jeudi 27 juin 2019

Banques Islamiques au Maroc 2019 : Un halal accouchant d’une souris dans le microcosme financier marocain

C’était lundi 17 juin 2019 à Casablanca, sous la thématique intitulée «Quel rôle pour la finance participative dans le développement économique», plus de 400 acteurs de la finance islamique, Marocains et étrangers, ont pris part à cette deuxième édition du Forum international Al Yousr de la banque participative du Groupe Banque Populaire. Une opportunité de faire un bilan d'étape de l'activité participative marocaine. 

D’emblée, nous pouvons alléguer qu’après deux chandelles de leur lancement, les Banques Islamiques ou participatives ou dit encore Halal n’ont pas encore atteint leur point de mire : Le bilan reste très mitigé, dans la mesure où elles n’ont pas réussi à amasser les montants pronostiqués que les adeptes de la finance Halal prétendaient pour prêcher la nécessité d’aller sur ce sentier de la finance participative. Pour preuve, ces banques n’ont réalisé que 52.000 comptes ouverts à fin octobre 2018, alors qu’elles prophétisaient des sommes ostensiblement supérieurs. 

Plusieurs raisons expliquent ce trend timide de la finance islamique : 

- Une grande part des clients Marocains ne s’aperçoivent pas de la différence entre les deux systèmes et ne croient pas à la finance made in Halal et trouvent qu’elle ne s’écarte pas de la finance conventionnelle déjà existante en termes des produits financiers exposés. A ce titre, au Kuwait qui est une économie en dualité où cohabitent les banques classiques et les banques islamiques, deux économistes Edris & Almahmeed étaient les pionniers à avoir étudié le comportement des entreprises en général et en Kuwait en particulier : Les résultats de leur étude a fait ressortir que les entreprises, quoiqu’il s’agisse d’un pays musulman, préfèrent les banques commerciales aux banques islamiques. La variable "conformité des produits et des contrats à la Charia" est relégué à la 5ème position tandis que le premier déterminant du choix est la taille de la banque, 

- Le coût des produits participatifs sont plus onéreux que les produits conventionnels en raison de la nature même de certains produits tels que la "Mourabaha" où la banque, au lieu de prêter de l'argent moyennant intérêt, acquiert le bien pour le revendre à son client avec une marge bénéficiaire fixée à l'avance. L’acquêt par la banque donne lieu à des frais d'acquisition répercutés dans le prix de vente, et la revente par la banque donne lieu aussi à des frais de transfert de propriété, le tout est supporté in fine par le client Marocain. Le prix se trouve majoré aussi par la multiplication des marges des intermédiaires générée par le double contrat. Au regard de ce coût élevé, le client Marocain n’accepterait guère de payer plus cher pour sa foi, 

En sus, les banques participatives calculent leur marge bénéficiaire en tenant compte du risque de défaillance de leurs clients, surtout dans le cas d'un climat juridique qui ne protège pas les créanciers. Ainsi, l'intégration de la prime de risque renchérit davantage le coût mensuel de la traite, 

- Le client Marocain est déjà engagé et ligoté par des crédits à moyen et à long terme auprès des banques commerciales classiques à l’instar des crédits logements et des crédits voiture, 

- Une partie de la clientèle Marocaine non bancarisée scrupuleuse pour motif de convictions religieuses ; un système de la finance basée sur la Charia qui craint le "Riba" se trouve encouragée et soulagée par les crédits 0% des banques commerciales classiques. Le foisonnement des crédits leasing 0% des voitures en sont la meilleure illustration. 


À cet égard et par rapport à la variable religion, un rapport sur la finance islamique élaboré par la Banque mondiale et la Banque islamique de développement BID intitulé «Global Report on Islamic Finance - Islamic Finance : A Catalyst for Shared Prosperity ?», publié au Mois de Févier 2017, révéla que 3,81 Millions de Marocains âgés de plus 15 ans, soit 26,8%, ne disposent pas de compte bancaire pour raisons religieuses. 

De ce fait, jusqu’à ce jour, les professionnels de la finance islamique n’ont pas encore innové par rapport aux banques classiques et se cantonnent à capitaliser sur la conformité de leurs offres de services par rapport à l’engagement religieux de leurs clients, 

- A l’ère de l’économie cognitive et de la connaissance, l’homo-œconomicus Marocain est devenu très intelligent devant l’intelligence économique, il est devenu éveillé et très intransigeant au regard des produits financiers qui se présente à lui. Devant la digitalisation de l’économie qui a nourri l’intelligence émotionnelle et l’inconscient du Marocain, ce dernier ne succombe pas facilement aux tentatives des produits bancaires ; le client marocain apprécie, confronte et met en balance les droits et obligations pour reprendre la terminologie du droit commercial avant de conférer la sueur et les économies de sa vie dans une banque quelque soit commerciale ou Halal en attribuant une forte pondération aux critères du coût du capital et de couverture. 

De ce fait, le client Marocain sait pertinemment que les promesses d’assurance et de coût du capital n’ont pas été tenues et jusqu’à ce jour les banques participatives achoppent sur le produit de l’assurance participative, en l’occurrence Takaful : Les crédits ne sont pas assurés avec ce que cela implique comme risque de crédit, ou alors couverts par des assurances conventionnelles, assimilées à du "non-halal". 

Ainsi, deux bougies après le lancement de la finance islamique, le produit Halal n’a accouché que d’une souris en drainant une mesquine part qui gravite autour de 1,6 MMDH de dépôts, soit une part infime qui n’est que l’équivalent des dépôts d’une minuscule succursale d’une banque commerciale marocaine et de facto on est très loin de la barre des 10% et 15% de parts de marché sur lequel tablait les protagonistes de la finance islamique. 

Difficile avec une telle part de la finance participative être un levier d’accélération et transmission économique en termes de relance de la consommation, de l’investissement et du développement de secteurs importants tels que l’immobilier et la protection sociale. 

La finance participative, somme toute, ne trouvera pas écho auprès d’un marché qui n’est pas librement concurrentiel, la finance Halal ne trouvera pas adhésion auprès d’une clientèle marocaine exigeante en se sclérosant pour l’essentiel à concilier convictions de religion et consommation de produits financiers onéreux. Nous pensons qu’aucun client Marocain ne serait prêt à payer plus cher pour respecter son culte et sa spiritualité. Voltaire n’a-t-il pas dit " Quand il s’agit d’argent, tout le monde est de la même religion" ? 



lundi 17 juin 2019

Climat des affaires économiques et Investissements Directs Étrangers IDE : Quelle place et perspectives en Afrique en 2019 ?

C'était cette semaine dernière, plus exactement Mercredi 12 Juin 2019, la publication officielle du fameux hit-parade du Benchmarking le World Investment Report 2019. Faut-il signaler, en préambule, que le rapport de l’investissement dans le monde des Nations Unies est un document consulté par la communauté scientifique, et le milieu des affaires où sa lecture permet aux universitaires d’avoir une cartographie générale de l’environnement de l’investissement dans le monde et permet aux promoteurs économiques, de gagner en visibilité au niveau international et par ricochet en attractivité.
Selon le World Investment Report dans son édition 2019, les flux mondiaux d’investissement direct étranger (IDE) ont reculé de 13 % en 2018, tombant à 1 300 milliards de dollars, contre 1 500 milliards en 2017 qui est la troisième baisse annuelle consécutive. 

Ce resserrement des IDE au niveau mondial est imputable à 2 raisons : 

- Primo, les entreprises multinationales des USA rapatrient leurs profits de l’étranger afin de tirer profit des réformes fiscales que l’exécutif Trump avait adopté en 2017 à cette fin, 

- Secundo, les tensions géopolitiques et les représailles commerciales surtout entre la Chine et les USA qui pèsent sur l’économie mondiale et risquent de continuer d’impacter les IDE en 2019 et les années suivantes. 

Les flux en direction des pays en développement PED ont pu résister à cette situation morose de l’économie internationale en augmentant de 2 % ; ils ont ainsi représenté plus de la moitié, soit 54 % du flux total mondial, contre 46 % en 2017 et à peine plus du 1/3 avant la grande dépression économique et financière de 2008-2009. Ce sont les pays développés qui ont été les plus affectés par la décélération de l’économie mondiale, puisque les entrées des IDE y ont amoindri de 25% pour s’établir à 557 Milliards de dollars, retombant au niveau enregistré en 2004. 

Au vu de cette décrue quelle est l’état du climat des affaires économique international et de l’investissement extérieur sur le continent noir en 2019 ? 

Au regard de ce ralentissement dans les pays développés, l’Afrique déroge à ce trend baissier : Les investissements directs étrangers IDE y grimpent au contraire de près de 11 %. 

Cette augmentation s’explique par la forte progression de la demande de certains produits de base. A titre illustratif, c’est le pays des pharaons, l’Egypte en l’occurrence, qui occupe le haut du palmarès et reste le premier destinataire d’IDE en Afrique avec 6,8 milliards de dollars, en dépit d’un repli de 8 %. Au niveau sectoriel, ce sont principalement les secteurs du gaz avec d’importantes découvertes de réserves de gaz offshore qui draient le plus d’investissements des Firmes Multinationales FMN. 

Au Maroc, les IDE s’élèvent à 3,6 Milliards de dollars rebondissant de 35,5 % par rapport à l’an dernier en devenant la quatrième destination des IDE en Afrique. Les secteurs et les branches les plus ciblées par les capitaux étrangers sont la finance, les énergies renouvelables, les infrastructures et le secteur Automobile. 

Les pays dont les économies sont les plus diversifiées annoncent de bonnes prouesses, à l’instar du Kenya avec une hausse de plus 27 %. Il faut souligner que si la part des IDE vers l’Éthiopie a baissé de 18 %, le pays se positionne tout de même parmi les pays les plus attractifs du continent, avec 3,3 Milliards de dollars, soit le 5éme rang après le Maroc. 

Avec les agitations politiques au Nigeria, le pays pâtit encore des incertitudes liées aux élections ainsi que des conflits entre le gouvernement Nigérien et des multinationales avec des capitaux étrangers en nette régression de 43 %, soit 2 Milliards de dollars faisant reculer l’Afrique de l’Ouest de - 15 %. 

Sur le volet des pourvoyeurs d’IDE vers l’Afrique, comme à l’accoutumé, les pays Européens demeurent les principaux exportateurs de capitaux, notamment la France (64 Milliards de dollars), suivie des Pays-Bas, avant les États-Unis (en repli à 50 Milliards de dollars), la Chine étant en cinquième position. 

Le rapport de l’investissement dans le monde 2019 a été dédié cette année à la multiplication des zones économiques spéciales. En effet, la rivalité mondiale dans le domaine de l’investissement favorise le pullulement des zones économiques spéciales pour gagner des raccourcis en termes de développement économique et d’attractivité qui sont en nombre de 237 en Afrique, où elles sont éparpillées dans 38 pays. 

A cet égard, la Zone de libre-échange continentale (Zlec) qui vient d’entrer en vigueur le 30 Mai dernier, renforcerait la coopération entre les pays africains, conjugué à des prévisions de croissance optimistes. 

Il nous semble que la (Zlec) pourrait engendrer une séquence porteuse de croissance, d’emploi, de diversification des exportations, de réalisation des objectifs de développement durable et surtout stimulerait l’attractivité des IDE et du climat de l’investissement, mais avec des conditions sinequanone qui sont : 

- Primo, Il s'agit de la justice qui continuer de plomber le climat des affaires en Afrique ; il nous semble que le discrédit de l'appareil judiciaire fait tache d'huile sur tout le système judiciaire Africain.  On pointe souvent sa faible indépendance, notamment vis-à-vis du politique, son absence d’impartialité, son éloignement de la population, son excessif formalisme et juridicisme, la misère financière et documentaire des tribunaux, l’insuffisante formation professionnelle et morale des magistrats. 

La Justice en Afrique constitue une véritable entrave à l'exhortation à l'investissement ce qui explique le souci et les remous sociaux, à titre d’exemple en Algérie où le pouvoir est confisqué par un petit cercle proche des membres de la famille de Bouteflika qui ont "blackboulé" toutes les institutions Algériennes. 

Idem, on retrouve le même schéma au Soudan où le président déchu Omar el-Béchir avec un clan de proches et sa famille qui se sont appropriés le pouvoir politique et économique depuis le fiasco dans la gestion de la crise du Sud et son divorce avec le Nord. 

- Secundo, la corruption, demeure une grande gangrène à l'entourage des affaires, en témoigne l'Indice de perception de la Corruption de Transparency International en Afrique qui cadenasse le continent noir dans rangs timides sur l’échiquier mondial. 

Toujours au Soudan et en Algérie, la montée, du népotisme et de la kleptocratie est due au cercle proche du sérail qui est au cœur de la corruption. Cette corruption galopante a eu des effets pervers sur l’efficience et le rendement de l’investissement. 

À notre sens, incertain dans une telle aura d'iniquité, être élu au capital étranger et rendre le climat de l'investissement fécond et le cadre des affaires juteux pour les investisseurs nationaux et étrangers dans le contient Africain, 

- Tertio, avec une charge colossale, le secteur informel exerce un impact dissuasif sur le Business international en Afrique et sur la compétitivité des entreprises nationales Africaines et étrangères. 

Le Fonds Monétaire International a publié en 2017 un classement qui calcule pays par pays l'importance du secteur informel dans les économies africaines, où sa contribution au PIB s'échelonne entre 25 % et 65 % et où il représente entre 30 % et 90 % de l'emploi non agricole. 

Très rares sont les pays d’Afrique qui donnent l’exemple en matière de lutte contre le secteur informel. Le Rwanda est l’un des rares à se distinguer dans ce domaine : depuis 2006, les petites et moyennes entreprises rwandaises sont incitées à tenir des registres comptables et à payer les taxes ce qui du Rwanda l’une des économies les plus attractives de l’Afrique, 

- Quarto, la faible qualité du capital humain désaltère l’attractivité de l'investissement extérieur sur le continent Africain et dissuade les investisseurs à diriger les commandes de leurs capitaux vers le tissu productif Africain. 

La Banque mondiale a récemment présenté un nouvel indice du capital humain dont les résultats pour l’Afrique sont préoccupants : 25 des 30 pays situés en bas du classement se situent dans cette région du monde. Les systèmes éducatifs africains sont en crise, avec environ 50 millions d’enfants non scolarisés, des taux d’achèvement faibles et des acquis scolaires médiocres. 

Dans l’économie mondiale où la division internationale du travail se base sur le cognitif et la matière grise, les business-managers ciblent des territoires où la main d'œuvre est "méga-qualifiée" afin de répondre aux critères intransigeants des marchés mondiaux en termes de coûts, de délais de livraisons et de qualité des produits. Des investigations économétriques de l'économiste Américain Robert Lucas (prix Nobel d'économie 1995) ont corroboré le métissage que noue et renoue la qualification de la main-d'œuvre avec l'attractivité des IDE et la fertilisation du climat de l'investissement. 

- Quinto, l'atmosphère du business international reste tributaire d'une bonne jonction entre les politiques publiques et le milieu des affaires. En d'autres termes, rien n'est acquis, en matière du climat des affaires internationales, tant que les coordinations entre les Gouvernements Africains et le secteur privé ne sont pas optimaux et cohérentes. 

Le véritable calibrage du climat des affaires, la vraie évaluation de l'environnement de l'investissement et l'attractivité du Business international se loge dans l'enterrement de la rente et l'érection des lois de marché, dans les funérailles de l'ésotérique et le discrétionnaire en matière de politique de l'investissement, dans l'élimination du favoritisme et l'inhumation de la corruption pour laisser voie et libre cours au fair-play, à la méritocratie et à la transparence. 

Par ailleurs, la fécondité du climat de l'investissement réside dans l'édification d'une administration Africaine efficace, transparente et non corrompue. Dans le cas de l’économie Marocaine, dans son discours du 14 octobre 2016, le Souverain Marocain a énuméré les diverses entraves auxquelles butent l'investisseur où la moiteur des procédures et la longueur des délais de délivrance de certains documents administratifs sont parmi les griefs fréquents à l'égard des divers services que rend l'Administration aux acteurs économiques nonobstant la création des Centres régionaux CRI et l'utilisation du guichet unique pour simplifier les procédures et accélérer le processus décisionnel relatif à l'acte d'investir. 

L’administration et la gouvernance en Afrique ne doivent-elles pas finir avec les restrictions et les contraintes qui se dressent devant les investisseurs et de s'en tenir à l'esprit des réformes au service de l'investissement générateur d'emplois et de richesses et de combattre les réflexes et comportements contreproductifs ? Car, à notre sens, l'efficacité administrative est un critère à l'aune duquel se mesure le progrès des nations, l’Afrique ne sera en mesure de rejoindre le peloton de tête dans les classements mondiaux de Doing Business que si elle remplit les critères de l'efficience administrative, véritable locomotive de développement et de promotion de l'investissement. 

In fine, l'attractivité des affaires internationales et de l’investissement en Afrique réside dans le développement endogène, les politiques de soutien à la demande locale, le développement du savoir-faire et dans l'échafaudage d'un tissu industriel dense et robuste. Tel sont les affaires qui restent à faire en matière d’affaires à même à reboiser le climat de l’investissent dans notre chère Afrique qui continue à représenter une infime et minuscule part des flux financiers mondiaux (3,5 %).

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