mardi 2 juin 2020

Le Maroc entre vulnérabilité économique et Forteresse sociale au temps du Covid-19

Nul ne doute que la pandémie du Covid-19, d'une amplitude sans égale, engendra une asphyxie économique financière et sociale mondiale bien plus acérée que celle de 2008 avec touts les pronostics apocalyptiques des instances économiques internationales comme le FMI, l’OMC ou la CNUCED : Hausse de l’oisiveté, banqueroute de milliers d’entreprises, altération de la croissance économique et du PIB aussi bien dans les pays développés que dans les pays en voie de développement. Tous ces indicateurs sont les pièces à conviction d’une crise économique et sociale sans précédent que le monde n’a vécu depuis le Jeudi noir des années 30.
Comme l’exception confirme la règle, au Maroc la pauvreté se délaie pour faire mouche à la classe moyenne qui est le pivot central de la consommation endurcissant une hausse du chômage et une quasi-léthargie des activités économiques liées à toutes les branches et les secteurs de l’économie Marocaine, principalement le secteur du tourisme, de la restauration et de voyage d’une façon irréfragable. 

Les débouchés classiques du Maroc (France, Espagne et les pays de l’UE) sont fortement altérés par la pandémie du Covid-19. Le Maroc ne peut compter sur eux pour assurer ses exportations, attirer des investissements ou charmer des touristes qu’après quelques années. Les effets négatifs sur l’agriculture ou gouverner, c’est pleuvoir, l’industrie, le tourisme et les services sont nettement audibles. 

La pandémie du Covid-19 n’épargna non plus les équilibres macroéconomiques : L’endettement extérieur ascensionna avec un coût économique tiré vers le haut tant que les fondamentaux économiques frôlent des seuils critiques. Le déficit public, celui de la balance commerciale ou de paiement s’inscrivent dans des trends haussiers. A ce titre, les réserves de changes sont très affectées surtout avec le décélération du tourisme, des transferts des MRE et des investissements directs étrangers IDE et les secteurs orientés vers l'extérieur, à l’instar des Métiers Mondiaux .

La situation ne devrait pas retourner à la normale dans délais courts vu que la conception d’un vaccin prendra plusieurs mois. Plusieurs prophylaxies doivent être prises en matière de déplacement, de shopping ou pour les services de loisir ce qui a impacté les chaînes de production et d’approvisionnement. Un constat qui a accéléré la création de nouveaux modèles économiques prenant en considération les risques sanitaires et épidémiologiques. Les activités de télétravail, les achats online, les services numériques commencent à prendre le relais à la place des modèles génériques. 

Comme dit le dicton toute pièce a son revers, sur le plan social, on nota la résurgence du siège si chaleureux de la famille dans le corps social Marocain après de longues années de retrait au profit de l’individualisme, "l’égocentrisme" et de l’espace numérique.

La résurrection de la place de la "Smooth Family" se fit à travers la présence de canaux virtuels entre les individus. Un new mode social vit le jour faisant une mixture entre les us traditionnels et les interactions virtueles où le commun des mortels trouve asile en temps de confinement. 


Le social est mis sur son piédestal à travers la redéfinition de la place de l’État et ce après son retrait partiel durant les années des Programmes d’Ajustement Structurel (PAS) et le rush des privatisations qui s’ensuivirent.

A l’appui de nos allégations ; Jeudi 28 Mai 2020, Chakib Alj patron du patronat et le bureau de la CGEM n’ont- il pas été reçus au Cabinet Royal en même temps que plusieurs Ministres ?  Le Souverain Marocain n’a-t-il pas ordonné ses Hautes Instructions pour une mobilisation forte de l'État pour accompagner les opérateurs économiques pour la réussite de la reprise économique pour soutenir le secteur privé. Ce message Royal à forte dose stratégique n’est-il pas témoin du renouveau du l’Etat ? 

Pour émousser les rétroactions économiques du Covid-19, des Milliards de Dirhams ont déjà été recueillis, et chaque Marocain, chacun selon ses moyens, continue à se mobiliser. 

Cette ferveur ne nous montre-t-elle pas tous les signes d’une nation solidaire, soudée et unie avec une seule visée celui de tarir le Covid 19. 

Aussi, cette cohésion sociale se concrétise par les gestes au jour le jour : N’est-il pas admirable cette jouvence Marocaine dotée de masques, de désinfectants, à leurs frais pour aseptiser les moyens de transport et qui propose ses services, pour faire les courses à la place des plus âgés ou ceux et celles qui partagent des subsistances et des provisions avec leurs voisins ? 

En plus du plan d’action médicale mis en place par la tutelle, l’arrivée en renfort de la médecine militaire sur Hautes instructions du Souverain Marocain, Chef suprême et Chef d'état-major général des Forces Armées Royales n’exhibe -elle pas une réanimation du sens du devoir, de la solidarité et la cohésion nationale ? Cette missive n’est-elle pas témoin du soutien du Souverain Marocain aux opérateurs économiques toutes tailles, tous secteurs et toutes régions confondus ? 


Cette confiance royale ne consolide-t-elle pas notre détermination à réussir la relance de notre économie dont les valeurs sont: la solidarité, le patriotisme et la citoyenneté ?

La gestion du confinement, de la crise économique et des mesures de lutte sanitaire ne relève-elle pas exclusivement des institutions publiques ? La pandémie du Covid-19 n’a-t-il pas renforcé le rôle de l’Etat en matière d’encadrement des citoyens ? 

Aujourd’hui, l’apostrophe qui interpelle les décideurs Marocains : Quel est le mode de développement nous voulons pour le Maroc Post-Covid-19 ? Est-ce que nous allons étayer nos chaines de valeurs mondiales, ainsi que nos débouchés sur nos partenaires classiques à travers le fameux modèle la croissance tirée par les exportations Export Led Growth Strategy ? Ou nous allons édifier et relancer les piliers de l’économie nationale sur le modèle Keynésien à travers la consommation intérieure et l’industrie tout en soutenant la classe moyenne ? 

Ce choix nécessitera davantage une audace politique et une sagacité stratégique où il est pertinent de revoir le système fiscal national pour être plus juste permettant une répartition équitable des richesses afin de lutter contre la pauvreté et d’élargir la classe moyenne censée être le moteur de la demande intérieure. 

Aussi, il est primordial de mettre en place les jalons d’une économie solidaire basée sur la production collective et le produit local et du terroir, les plateformes d’échanges numériques et non numériques locales sur la base d’une utilisation durable des ressources et des énergies, le développement des compétences locales dans le cadre d’un système, culturel, intégré, solidaire et durable. 


A côté de la vulnérabilité de l’économie Marocaine, cette solidarité certifie que nous faisons Nation. Nous serons une brigade Marocaine irréductible tant que la solidarité prédominera. Combien j’éspère que nous gardions cet état d’âme après la pandémie Covid-19. 




vendredi 29 mai 2020

Abderrahmane Youssoufi : Un homme d'exception


Ce vendredi du 29 Mars 2020, le grand architecte de l’alternance consensuelle Abderrahmane Youssoufi n’est plus laissant derrière lui un grand leg et héritage politique, économique et social. 

Cet avocat exceptionnel et au parcours exceptionnel, a marqué de son empreinte toute une société, toute une génération de politiciens, d’économistes, d’étudiants de par ses réflexions et de par militantisme politique. Natif de Tanger du quartier populaire Dradb le 8 mars 1924. 

Le contexte national dans lequel si Abderrahmane El Youssoufi a vécu et grandi l’a amené très vite à choisir son clan et à faire son choix : celui de la lutte pour l’indépendance du Maroc et pour l’émancipation des peuples opprimés où le défunt fut membre du secrétariat général de l’Union nationale des forces populaires, qui va devenir en 1975 l’Union socialiste des forces populaires (USFP), et rédacteur en chef de son organe “Attahrir” entre 1959 et 1965.


Abderrahmane Youssoufi s’est engagé très jeune au sein du parti de l’Istiqlal. Il a fait partie des toutes premières cellules de la résistance et de l’armée de libération, ce qui lui valut le titre du Grand Moujahid. A l’indépendance, il dirige le parti dans la zone Nord et va jouer un rôle essentiel dans la préparation de la scission qui a créé l’UNFP. En 1975, il adressa un message historique au congrès extraordinaire de l’USFP soutenant l’option démocratique et dénonçant l’aventurisme. 

Parmi les grandes contributions du défunt Abderrahmane El Youssoufi figure celle de diriger le Gouvernement d’alternance consensuel nommé par feu Hassan II en 1998 : Le 04 février 1998, Feu Hassan II l’avait chargé de former le Gouvernement d’alternance qu’il présentera au Souverain le 14 mars de la même année où Il a pris chevaleresquement les commandes de l’exécutif Marocain à un moment très critique de l’économie Marocaine pour éviter " la crise cardiaque " au pays dont parlait feu Hassan et le fameux rapport rouge de la Banque Mondiale. 

Après le décès de feu Hassan II, le Roi Mohammed VI a maintenu El Youssoufi à la tête du gouvernement pour sa droiture où il est reconduit dans ses fonctions de Premier ministre dans le gouvernement formé le 6 septembre 2000 et y restera jusqu’au 9 octobre 2002. 

Abderrahmane El Youssoufi a contribué à mettre l’économie Marocaine au rendez-vous de la globalisation économique à une ère si cruciale du bouillonnement de la mondialisation où il a été le grand pionnier des grandes réformes économiques du tissu économique et social Marocain à l’instar des grandes privatisations , pour ne citer que le grand cachet du consortium Médiel télecom et la privatisation de quelques parts du Maroc Télécom. 

Aussi à son actif, il a participé à la lutte pour la cause Maghrébine dans l’ensemble des pays du Maghreb et a été l’un des défenseurs de l’Unité Africaine. 

Sur le plan de sa personnalité, le disparu avait les qualités d’un homme d’Etat. Il avait le courage de ses positions qui étaient exclusivement motivées par l’intérêt du pays. L’homme était très fidèle en amitié, lien qu’il n’accordait pas facilement. 

Si Abderrahmane était aussi très économe en paroles en ayant le sens de l’écoute. Il préférait écouter les uns et les autres avant de se faire une opinion de s’y tenir. 

Si Abderrahmane n’est plus, mais il restera dans les anales de l’histoire parce qu’il en a été un des plus importants protagonistes de la scène politique Marocaine. Pour preuve, le Souverain s’était rendu au chevet d’Abderrahman Youssoufi, hospitalisé à Cheikh Zayed en octobre 2016 où le Souverain Marocain l’avait embrassé sur la tête. L’image, saisissante, avait vite fait le buzz et secoué la classe politique et l’opinion publique. 

La vie de si Feu Abderrahman Youssoufi fut dense, fertile et productive dans la totale discrétion: Il nous a légué un patrimoine politique immortel. Et c’est avec une profonde émotion et une reconnaissance sincère que nous nous inclinons devant sa mémoire et lui rendons cet humble hommage.


En substance, Il n’a jamais eu d’intérêt pour autre chose que la politique dans le sens sublime et noble du terme. Pendant 96 ans, il a servi son pays, sans jamais se soucier de son bien-être. Son héritage moral est colossal, mais il ne lègue pas de patrimoine parce qu’il n’en a jamais constitué. Son patrimoine : C’est le respect des marocains. 



vendredi 22 mai 2020

Le deuil de la globalisation au temps du Covid-19



C’est devenu un secret de polichinelle que la Covid-19 chavire et ébranle, de jour en jour, notre planète, même le plus ignare constata que le Coronavirus chamboule, au fil des jours, notre train de vie, notre routine et notre monotonie. 

Par l’amplitude de la tragédie des pertes humaines (plus de 320 255 décès selon l’OMS.), la célérité de sa contamination (plus de 4,9 Millions cas) et notre agénésie à stopper sa transmissibilité, ce microbe est à l’origine d’une grande frousse sans égale depuis la seconde Guerre mondiale et la grande dépression des années 30. 

En sus de l’effroi qu’elle a suscité, cette pandémie sanitaire de grande magnitude est en train de remettre en cause nos accoutumances et notre seconde nature ? La Covid 19 n’est-elle pas entrain de révolutionner nos pratiques politiques, économiques et sociales ? Cette épidémie n’est-elle pas témoin des dérivations d’une économie globalisée qui a eu des effets pervers sur notre biodiversité et notre société ? 

C’est devenu une tarte à la crème l’opinion que plus rien ne sera comme avant, monde du business et des affaires, milieu politique, acteurs de la société civile, intellectuels et penseurs 

C’est une autre économie que nous devrons nous atteler à rebâtir loin des vertus de la fameuse métaphore de la main invisible d’Adam Smith, c’est un autre économie que nous devrons nous attacher à refondre très loin de l’économie mondialisée très cher à l’ex-Secrétaire d’État de Bill Clinton, Robert Reich en l'occurrence dans son Best-seller dans les années 90 " l’Economie Mondialisée". 

Nous pensons que c’est un nouvel édifice économique qui se reconstruit autour de six piliers essentiels. 

- Le premier pilier concerne le comeback en force du concept de la souveraineté de l’Etat et de frontières. Or, faut-il rappeler que la globalisation a été étayée sur le désaveu du paradigme national de la souveraineté politique et économique de l’Etat au profit des grandes audiences multilatérales, à l’instar des Firmes Multinationales FMN ou les grandes unités inter-territoriales pour reprendre l’expressions de Maurice Byé. 

Ce credo est en train d’être supplée et les pays, au temps du Covid-19 sont en train de remémorer la nostalgie de l’auréole nationale, notamment dans les investissements massifs dans les infrastructures et les industries stratégiques, comme les grands projets des barrages durant les années 70 avec la vision éclairée de feu Hassan II, les industries industrialisantes en Algérie si cher à Destanne de Bernis, et les industries lourdes en Asie notamment au Japon et en Corée du Sud. C’est aussi, aujourd’hui que sur l’arène mondiale, singulièrement les pays développés, ont découvert leur obédience et leur aliénation pour les produits industriels attisée par la mainmise de la Chine et de l’Inde qui produisent aujourd’hui plus de 80% de la production mondiale de ces produits actifs. 

Avec la pandémie du Covid-19 et la barricade des voies terrestre, aériennes et maritimes, les Etats sont entrain de perdre leurs illusions du mythe de la fin de souveraineté pour se repositionner sur les chaines de valeur mondiales et les activités stratégiques abandonnées jusque-là. 

- Le second pilier a trait au retour majestueux de l’Etat et la mission prédominante qu’il est entrain de jouer dignement dans la gestion de cette pandémie et qu’il continuera à assurer dans le monde post-covid-19. Ce regain sensationnel de l’Etat dans la bataille contre les effets alarmants de la pandémie, ainsi que sa gestion économique et sociale, a volatilisé les conceptions du rôle régulateur de " l’Etat Gendarme" et la nécessité de cantonner son interventionnisme dans ses fonctions régaliennes et à la correction des incohérences du marché. 

- Le troisième pilier concerne le retour en force, partout dans le monde, de la dimension sociale. Les inégalités sociales extrêmes à travers des rapports alarmants d’OXFAM ( qui montrent, avec des réalités chiffrées, l’hiatus abyssal entre nantis et démunis) n’ont-elles pas dévoilé les limites de la globalisation "happy" à contribuer à l’optimum social et à endiguer la pauvreté, la vulnérabilité et la marginalisation ? 

Aujourd’hui plus que jamais, la pandémie du Covid-19 est à l’origine d’un retour du social et d’une plus grande prise en compte de l’effort de solidarité et des investissements dans la santé et dans l’éducation par l’Etat afin de créer une nouvelle sociabilité. 

- Le quatrième étai est lié à la globalisation de la production et à la perturbation des chaînes de valeur mondiale qui a favorisé une grande division internationale du travail au niveau mondial et qui a fait de notre monde un petit village planétaire pour paraphraser Marshall McLuhan. Assurément, ce trend a été fortement remis en cause au cours des dernières années avec les guerres commerciales et les mesures de représailles, singulièrement entre les Etats-Unis et la Chine. Sur l’échiquier mondial, la pandémie de la Covid-19 n’est-elle pas en train de remettre en cause cette tendance et d’interpeller les relations économiques internationales à un retour des Etats-nations, des régions et des blocs commerciaux régionaux ? 

- Le cinquième chevalet est en rapport avec la financiarisation de l'économie jalonnée par la sophistication de l’ingénierie financière (marché à terme, contrat dérivés, titrisation……….etc) qui a constitué une armature essentielle de la globalisation et un pendant majeur de celle de la production. Manifestement, la crise de 2008-2009 a contribué à ciseler ce mythe et les normes de risques mises en place avec les accords de Bâle 3 dictée par le G20 en 2010 qui ont été à l’origine d’une introversion des grands groupes bancaires et financiers sur leurs bases nationales ou régionales. 

- Le dernier pilier concerne la gouvernance de la globalisation, de la finance mondiale et la tentation de circonscrire la place des entités multilatérales comme la Banque Mondiale, l’OMC, le FMI, les Nations- Unies….etc. Or, la crise sanitaire de la pandémie du Covid-19 n’a-t-elle pas exhibé l’importance du rôle des institutions de gouvernance mondiale dans la gestion des crises économiques : Pour preuve, pour éviter le pire, l’Exécutif Marocain, à travers l’argentier du Royaume n’a-t-il pas procéder auprès du FMI, en Avril 2020, à un tirage sur la Ligne de Précaution et de liquidité (LPL) pour un montant équivalent à près de 3 Milliards de dollars, remboursable sur 5 ans avec une période de grâce de 3 ans afin de renflouer les réserves en devises permettront de maintenir la capacité de notre économie à satisfaire ses besoins en termes de produits fondamentaux, alimentaires et énergétiques qui sont libellé en devises clés , et ce suite à la paralysie du secteur du tourisme et les préjudice causés aux secteurs exportateurs, en plus de la baisse des transferts des MRE et des investissements directs étrangers (seules sources des réserves de changes) ? 

A l’appui des points évoqués ci-haut, à la différence de toutes les épidémies de l’histoire des faits économiques et sociaux, la pandémie du Covid-19 n’est-elle pas venue renforcer la crise de la globalisation et la mélancolie qui la couvre depuis quelques années ? Les politiques mises en place aujourd’hui et les choix et les décisions des acteurs économiques ne sont-ils pas en train de façonner un nouveau monde et une nouvelle architecture qui vont renforcer la sortie de la globalisation débridée mise en place depuis quelques décennies ? La pandémie du Covid-19 n’est-elle pas en train d’ouvrir une nouvelle ère dans l’histoire de l’humanité à travers l’émergence d’une nouvelle expérience humaine plus solidaire, ouverte et démocratique ? Le temps est révélateur !!

lundi 11 mai 2020

Une économie mondiale en sursis


Depuis l’amorce de la pandémie du Covid19, il y a plus de trois mois, le monde des médias, les gourous de l’économie, de la sociologie et de la politique ont avancé les spéculations les plus folâtres sur les répercussions sinistres de cette endémie, que certains baptisent de guerre mondiale, de complot Chinois, de manigance biologique ou de réprobation et d’exécration providentielle.

Des économistes de tout bord, se sont hasardés jusqu’à prophétiser l’apocalypse du capitalisme et appellent à refondre les accords de Brettons Woods.

Faut-il rappeler que la conférence de Brettons Woods, connue sous le nom de conférence monétaire et financière des Nations-Unies s'est tenue du 1er au 22 Juillet 1944 dans l’ambition était d’échafauder un édifice économique du capitalisme capable de réamorcer l’économie mondiale au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Cette conférence avait accouché un système monétaire international (SMI) indexé sur le prix de l’or à travers l’enfantement du Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale ayant pour mandat de financer la remise sur les rails des pays ébranlés par la guerre mondiale.


La conférence de Brettons Woods a aussi édicté la royauté du pays de l’oncle Sam et que le billet vert, le Dollar Américain en l’occurrence était la devise de référence, à un moment où l’économie Américaine pesait d’un poids lourd avec plus de 45% de l’économie mondiale. Cet exposé succinct est certes de la protohistoire mais qui explique en bonne partie ce qui se trame aujourd’hui.


Avec les dommages collatéraux du Covid-19, le monde a-t-il besoin d’une nouvelle feuille de route loin de l’armature de Brettons Woods ? Sur ce point, c’est le mystère absolu, le monde ne va-t-il plus être ce qu’il était, à commencer par cette globalisation exubérante? Sur cette interrogation, c’est l’équivoque totale.

Déjà, la boule de cristal de la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED) annonça dans une étude publiée au mois de Mars que les investissements directs étrangers (IDE) dans le monde vont baisser de 30 à 40% pour les deux prochaines années, tout en précisant que le Covid-19 n’est pas uniquement un problème de logistique et de commerce mais aussi de confiance dans le modèle actuel. C’est peut-être ce qui explique le foisonnement, dans plusieurs pays, des courants politiques prônant le nationalisme économique et le rapatriement des investissements à l’étranger.

Cette pandémie a engendré un séisme économique, financier et social d’une grande amplitude jalonnée par une contraction brutale de l’économie mondiale ; ces désordres mondiaux ont sapé d’un seul coup les pays développés prétendant être riche comme Crésus, les puissances émergentes et les Etats les plus démunis. A présent, les sociétés doivent affronter une crise globale d’une intensité immense et dont la durée paraît sine die et imprévisible :

- Globale, parce que tous les acteurs étatiques et non étatiques sont concernés en chaque point du globe ;

- Globale, en sus, car toutes les dimensions des activités humaines sont impliquées, aussi bien économiques, politiques, sociales, et culturelles.

Autant de données qui exigent de rappeler dans un premier temps les germes et les enjeux des mécanismes économico financiers mis en cause avant de pouvoir proposer un cadre d’analyse opératoire. 

Historiquement, lors de la réunion du G7 tenue en Novembre 1998, l’Ex-président B. Clinton n’avait-il pas souligné l’impérieuse et urgente nécessité d’humaniser la mondialisation ? Plus de 22 ans plus tard, le propos s’impose avec plus d’acuité et d’actualité encore. En effet, au cours de cette dernière décade, la mondialisation n’a pas été synonyme, loin s’en faut, de croissance générale et solidaire d’une économie mondiale unifiée et pacifiée. A l’échelle internationale, elle n’a pas non plus permis de colmater et de rétrécir l’hiatus abyssal des inégalités les plus criantes où moult pays ont ainsi été évincés de la redistribution des richesses et progressivement marginalisés. Aussi avec les différentes répercussions dangereuses en longueur et en largeur, des exclusions sociales existent-ils aussi, au plan interne, dans les pays développés, au point d’entraîner des "sécessions sociales" pour paraphraser Robert Reich.

Qu’en sera-t-il à présent en termes de disparités sociales, que ce soit le clivage Nord/Sud et Sud/Sud, alors même que la finance mondiale connaît une crise majeure attisée par la pandémie du Corona-Virus pointant l’épée de Damoclès sur la sécurité humaine ?

Au fil de ces dernières années et au regard de cette tragédie sanitaire mondiale, les institutions de Brettons-Woods se sont montrées impuissantes à prévenir les crises, mettant ainsi en évidence la vulnérabilité d’un système financier étayé pour l’essentiel sur une très large dérégulation. Aussi, un grand nombre d’experts préconisent-ils l’échafaudage d’une gouvernance mondiale de la finance. Mais ceci suppose de mener au préalable une radioscopie et un check-up de la mainmise, de l’exceptionnalisme Américain et des limites d’une gouvernance impériale et léonine qui aurait dû maintenir la finance sous contrôle- si l’on croit des gourous de la stabilité hégémonique comme Charles Kindlberger ou Robin Glipi. Avec la pandémie du Covid19 et le voyeurisme de la communauté internationale qui s’ensuit, l’échec de ce crédo libéral ne paraît-il pas à présent avéré ?

Pour autant, moult options stratégiques s’affrontent quant à la mise en place d’une gouvernance mondiale avec deux grandes apostrophes :

1- Les Etats doivent-ils s’orienter vers plus de multilatéralisme ?

2- Ou les Etats doivent-ils tirer révérence des pans entiers de leur souveraineté, à même de permettre l’éclosion d’une autorité supra étatique transcendant et imposant une régulation internationale de la finance ?

Difficile d’augurer d’un consensus en témoigne les divergences et les guerres intestinales politiques, les bras de fer et les enjeux de pouvoir que révèlent le duel USA Vs Chine.

A la faveur des bouleversements récents de la pandémie du covid19, les populations ont fait l’expérience d’un système libéral qui ne leur a finalement offert aucune garantie d’équité, ni de solidarité internationale. Au contraire c’est le " chaqu'un pour soi" qui prédomine où différents courants politiques, dans plusieurs pays, à travers le monde, prônent le nationalisme économique et le rapatriement des investissements à l’étranger.

En outre, il règne toujours une grande nébulosité, une incertitude dans les échanges et une perte de sens face à laquelle le monde politique reste comme frappé de tétanie conceptuelle.

Tout concourt à affûter et à accentuer celle-ci : Aussi bien l’impossibilité d’anticiper les micro-actions individuelles d’acteurs innombrables et apparemment erratiques, que le retrait continu de la puissance étatique et de ses moyens de régulation. 

A l’heure de l’existence d’une présumée communauté internationale, il convient assurément d’examiner la redéfinition de valeurs communes si souvent évoquées. En effet, la brutalité de la crise économique nous invite à aborder les impératifs du développement durable au regard de la crise économique, financière et de ses contraintes systémiques, impératives sans lesquels toute référence à l’existence de biens communs ne serait que pure rhétorique et placerait l’économie mondiale en sursis.

samedi 2 mai 2020

Les Relations Financières Internationales du Maroc avec le FMI au temps du Corona


Nul ne doute que la pandémie du Covid-19, d'une ampleur sans précédent, augure d’une crise économique mondiale bien plus profonde que celle de 2008/2009, l'économie nationale extravertie, a été impactée en conséquence, notamment au niveau des secteurs orientés vers l'extérieur, à l’instar des Métiers Mondiaux du Maroc 3M (les secteurs exportateurs ayant dimunié de 80%), les recettes au titre des voyages, les transferts des Marocains du Monde MDM ( -10%) et les investissements directs étrangers IDE.

Dans cette optique et pour éviter le pire, l’Exécutif Marocain, à travers l’argentier du Royaume a pris une décision prudente en procédant , Mardi 7 Avril 2020 à un tirage sur la Ligne de Précaution et de liquidité (LPL) pour un montant équivalent à près de 3 Milliards de dollars, remboursable sur 5 ans avec une période de grâce de 3 ans.

Faut-il rappeler que l’accord conclu avec le FMI au titre de la LPL accompagne la mise en œuvre des politiques économiques des autorités Marocaines et visent à atténuer les vulnérabilités budgétaires et extérieures tout en consolidant les bases d’une croissance plus forte et plus inclusive, ainsi qu’une assurance utile contre les risques exogènes. Et pertinemment pour se prémunir contr les risques des chocs externes dûs à la pandémie, le Maroc a procédé sagement à cette nouvelle décision qui vient s'additionne aux mesures prises par le Comité de Veille Économique (CVE) et aux efforts déployés en matière de mobilisation des financements extérieurs.

Rétrospectivement, ce tirage, s’inscrit dans le cadre de l’accord relatif à la LPL, conclu avec le Fonds Monétaire International en 2012 approuvé le 3 Août 2012 pour un montant d’environ 4,1 Milliards de dollars de DTS, le deuxième, d’un montant de 3,2 Milliards ayant été approuvé le 28 juillet 2014, et et le troisième, d’un montant de 2,5 Milliards, le 22 juillet 2016, renouvelé en décembre 2018, dans le but de l’exploiter comme assurance contre les chocs extrêmes, comme celui que connait actuellement l’économie mondiale.

En dépit des divergences du recours ou non à l’endettement, nous pensons, d'emblée, que cette levée va permettre d’estomper les contrecoups de cette crise mondiale sur l’économie nationale, et ce en préservant les réserves de change à des niveaux commodes ce qui se traduirait pas la consolidation de la confiance des investisseurs étrangers et des partenaires économiques du Maroc au regard du tissu économique Marocain.

Aussi, ces réserves en devises permettront de maintenir la capacité de notre économie à satisfaire ses besoins en termes de produits fondamentaux, alimentaires et énergétiques qui sont libellé en devises clés , et ce suite à la paralysie du secteur du tourisme et les préjudice causés aux secteurs exportateurs ( ayant dimunié de 80%) en plus de la baisse des transferts des MRE (-10%) et des investissements directs étrangers (seules sources des réserves de changes).

Ce tirage permttraient de renflouer et d’alimenter la balance de paiements en réserves de changes et n'impactera pas la dette publique selon les dires du Ministre de l’Economie et des Finances Mohamed Benchaâboun.

Avec la pandémie du Covid 19, nous perdrons des milliers d’emplois, décréter une politique de rigorisme et d’austérité est suicidaire pour la stabilité de notre patrie et inefficace même à terme. C’est pourquoi, aujourd’dui ,nous pensons qu’il n’ y pa de temps à la critique, aux querelle idéologiques et théoriques antilibérales, ce n’est pas aussi le moment de faire preuve de sectarisme qui va à l’encontre des institutions de Bretton Woods.

Cette circonstance exceptionnelle exige que chacun de nous se consacre pour le bien commun du Maroc. C’est l’urgence et le pragmatisme qui sont de mise et c’est d’ailleurs dans ce cadre qu’intervient la mesure sage et intelligente à travers laquelle le Parlement Marocain a donné son aval à l’éxecutif Marocain du surpassement de la barre de la dette extérieure décrétée dans le cadre de la loi de Finances de 2020.

Rappelons qu’en économie, il n’y a pas de cadeaux, le FMI a accordé cette ligne qui est loin d’être un gratis, mais parceque le Maroc mérite cette confiance basée sur plusieurs critères, entre autres la bonne tenue des fondamentaux économiques du Maroc et la mise en œuvre saine des politiques économiques ayant contribué aux solides résultats macroéconomiques. Il a fallu être intelligent pour éviter le pire en saisissant cette opportunité.


La décision est prise et ne pourra qu’être saluée, il s’agit maintenant de voir loin devant en mettant en place des mesures nécessaires pour assurer sa résilience face à cette crise avec la rapidité et l’efficacité nécessaires en termes de prise des décisions et des mécanismes appropriés permettant de mettre l’économie nationale sur les rails d’un sentier de croissance forte et durable, dans le monde d’après la crise.

mardi 28 avril 2020

La révélation Humaine et Sociale des Marocains au temps du Corona

Avec la pandémie Covid-19, nous traversons une phase morose et épineuse, avec toutes les afflictions et les douleurs qui en résultent. Or, dans une telle atmosphère angoissante du corona, nous devons être optimistes en regardant la partie pleine du Verre :   le Covid-19 ne nous a-t-il pas dévoilé de précieuses révélations sur le plan social, et humain ? Certaines ont été déjà connues et se sont amplifiées, tandis que d’autres ne furent-elles pas de véritables dévoilements?

Ce séjour indésirable du covid 19 est en train de nous procurer des leçons sur le capital humain que recèle notre chère Patrie ; tous les Marocains de Tanger à Lagouira se sont montrés des héros dans la gestion au jour le jour si non minute-minute et seconde-seconde dans la gouvernance du corona.

Avec cet anathème, nous avons appris, chacun de nous, que l’Homme-Maroc-Citoyen instruit ou non instruit est un facteur déterminant dans la réussite de la bataille contre cette pandémie où les ressources sont d’abord et avant tout humaines.

Depuis peu, nous avons pu reconnaître, que les coûts cachés de l’ignorance et l’inconscience sont plus élevés que l’on croyait ; jadis, on estimait que les effets ravageurs de l’ignorance, de la maladresse et l’analphabétisme peuvent aller jusqu’à la délinquance, en passant par l’oisiveté et la pauvreté. Maintenant, ne voyons- nous pas littéralement que cela est aux antipodes dans notre patrie ?
Nous avons pu prendre acte que majestueusement c’est le Capital Humain du Maroc qui s’est réellement mobilisé, soit par des initiatives individuelles ou collectives pour empêcher le pire, en l’occurrence, les médecins, les infirmiers, les enseignants, les gardiens de paix et les services du nettoiement, désinfection et collecte des ordures à travers des agents de propreté ( Hommes et Femmes) en premières lignes droit devant le virus Covid-19 avec un important arsenal déployé pour désinfecter les agglomérations, pour nettoyer les rues et stériliser les espaces publics et ce dans un élan de solidarité et un devoir de citoyenneté.

En sus, cette contagion ne nous a pas attesté que tous les secteurs sont interreliés ? Santé, sécurité, économie, éducation, médias, n’interférerent-ils pas ensemble, pour induire que la transversalité devient la règle et que seul l’Homme Marocain constitue le point de relai entre les différetns champs d’action ?

Dès lors, nous en concluons que, les actions de l’Etat doivent être interdisciplinaires plutôt que de bâtir des plans économiques et chercher, subséquemment, des convergences sectorielles. Le professionnalisme par laquelle est entrain d’être bataillé ce virus au Maroc est due en grande partie à l’approche intégrée et multidisciplinaire d’un problème à caractère sanitaire. Ces efforts auraient pu être beaucoup plus consolidés par une infrastructure de R&D, hélas, quasi inexistante au Maroc. La recherche scientifique (pas seulement médicale) n’est-elle pas une maillon transversal incontournable qui cimente l’ensemble des activités économiques et sociales dans les pays émergents ou développés? 

Aussi, nous remarquons avec satisfaction et gaieté que les médias traditionnels Marocains sont entrain de récupérer leur influence : Pour gagner son combat du 4éme pouvoir contre le Covid 19, l’Etat Marocain ont eu recours aux chaines officielles, en l’occurrence, boquets de la RTM et 2M, longtemps désertées à la faveur des réseaux sociaux, à cause d’une Overdose du contenu vicinal et rebattu. Toutefois, nous avons remarqué que les Marocains ont regagné les chaines TV Marocaines une fois le contenu s’est hissé, intéressés par les bulletins d’information, les capsules vidéo explicatives, informatives, constructives.

Ainsi les chaînes traditionnelles sont capables de redorer leur blason en bâtissant un Maroc fort et émergent que nous escomptons ; les chaines classiques sont capables de reconquérir l’auditoire Marocain à condition de télédiffuser plus de contenu intéressant et constructif dans leurs programmes.

En sus, acculé aux contraintes de la crise , le Maroc est en train de réaliser un grand tremplin vers l’économie digitale où le Capital Humain Marocain a pu développer un savoir-faire qui sera certainement capitalisé au profit de notre chère Patrie ?

A titre illustratif, parmi, les compétence acquises grâce à la pandémie du Covid-19 est l’acheminement sensationnel vers la maitrise et l’utilisation des nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC). Ainsi, le secteur public à travers les administrations, le secteur privé via les entreprises, les étudiants , etc. sont dorénavant taillés à utiliser les outils de la NTIC, stimulant conséquemment la transition numérique du Royaume. Partant, le E-learning, E-gouvernement, E-commerce, Remote Work, ………etc. ne sont-ils pas présentement une réalité alors qu’ils étaient des chantiers d’avenir?
Les illustrations sont alléchantes et prometteuses augurant d’un Maroc post-crise complétement différent. A titre d’exemple, sous l’étau du confinement, les enseignants sont capables désormais d’enseigner des cours à distance sur des plateformes en utilisant des logiciels adéquats, où les étudiants assimilent les connaissances sur le net et les différents portails académiques.

La Caisse Nationae de Sécurité Sociale CNSS dématérialise toutes les démarches d’indemnisation, les administrations sous la contrainte du confinement délivrent à distance des documents officiels numériques et tiennent des réunions à travers des téléconférences .

La pandémie du covid 19 a été un grand dévoilement aux responsables au niveau de l’administration centrale et régionale, rigoureux, plus expérimentés dans le travail en réseau, le travail en situation de tension, la gestion des priorités, la prise de décision, le discernement, la réactivité, la communication et autant de précieuses qualités qui passaient inaperçues en temps ordinaire.

Que ce soit dans le secteur public ou privé, les médecins, les infirmiers, les enseignants, les gardiens de paix et les services du nettoiement, à travers des agents de propreté Femmes et Hommes (veillant, craintif, responsable et social……) ont montré leurs meilleurs talents et compétences avec professionnalisme et dévouement et par conséquent le meilleur visage du Maroc :

D'ores et déjà, les Marocains accepteront plus commodément les changements majeurs, autant de prérequis péremptoires au Maroc de demain et qui est en train de démontrer assurément que nous sommes confinés mais engagés! Parce que la distanciation sociale nous rapproche de l’essentiel, Parce que les plus belles créations et ingéniosités se révèlent en tant de crise, Et parce que la solidarité et l’altruisme prennent encore plus de sens et de couleurs en ces temps.

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