième est d’ordre social : La fiscalité peut favoriser la solidarité sociale en encourageant la redistribution du produit social. 

- Enfin, la fiscalité doit contribuer à la réécriture du contrat social en mettant l’accent sur la question de l’équité et la justice entre les couches sociales. 
Au-delà du débat entre les différentes écoles, notamment entre l’école de la conception d’individualiste de l’impôt et l’école de la conception du devoir social du pouvoir fiscal ou de l’impôt et en en dehors des manipulations techniques, nous pensons que la politique fiscale contribue à l’édifice et au "building" du lien social en cimentant la solidarité et en favorisant l’équité et l’égalité au sein des sociétés modernes.


De ce fait, la fiscalité ne constitue-t-elle pas, n’en déplaise à certains gourous à sa dimension technique et comptable, un moyen incontournable au rétablissement des grands équilibres politiques et sociaux ? 




lundi 3 février 2020

Feu Driss BenAli : Un économiste d’exception


C’est comme ce jour du 3 février de l’année 2013, que le célèbre économiste Marocain, Driss Benali, rendit l’âme l’âge de 69 ans, dans une clinique de Marrakech suite à une longue maladie. 

Cet économiste exceptionnel et au parcours exceptionnel, a marqué de son empreinte toute une société, toute une génération d’étudiants, d’économistes de par ses réflexions, de par sa plume, de pas ses écrits, de par ses chroniques, mais aussi de par son franc-parler légendaire. Natif de rabat entre les quartiers de Diour Jamaâ et Akkari, fief du mouvement national à l’époque du protectorat, il s'abreuva de cette ardeur nationaliste et le restera toute sa vie. 

L’amour de sa patrie est tellement fort dans ses veines et son ADN qu’après des études universitaires en économie à Grenoble en France, il décide manu militari de rentrer au bercail afin d’apporter sa pierre à l’édifice du changement que connaitra le Maroc depuis. 

Professeur très connu à la Faculté de Sciences Juridiques Economiques et Sociales de Rabat-Agdal où il m’a enseigné en 1990 la passionnante matière des Problèmes Structurels de Développement connue chez les initiés par l’acronyme PSD où il nous noyait dans des débats très animés sur les tares du sous développement avec toute une pléiade d’économistes (Samir Amine, Gunnar Myrdal, Raul Prebisch, Ragnar Nurkse, Arghiri Emmanuel… etc.) 

Aussi, il est réputé d’être le directeur de l’UFR : Economie Internationale où il m’a enseigné les relations économiques internationales en 1998. Dans ce passionnant module il nous submergea dans les rouages de l’économie internationale, le commerce International et les dédales négociations commerciales internationales avec comme assise conceptuelle la théorie des jeux. 

D’ailleurs, je me rappelle, dans le passionnant cours de l’économie internationale, l’une de ses célèbres expressions «S’ouvrir n’est pas s’offrir». Pour le défunt, cet aphorisme résume la pensée d’un économiste qui n’impose pas de réflexion, mais la suggère ; elle signifie que l’accès d’une économie en voie de développement au marché mondial n’est ni une faveur ni un privilège qu’on lui accorde, mais une conquête qui suppose la mobilisation de tout le monde. Oublier cette donnée, c’est se condamner à s’offrir plutôt qu’à s’ouvrir. 

C’est dans cette UFR et avec le background qu’il nous a imprégné que j’ai préparé et soutenu mon Doctorat avec ses précieux conseils portant sur la problématique de l’attractivité et les déterminants des Investissements Extérieurs au Maroc. En sus, Feu Driss Benali est spécialiste du Maghreb, acteur associatif, et également connu pour ses analyses pertinentes des différentes questions économiques et sociales. 

Selon Feu Driss Benali, l’épineuse problématique du développement du Maroc réside, entre autres, dans l’enseignement. En effet, à l’en croire, l’ascenseur social est tout en panne puisque que l’un de ses maillons essentiels a été détruit, à savoir l’enseignement. Un système éducatif qui a pour conséquence de produire de jeunes barbus, de jeunes "Harragas" et de jeunes "star académiciens" et qui perpétue les castes et les classes sociales. 

Feu Driss Benali avait une vision claire sur les ajustements nécessaires à l’essor économique du Maroc : Il estimait nécessaire pour le Maroc de revoir la construction de ses bases économiques, de s’industrialiser davantage et de ne plus dépendre de secteurs sensibles comme le tourisme et l’offshoring qui sont intimement liés à la conjoncture mondiale. 


Je me rappelle fort bien que le défunt était d’une modestie inouïe qui la tenait de son éducation. «Je veux être utile au Maroc » Comme disait Kennedy" il ne faut pas se demander ce que le pays peut nous donner, mais ce que nous pouvons lui apporter", disait-il.

S’il y a un cercle des poètes disparus, tout aussi, il ya un cercle des économistes disparus. Certes, il nous a quittés, mais ses proses économiques l’ont rendu immortel.

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