lundi 17 juin 2019

Climat des affaires économiques et Investissements Directs Étrangers IDE : Quelle place et perspectives en Afrique en 2019 ?

C'était cette semaine dernière, plus exactement Mercredi 12 Juin 2019, la publication officielle du fameux hit-parade du Benchmarking le World Investment Report 2019. Faut-il signaler, en préambule, que le rapport de l’investissement dans le monde des Nations Unies est un document consulté par la communauté scientifique, et le milieu des affaires où sa lecture permet aux universitaires d’avoir une cartographie générale de l’environnement de l’investissement dans le monde et permet aux promoteurs économiques, de gagner en visibilité au niveau international et par ricochet en attractivité.
Selon le World Investment Report dans son édition 2019, les flux mondiaux d’investissement direct étranger (IDE) ont reculé de 13 % en 2018, tombant à 1 300 milliards de dollars, contre 1 500 milliards en 2017 qui est la troisième baisse annuelle consécutive. 

Ce resserrement des IDE au niveau mondial est imputable à 2 raisons : 

- Primo, les entreprises multinationales des USA rapatrient leurs profits de l’étranger afin de tirer profit des réformes fiscales que l’exécutif Trump avait adopté en 2017 à cette fin, 

- Secundo, les tensions géopolitiques et les représailles commerciales surtout entre la Chine et les USA qui pèsent sur l’économie mondiale et risquent de continuer d’impacter les IDE en 2019 et les années suivantes. 

Les flux en direction des pays en développement PED ont pu résister à cette situation morose de l’économie internationale en augmentant de 2 % ; ils ont ainsi représenté plus de la moitié, soit 54 % du flux total mondial, contre 46 % en 2017 et à peine plus du 1/3 avant la grande dépression économique et financière de 2008-2009. Ce sont les pays développés qui ont été les plus affectés par la décélération de l’économie mondiale, puisque les entrées des IDE y ont amoindri de 25% pour s’établir à 557 Milliards de dollars, retombant au niveau enregistré en 2004. 

Au vu de cette décrue quelle est l’état du climat des affaires économique international et de l’investissement extérieur sur le continent noir en 2019 ? 

Au regard de ce ralentissement dans les pays développés, l’Afrique déroge à ce trend baissier : Les investissements directs étrangers IDE y grimpent au contraire de près de 11 %. 

Cette augmentation s’explique par la forte progression de la demande de certains produits de base. A titre illustratif, c’est le pays des pharaons, l’Egypte en l’occurrence, qui occupe le haut du palmarès et reste le premier destinataire d’IDE en Afrique avec 6,8 milliards de dollars, en dépit d’un repli de 8 %. Au niveau sectoriel, ce sont principalement les secteurs du gaz avec d’importantes découvertes de réserves de gaz offshore qui draient le plus d’investissements des Firmes Multinationales FMN. 

Au Maroc, les IDE s’élèvent à 3,6 Milliards de dollars rebondissant de 35,5 % par rapport à l’an dernier en devenant la quatrième destination des IDE en Afrique. Les secteurs et les branches les plus ciblées par les capitaux étrangers sont la finance, les énergies renouvelables, les infrastructures et le secteur Automobile. 

Les pays dont les économies sont les plus diversifiées annoncent de bonnes prouesses, à l’instar du Kenya avec une hausse de plus 27 %. Il faut souligner que si la part des IDE vers l’Éthiopie a baissé de 18 %, le pays se positionne tout de même parmi les pays les plus attractifs du continent, avec 3,3 Milliards de dollars, soit le 5éme rang après le Maroc. 

Avec les agitations politiques au Nigeria, le pays pâtit encore des incertitudes liées aux élections ainsi que des conflits entre le gouvernement Nigérien et des multinationales avec des capitaux étrangers en nette régression de 43 %, soit 2 Milliards de dollars faisant reculer l’Afrique de l’Ouest de - 15 %. 

Sur le volet des pourvoyeurs d’IDE vers l’Afrique, comme à l’accoutumé, les pays Européens demeurent les principaux exportateurs de capitaux, notamment la France (64 Milliards de dollars), suivie des Pays-Bas, avant les États-Unis (en repli à 50 Milliards de dollars), la Chine étant en cinquième position. 

Le rapport de l’investissement dans le monde 2019 a été dédié cette année à la multiplication des zones économiques spéciales. En effet, la rivalité mondiale dans le domaine de l’investissement favorise le pullulement des zones économiques spéciales pour gagner des raccourcis en termes de développement économique et d’attractivité qui sont en nombre de 237 en Afrique, où elles sont éparpillées dans 38 pays. 

A cet égard, la Zone de libre-échange continentale (Zlec) qui vient d’entrer en vigueur le 30 Mai dernier, renforcerait la coopération entre les pays africains, conjugué à des prévisions de croissance optimistes. 

Il nous semble que la (Zlec) pourrait engendrer une séquence porteuse de croissance, d’emploi, de diversification des exportations, de réalisation des objectifs de développement durable et surtout stimulerait l’attractivité des IDE et du climat de l’investissement, mais avec des conditions sinequanone qui sont : 

- Primo, Il s'agit de la justice qui continuer de plomber le climat des affaires en Afrique ; il nous semble que le discrédit de l'appareil judiciaire fait tache d'huile sur tout le système judiciaire Africain.  On pointe souvent sa faible indépendance, notamment vis-à-vis du politique, son absence d’impartialité, son éloignement de la population, son excessif formalisme et juridicisme, la misère financière et documentaire des tribunaux, l’insuffisante formation professionnelle et morale des magistrats. 

La Justice en Afrique constitue une véritable entrave à l'exhortation à l'investissement ce qui explique le souci et les remous sociaux, à titre d’exemple en Algérie où le pouvoir est confisqué par un petit cercle proche des membres de la famille de Bouteflika qui ont "blackboulé" toutes les institutions Algériennes. 

Idem, on retrouve le même schéma au Soudan où le président déchu Omar el-Béchir avec un clan de proches et sa famille qui se sont appropriés le pouvoir politique et économique depuis le fiasco dans la gestion de la crise du Sud et son divorce avec le Nord. 

- Secundo, la corruption, demeure une grande gangrène à l'entourage des affaires, en témoigne l'Indice de perception de la Corruption de Transparency International en Afrique qui cadenasse le continent noir dans rangs timides sur l’échiquier mondial. 

Toujours au Soudan et en Algérie, la montée, du népotisme et de la kleptocratie est due au cercle proche du sérail qui est au cœur de la corruption. Cette corruption galopante a eu des effets pervers sur l’efficience et le rendement de l’investissement. 

À notre sens, incertain dans une telle aura d'iniquité, être élu au capital étranger et rendre le climat de l'investissement fécond et le cadre des affaires juteux pour les investisseurs nationaux et étrangers dans le contient Africain, 

- Tertio, avec une charge colossale, le secteur informel exerce un impact dissuasif sur le Business international en Afrique et sur la compétitivité des entreprises nationales Africaines et étrangères. 

Le Fonds Monétaire International a publié en 2017 un classement qui calcule pays par pays l'importance du secteur informel dans les économies africaines, où sa contribution au PIB s'échelonne entre 25 % et 65 % et où il représente entre 30 % et 90 % de l'emploi non agricole. 

Très rares sont les pays d’Afrique qui donnent l’exemple en matière de lutte contre le secteur informel. Le Rwanda est l’un des rares à se distinguer dans ce domaine : depuis 2006, les petites et moyennes entreprises rwandaises sont incitées à tenir des registres comptables et à payer les taxes ce qui du Rwanda l’une des économies les plus attractives de l’Afrique, 

- Quarto, la faible qualité du capital humain désaltère l’attractivité de l'investissement extérieur sur le continent Africain et dissuade les investisseurs à diriger les commandes de leurs capitaux vers le tissu productif Africain. 

La Banque mondiale a récemment présenté un nouvel indice du capital humain dont les résultats pour l’Afrique sont préoccupants : 25 des 30 pays situés en bas du classement se situent dans cette région du monde. Les systèmes éducatifs africains sont en crise, avec environ 50 millions d’enfants non scolarisés, des taux d’achèvement faibles et des acquis scolaires médiocres. 

Dans l’économie mondiale où la division internationale du travail se base sur le cognitif et la matière grise, les business-managers ciblent des territoires où la main d'œuvre est "méga-qualifiée" afin de répondre aux critères intransigeants des marchés mondiaux en termes de coûts, de délais de livraisons et de qualité des produits. Des investigations économétriques de l'économiste Américain Robert Lucas (prix Nobel d'économie 1995) ont corroboré le métissage que noue et renoue la qualification de la main-d'œuvre avec l'attractivité des IDE et la fertilisation du climat de l'investissement. 

- Quinto, l'atmosphère du business international reste tributaire d'une bonne jonction entre les politiques publiques et le milieu des affaires. En d'autres termes, rien n'est acquis, en matière du climat des affaires internationales, tant que les coordinations entre les Gouvernements Africains et le secteur privé ne sont pas optimaux et cohérentes. 

Le véritable calibrage du climat des affaires, la vraie évaluation de l'environnement de l'investissement et l'attractivité du Business international se loge dans l'enterrement de la rente et l'érection des lois de marché, dans les funérailles de l'ésotérique et le discrétionnaire en matière de politique de l'investissement, dans l'élimination du favoritisme et l'inhumation de la corruption pour laisser voie et libre cours au fair-play, à la méritocratie et à la transparence. 

Par ailleurs, la fécondité du climat de l'investissement réside dans l'édification d'une administration Africaine efficace, transparente et non corrompue. Dans le cas de l’économie Marocaine, dans son discours du 14 octobre 2016, le Souverain Marocain a énuméré les diverses entraves auxquelles butent l'investisseur où la moiteur des procédures et la longueur des délais de délivrance de certains documents administratifs sont parmi les griefs fréquents à l'égard des divers services que rend l'Administration aux acteurs économiques nonobstant la création des Centres régionaux CRI et l'utilisation du guichet unique pour simplifier les procédures et accélérer le processus décisionnel relatif à l'acte d'investir. 

L’administration et la gouvernance en Afrique ne doivent-elles pas finir avec les restrictions et les contraintes qui se dressent devant les investisseurs et de s'en tenir à l'esprit des réformes au service de l'investissement générateur d'emplois et de richesses et de combattre les réflexes et comportements contreproductifs ? Car, à notre sens, l'efficacité administrative est un critère à l'aune duquel se mesure le progrès des nations, l’Afrique ne sera en mesure de rejoindre le peloton de tête dans les classements mondiaux de Doing Business que si elle remplit les critères de l'efficience administrative, véritable locomotive de développement et de promotion de l'investissement. 

In fine, l'attractivité des affaires internationales et de l’investissement en Afrique réside dans le développement endogène, les politiques de soutien à la demande locale, le développement du savoir-faire et dans l'échafaudage d'un tissu industriel dense et robuste. Tel sont les affaires qui restent à faire en matière d’affaires à même à reboiser le climat de l’investissent dans notre chère Afrique qui continue à représenter une infime et minuscule part des flux financiers mondiaux (3,5 %).

vendredi 31 mai 2019

Coup d’envoi de la zone de libre-échange continentale (ZLECA) : Quelles sont les conditions du succès d’une intégration régionale africaine ?


C’est parti, hier le 30 Mai 2019, l’Afrique avait rendez-vous avec l’histoire du siècle à travers l’entrée en vigueur de la zone de libre-échange la plus large du monde depuis la création de l’OMC en 1995 , en l'occurrence la zone de libre-échange continentale africaine, connue sous l’acronyme ZLECA, qui augure et ambitionne que 90 % des échanges de biens seront dégrevés des droits de douane, et abolit de facto les 84 000 kilomètres de frontières qui existent actuellement en Afrique.

Il faut dire que le milieu des affaires du continent noir escompte beaucoup de ce débouché commun de biens et services qui fusionnera plus de 1,2 milliard de consommateurs et devrait secréter une valeur ajoutée économique de plus de 2500 milliards de dollars. Impulser une nouvelle instigation à l’Afrique, accolée à moults challenges économiques et sociaux, et surtout démographiques, où la population de l’Afrique atteindra 2,5 milliards en 2050, et représentera 26 % de la population mondiale active, passera inéluctablement par l’aboutissement de la zone de libre-échange continentale africaine.

Sur l’arène économique mondiale et paradoxalement à la mondialisation qui ne cesse de promettre monts et merveilles des vertus de la libéralisation du commerce international, et au regard de la formation de blocs commerciaux en Amérique latine, en Europe, en Asie, ce n’est plus un choix pour les pays africains, mais un must et une contrainte de constituer un tout régional corsé, dense et intégré à même de se dépenser dans le macrocosme multivarié de la globalisation.

Le souverain marocain n’a-t-il pas allégué, dans une parénèse adressée au sommet extraordinaire des chefs d’État et de gouvernements de l’UA que la création de la zone de libre-échange, la plus large au monde, avec la population du monde, représente un acte majeur de notre volonté commune de construire l’Afrique de demain ? À notre sens, ce contrat mondial du siècle qui est entrée en vigueur, hier Mercredi 30 Mai 2019 ne pourra prétendre à la réussite sans les préalables suivants :

- Primo, une plus grande insertion de l’économie africaine dans la trajectoire de l’économie internationale : l’Afrique reste la zone la moins intégrée au monde. Sa part dans le commerce mondial demeure infime puisqu’elle ne représente qu’environ 2 %. Difficile avec un tel ratio de percer les marchés mondiaux en pleine compétition et de négocier en force les accords internationaux.

- Secundo, le déploiement d’un grand effort d’intégration et de synergie du commerce intra-régional : au vu des chiffres timides du Commerce international entre les pays africains livrés par l’OMC et la CNUCED, il est urgent de remédier à la faible connectivité entre les différentes économies du continent. Faut-il illustrer la timide jonction entre les pays africains : le commerce intra-africain ne dépasse guère 18 %, comparativement à l’Asie (ASEAN) où il s’élève à plus de 51 %, ou en Amérique du Nord (ALENA) où il frôle 54 % et en Europe (AELE) où il s’élève à 70 %. De telles statistiques montrent, de par leur éloquence, l’effort que doivent déployer les pays africains dans le cadre de la ZLECA pour augmenter le commerce intra-africain à plus de 35 milliards de dollars par an pour gravir les 52 % en 10 ans.

- Tertio, l’alliance et la forte connivence du secteur privé : la réussite de la ZLECA reste fortement tributaire de sa capacité à riposter aux besoins de l’entreprise. À cet égard, il est capital que le secteur privé fournisse des mécanismes de consolidation des chaînes de valeurs existantes par la promotion de l’investissement industriel et le transfert du savoir-faire. Sous cet angle, les PME, qui constituent 80 % des entreprises africaines, seront encouragées par la ZLECA, où elles pourraient fournir des inputs pour les grandes entreprises industrielles.

- Quarto, le raffermissement des structures productives à travers la promotion de l’industrialisation de l’Afrique. Le but escompté est d’amenuiser la place des matières premières qui se taillent la part du lion dans les exportations africaines. Faut-il souligner, à ce titre, que plus de 76 % des exportations africaines émanent des ressources extractives, ce qui n’est pas sans risque sur la volatilité des prix des matières premières et de facto, sur les budgets des pays africains ?

Contrairement aux matières premières et aux secteurs miniers, la promotion de l’industrialisation de l’Afrique permettra de faire progresser la chaîne des valeurs industrielles à travers la création de plus de valeurs ajoutées, la création de l’emploi, le renforcement de la croissance et la productivité à même de favoriser une plus grande participation de la région africaine dans les chaînes de valeur mondiales, de gagner en efficience en renforçant la capacité attractive de l’Afrique. Aussi, la promotion de la politique industrielle de l’Afrique permettra d’asseoir une chaîne de valeur diversifiée et plus compétitive en se positionnant sur les activités à plus haute valeur ajoutée des chaînes de valeur mondiales.

- Quinto, l’investissement dans le capital humain : l’analphabétisme et la carence en formation demeurent les grandes tares de l’Afrique. Les problèmes qui restreignent les capacités des entreprises africaines sont notamment l’insuffisance des compétences entrepreneuriales et des compétences de gestion, le manque de personnel qualifié, ainsi que les obstacles en matière de recherche et développement. Georges Jacques Danton n’a-t-il pas argumenté qu’après le pain, l’éducation n’est-elle pas le premier besoin d’un peuple ?

Avec une telle carence, la qualité des institutions et des administrations peut peser lourd dans la décision d’une entreprise d’investir et d’implanter ses activités économiques dans un
pays africain donné. Faute d’investissements suffisants dans les compétences, le progrès technologique et l’investissement ne s’accompagnent d’aucun gain de productivité.

- Sexto, les gouvernements africains devront placer la bonne gouvernance au cœur de leurs programmes en vue de la transformation structurelle effective des économies africaines. C'est une condition sine qua non pour nourrir le développement économique, libérer le plein potentiel de l'Afrique et la conduire sur la voie de la prospérité.

Les pays africains ont besoin d'un cadre de gouvernance plus propice pour être en mesure de conduire de meilleures politiques publiques et d'obtenir, à terme, de meilleurs résultats en matière de transformation structurelle et de développement inclusif. Sous cet angle, les gouvernements africains sont invités à apporter des réponses aux pertes économiques dues à l'inefficacité des institutions et à l'incompétence.

Faut-il rappeler que c’est un secret de polichinelle que la corruption met en danger la croissance économique ? C’est un secret de polichinelle que la mauvaise gouvernance et la corruption sont deux fléaux qui nuisent à l’émergence de l'Afrique sur le plan économique, politique et social. In fine, Socrate disait que "Le secret du changement consiste à ne pas concentrer toute son énergie pour lutter contre le passé, mais pour construire le futur". Il est temps d’ériger le futur économique de l’Afrique en cadenassant les scolioses régionales et en verrouillant les réfractions de la répartition des fruits de la croissance, et ce, en posant, les grands jalons d’une Afrique résolument tournée vers l’émergence économique et hisser la ZELCA au rang de nations industrielles émergentes.



mercredi 22 mai 2019

Aziz Belal : Beautiful Mind et économiste d’exception

C’est comme ce jour du 23 Mai de l’année 1982, que le célèbre économiste Marocain, Aziz Belal, s’est éteint à l’âge de 50 ans, à la suite d'un incendie qui s'est produit à l'hôtel «Conrad Hilton» de Chicago : Le regretté s'y est rendu dans le cadre de ses fonctions, en tant que vice président de la commune d'Ain Diab de Casablanca, pour participer aux cérémonies de jumelage entre Chicago et Casablanca. 

Cet économiste exceptionnel et au parcours exceptionnel, a marqué de son empreinte toute une société, toute une génération d’étudiants, d’économistes de par ses réflexions et de par sa plume. Natif de Taza le 23 mai 1932, iIssu d'une famille modeste, il perdit son père à l'âge de huit ans, ce qui l'amena à affronter très tôt les difficultés de la vie. Il poursuivit ses études primaires à Oujda où il fut un élève studieux et brillant. Après avoir obtenu son baccalauréat, il regagna la Capitale Rabat pour y préparer sa licence en sciences économiques de 1951 à 1953. Par la suite, il se rendit à Toulouse où il obtint son diplôme d'études supérieures (1956). 

Le contexte national dans lequel si Aziz a vécu et grandi l'a amené très vite à choisir son clan et à faire son choix : celui de la lutte pour l'indépendance du Maroc et pour l'émancipation des peuples opprimés. Ainsi, très jeune à 19 ans, il adhéra au parti communiste marocain, alors clandestin, (devenu successivement parti de libération et du socialisme, puis parti du progrès et du socialisme) pour devenir l'un de ses illustres dirigeants en tant que membre du bureau politique. Depuis, Aziz Belal n'a jamais dissocié son activité politique de son activité scientifique : pour lui les deux vont de pair et s'enrichissent mutuellement, 

Il fut chargé de mission au plan où il participa à l'élaboration du premier plan quinquennal (1960-1964). En 1959, il accéda - dans le cadre d'un gouvernement de coalition nationale présidé par Abdellah Ibrahim - au poste de secrétaire général du ministère du Travail. Et c'est grâce en grande partie à lui que la législation du travail, datant de la colonisation, fut révisée et améliorée à la demande de son parti, il démissionna de son poste pour ne pas cautionner les déviations du gouvernement par rapport aux orientations de départ. 

En 1960, il intégra la faculté de droit de Rabat, la seule à l'époque, où il enseigna l'économie tout en œuvrant à la mise en place de la section de langue arabe et à la création du syndicat national de l'enseignement supérieur. 

Parallèlement à son activité en tant qu'enseignant et son engagement politique sur tous les fronts, il s'est mis à préparer une thèse d'Etat en sciences économiques sur «l'investissement au Maroc 1912-1964, et ses enseignements en matière de développement économique ». C’est grâce à cette thèse que j’ai découvert Feu Aziz Belal et ses œuvres heuristiques quand je préparais, à l’époque, mon diplôme de troisième cycle et par la suite mon Doctorat sur l’attractivité de l’investissement étranger au Maroc à la Faculté de Droit de Rabat-Agdal. 

L’amour de sa patrie est tellement fort dans ses veines et son ADN qu’après des études universitaires en économie à Grenoble en France, thèse soutenue brillamment à l'université de Grenoble en 1965, fit date dans les anales de la recherche socio-économique du pays faisant de Aziz Belal le premier économiste marocain titulaire d'une thèse d'Etat. 

Nommé professeur d'université, il poursuivait inlassablement son activité académique et politique : présent dans tous les débats scientifiques et politiques aussi bien au Maroc qu'à l'étranger; partisan acharné du travail organisé; ardent défenseur de la cause des déshérités. Grâce à ses qualités d'intellectuel talentueux, d'humaniste sans faille et d'orateur hors pair, il a acquis une facilité à argumenter et à convaincre à lui seul, il constituait une école : l'école Aziz Belal à laquelle ses anciens étudiants et ses nombreux amis qui occupèrent et occupent de grands postes dans la sphère publique et privée. Il n'a eu de cesse de professer que la culture et l'argent font rarement bon ménage ! Tel est brièvement si Aziz en tant qu'homme. 

Son apport scientifique est tout est aussi fécond que riche et diversifié : Il enlace des champs de connaissance variés. 

Les aspects qui nous paraissent toujours d'actualité sont : 

1- Le bilan de la colonisation : le travail de Belal sur la période coloniale constitue, avec celui réalisé par Albert Ayache, une référence incontournable pour connaitre les effets de la colonisation française sur l'économie et la société marocaines. Le bilan que dresse l'auteur est implacable et nous donne une image nette sur les 50 années de colonisation : Au cours de cette période, l'économie marocaine a connu la croissance sans connaitre le développement ; c’est une croissance "estropiée», écrit Aziz Belal, croissance dont l'objectif est de servir les intérêts de l'économie du centre métropolitaine dominante et dont la progression se trouvait conditionnée par l'accentuation du " satellisation " économique et monétaire de la périphérie (le Maroc) par rapport au centre ( l'économie de la métropole). 

2- L'économie de développement : une lecture attentive des travaux de Belal nous autorisent à le considérer comme un véritable théoricien du développement et l'un des fondateurs de «l'économie de développement». La stratégie de développement qu'il a préconisée pour le Maroc au milieu des années 60 du siècle dernier n'a rien perdu de sa pertinence et de son actualité : un investissement efficace aux effets multiplicatifs élevés; un rôle dominant du secteur public ; des institutions démocratiques, décentralisées et dotées de larges attributions en matière économique et sociale ; la conciliation des impératifs d'efficacité économique et de justice sociale ; 

3- Les facteurs non-économiques de développement : cette question centrale a été déjà esquissée par Feu Aziz Belal dans sa thèse en donnant une place de choix aux facteurs culturels et idéologiques dans l'enclenchement du processus de développement économique. Et ce fut en 1980 qu'il présenta une construction théorique élaborée sur cette problématique dans un ouvrage intitulé: «développement et facteurs non économiques». Après avoir critiqué les théories dominantes de développement fondées sur le «rattrapage» selon le schéma "Rostowien" et montré les limites de l'idéologie de la «troisième voie» prônée en Afrique et dont on voit aujourd'hui les déboires et les dégâts, Aziz Belal a opté pour une conception large du concept de développement intégrant l'ensemble des facteurs économiques, culturels, idéologiques voire civilisationnels. Il s'agit pour lui de s'attaquer aux quatre problèmes fondamentaux intimement liés : libération nationale, révolution sociale, développement et civilisation. Et partant, il définit le développement comme étant «un processus cumulatif socialement maîtrisé et continu de croissance des forces productives, englobant l'ensemble de l'économie et de la population, à la suite de mutations structurelles profondes permettant la mise à jour de forces et de mécanismes internes d'accumulation et de progrès ». Tel qu'il est défini, un tel développement «n'est pas possible sans l'élimination des blocages sociaux, politiques et idéologiques qui l'entravent, c'est-à-dire de la domination externe-interne qui ronge et inhibe les formations sociales périphériques. Ce qui signifie, en bref, la réalisation d'un processus de libération nationale authentique et de révolution sociale profonde - dans les structures socio-économiques, les rapports sociaux et les valeurs idéologiques et culturelles - et sa consolidation persévérante dans le temps». 

D'autres apostrophes économiques ont retenu l'attention de Aziz Belal dans ses écrits dont notamment : l'unité maghrébine, les relations entre le Maroc et la CEE 

Ainsi, a-t-il pensé les blocages à l'intégration maghrébine en s’étayant sur les tendances lourdes et les raisons structurelles auxquelles viennent se greffer les raisons contingentaires : 

- Primo, les forces socio- politiques qui avaient dirigé la lutte pour l'indépendance des trois pays et la façon dont elles l'imposèrent n'étaient pas les mêmes, 

- Secundo, certaines différences dans l'évolution socio-historique antérieure à la colonisation européenne ont également joué un rôle négatif dans l'unité maghrébine. 

- Ultimo, la découverte et l'exploitation de gisements de pétrole et de gaz en Algérie jouaient un facteur «déséquilibrant» dans les relations intermaghrébines en donnant à ce pays un sentiment de supériorité voire d'hégémonie. Ces facteurs continuent de faire obstacle à l'édification du grand Maghreb. 

Par ailleurs, Aziz Belal a consacré une large littérature aux relations Maroc/Maghreb-CEE en considérant celles-ci comme une nouvelle forme de domination «néo- coloniale» qui s'est substituée à la domination directe. Il était favorable à une autre forme de relations fondées plutôt sur la coopération et le partenariat dans une optique «Win-Win». Et l'histoire économique a fini par donner raison à Aziz Belal. 

En substance, la vie de Feu Aziz Belal fut dense et productive : Il nous a légué un trésor de connaissances et un patrimoine scientifique immortel. Et c'est avec une profonde émotion et une reconnaissance sincère que nous nous inclinons devant sa mémoire et lui rendons cet humble hommage. 

S’il y a un cercle des poètes disparus, tout aussi, il ya un cercle des économistes disparus. Certes, il nous a quittés, mais ses proses économiques l’ont rendu immortel. 

mercredi 15 mai 2019

Printemps arabe, Saison II : Genèse, Causes, Caractéristiques communes et Enseignements


Nous n’avons pas tous cru que les révolutions du printemps arabe ne sont qu’un feu de paille de révoltes du 17 Décembre 2010 qui ont perdu leur enchantement ? Détrompez-vous, les remous politiques et les contestations sociales à Alger et à Khartoum nous font perdre nos illusions et attestent qu’il s’agit bel et bien d’un printemps Arabe dans sa saison II. 

Faut-il rappeler, en guise de prologue, que l'expression de "Printemps arabe" fait référence au "Printemps des peuples" de 1848 auquel il a été comparé, tout comme le Printemps de Prague, la chute du rideau de fer en 1989, ou encore le Risorgimento italien. 

Historiquement, ce Printemps Arabe a connu deux grandes phases : 

- La première "Wave" a émergé, avec les contestations dans différents pays Arabes, en 2011 et s’est poursuivie jusqu’à la fin de 2013. Il s’agit d’une phase d’espérance et de mobilisation sociale pour forger l’édifice du projet démocratique Arabe qui est été à l’origine de la déchéance de certains régimes totalitaires, à l’instar de la Tunisie, de la Libye, de l’Egypte et le Yémen qui, en faisant boule de neige, à chavirer d’autres systèmes politiques comme la Syrie et le Bahreïn.

Cette phase de l’histoire politique du monde arabe a été jalonnée par l’effloraison de plusieurs thèses universelles des droits de l’homme aspirant à la démocratie, à la dignité et à une vie décente. 

Aussi, cette phase a favorisé l’émersion d’une nouvelle dynamique politique qui s’est matérialisée par la manumission des citoyens Arabes de l’ère de l’effroi, de la peur et de la réclusion dans l’espace privé pour riposter au despotisme et à la dictature. De ce fait, les organisations et les rassemblements de la société civile se sont proliférées et ont secrété une nouvelle mobilité sociale sur les places publiques arabes en la consolidant après des décennies de refoulement et d’exclusion.

Cependant, autant en emporte le vent, cette ère qui a été porteuse d’optimisme et d’espérance céda la place en donnant libre cours à une nouvelle période d’instabilité politique, d’agitation, de guerres civiles et de terrorisme. 

Ainsi, après l’intervention des armées du Conseil de Coopération des États arabes du Golfe CCG au Bahreïn et la destitution du Président Mahmoud Morsi en Egypte, la Syrie, la Libye et le Yémen vont succomber dans des guerres civiles d’une grande brutalité en ébranlant les soubassements du crédo démocratique. Seule, le pays de Jasmin a été épargné de ces guerres civiles, mais tout de même avec des attentats terroristes et des crises économiques et sociales profondes dont les séquelles perpétuent jusqu’ à ce jour.

Toutefois, la montée de la révolte et les guerres civiles, d’une part et les difficultés économiques et les remous sociaux, d’autre part ont eu des effets négatifs sur les révolutions démocratiques issues du printemps arabe. Le crédit des citoyens, dans le projet démocratique, a régressé et céda la place à une nostalgie des citoyens Arabes aux anciens régimes qui sont en mesure d’assurer la paix et la sécurité, nonobstant leur caractère despotique. 

L’échec, semble-t-il, du printemps arabe et sa dérivation oppressive a engendré une dissension et après l’espoir d’une véritable fissure avec l’absolutisme arabe, c’est désormais le pessimisme et le "Tædium-Vitae" qui l’emportent : Ce sont ces rétrogressions, voire même ces insuccès qui ont été à l’origine de la désocialisation des idées révolutionnaires du printemps arabe qui sont progressivement entrées dans l’effacement et l’oubli.

Or, de nouveau, les révolutions démocratiques ne vont-elles pas se ressusciter en frappant le Soudan depuis la fin de l’année 2018 et en Algérie avec les marches du Vendredi qui ont commencé le 22 février dernier contre un cinquième mandat du Président Bouteflika pour faire entrer le Printemps Arabe dans sa saison II? 

Les rassemblements de masse à Khartoum et à Alger ne nous ont-ils pas entré dans une nostalgie en nous rappelant ceux de la première vague des ébullitions arabes avec une requête de dignité, de démocratie contre un ordre politique anachronique ? 

Même si ces deux cataclysmes politiques au Soudan et en Algérie sont dans leurs premières germinations et que leur horizon est encore équivoque, il est possible de brosser les présomptions d’une nouvelle onde de révolutions démocratiques et d’un regain de l’orbe révolutionnaire de la première vague du Printemps Arabe.

Nous notons, qu’en dépit, des caractéristiques de ces pays et de leurs cheminements historiques différents, il est possible de souligner des similitudes entre la première et la seconde vague des révolutions arabes que nous sommes en train de vivre tant dans leurs origines que dans leurs dynamiques de développement.

Au niveau des origines des révolutions des printemps arabes, il est possible de mettre l’accent sur quatre mobiles principaux que l’on peut retrouver dans les différents pays du printemps Arabe en dépit de la multiplicité de leurs trajectoires politiques et historiques : 

- Le premier motif est d’ordre politique : Il réside dans la claustration des régimes politiques arabes dans une logique totalitaire qui était à l’origine d’une césure sans précédent contre les régimes de Ben Ali, de Moubarak et de Kadafi et leurs citoyens, qui sont devenus caduques par rapport à la dynamique économique, politique et sociale du monde et aux réquisitoires des classes moyennes. On retrouve, aujourd’hui, ce cloître en Algérie avec un président Bouteflika qui a atteint un stade de lassitude physique ne lui permettant plus de gouverner. Dans une telle situation, le pouvoir est confisqué par un petit cercle de proches et des membres de sa famille qui ont "blackboulé" toutes les institutions Algériennes. 

Idem, on retrouve le même schéma au Soudan où le président Omar el-Béchir avec un clan de proches et sa famille qui se sont appropriés le pouvoir politique et économique depuis le fiasco dans la gestion de la crise du Sud et son divorce avec le Nord.

Ces dérélictions ont été à l’origine d’importantes évolutions politiques poussant les populations à se mobiliser contre ces régimes arbitraires pour revendiquer une plus grande ouverture des systèmes politiques. 

- Le second mobile à l’origine du printemps arabe dans sa saison II est d’ordre économique : Elle concerne l’essoufflement des modèles de développement économique dans la plupart des pays arabes. 

A titre illustratif, en Algérie, si la dimension économique a concouru à lui épargner la première vague de la révolution du printemps arabe avec la hausse importante des salaires et des dépenses sociales, elle a joué un rôle majeur dans la seconde vague de révolutions et la chute du régime Bouteflika : En dépit des essais de diversification, le modèle économique reste rentier et son évolution est fortement tributaire de la dynamique erratique des cours internationaux de pétrole et de gaz. 

La flambée de ces cours mondiaux de l’or noir qui ont dépassé la barre de 120 $ au cours des années 2012-2014 a permis au pouvoir maitriser et contenir les mouvements sociaux à travers la hausse des dépenses sociales. Or, la volte-face de la conjoncture économique et la chute des cours internationaux, à partir de 2015, ont eu des impacts pervers sur l’économie algérienne dont le déficit des finances publiques a escaladé de 1,4% en 2013 à 15,7% en 2016. Les réserves de change ont connu une chute sans égale de 200 milliards de $ en 2013 à 60 milliards en 2018.

La dégradation de la situation économique et la succession des crises ont été à l’origine des politiques de rigueur financière qui ont été mises en place par les différents gouvernements à partir de 2014 et qui ont attisé les désaveux sociaux.

C’est le cas aussi du modèle Soudanais qui a commencé à connaître une crise économique profonde avec la sécession du Sud et la décrue des revenus de l’Etat du pétrole, ainsi que le blocus appliqué par les pays développés. Ceci a amené le Gouvernement Soudanais a appliqué des politiques d’austérité avec comme conséquence la réduction des dépenses de l’Etat, notamment en matière de subvention des produits de base. Ces politiques ont été à l’origine d’un embrasement des prix et d’une inflation estimée par les instances économiques Soudanaises à 70%. Cette spirale inflationniste a été à l’origine de la détonation des contestations avant la fin de l’année 2018.

- La troisième raison de cette seconde vague de révolution démocratique est la forte montée du chômage et l’accroissement des inégalités sociales. Ces évolutions ont contribué à la remise en cause de la légitimation de l’Etat moderne et au renforcement de la contestation sociale.

- La quatrième raison qui est commune aux deux vagues de révolutions démocratiques dans le monde arabe concerne la montée de la corruption, du népotisme et de la kleptocratie. Dans ces pays, ce sont les familles et le cercle proche du sérail qui sont au cœur de la corruption. Cette corruption galopante a eu des effets pervers, non seulement sur l’efficience et le rendement de l’investissement, mais aussi sur les valeurs et l’éthique avec comme corollaire la déconsidération du travail au profit des lobbys et des hommes d’influence. 

Au niveau des points de convergence des révolutions du printemps arabe, il est possible de mettre l’accent sur quatre caractéristiques communes : 

- La première spécificité concerne la grande mobilisation populaire. En effet, ces contestations ont réussi à regrouper de larges franges issues de différentes couches sociales dans une collusion historique réussissant à dépasser la peur des appareils de répression. Aussi, ces mouvements sociaux ont été marqués par un grand spontanéisme et l’absence totale des orientations des partis politiques et de la représentation des mouvements syndicaux, 

- La seconde spécificité concerne les côtés pacifiques et civils de ces mouvements résistant à toutes les tentatives des appareils répresseurs qui ont essayé de les acculer vers la violence. Cet engagement de maintenir le caractère pacifique du Printemps Arabe dans sa saison II s’est inspiré de l’expérience tragique de la première vague des révolutions où les apparitions de la violence ont été à l’origine de leurs dérivations et de leurs échecs. En Algérie, les émeutes et l’éclatement de la guerre civile du printemps de 1988 avec plus de 200 000 victimes n’ont-ils pas joué le rôle de repoussoir devant le recours à la violence ?

- La troisième spécificité concerne la grande participation des femmes en Algérie comme au Soudan où l’étudiante Ala Saleh est devenue l’une des icônes de la rébellion. Cette présence féminine nous rappelle que le rejet des régimes postcoloniaux ne se confine pas aux questions politiques et économiques, mais aussi aux questions du genre. Cette participation massive des femmes atteste de leur détermination à faire de ce mouvement, non seulement un affranchissement de la dictature, mais touche également la culture phallocentrique et macho dans notre société Arabe et qui est à l’origine de la marginalisation de la femme de l’espace public, 

- La quatrième spécificité concerne le côté récréatif et divertissant de ces mouvements sociaux marqué par une forte participation des artistes et des intellectuels. Ces mouvements ont connu également un développement de la satire, de l’ironie et de l’humour qui a touché tous les représentants du pouvoir, plus singulièrement les corrompus et le cercle du pouvoir. Ces dynamiques sociales sont devenues de grands "happenings" permettant aux citoyens de reconquérir l’espace public et de rebâtir la contestation sociale dans un cadre festif, caricatural et joyeux.

Quoiqu’il est difficile d’anticiper les évolutions futures des revendications en Algérie et au Soudan, le degré de mobilisation, d’engagement, ainsi que le caractère civique et pacifique de ces mouvements nous laisse-t-ils pas augurer que ces pays sont entrain d’entamer une véritable transition démocratique ? 

Quatre enseignements essentiels peuvent être tirés des révolutions démocratiques du Printemps Arabe dans sa saison II : 

- Le premier enseignement est lié à la « justice de transition » ou « justice en transition et la nécessité d’en faire un véritable processus de reconnaissance, de réconciliation, de crédit et de consolidation de l'état de droit en remédiant au lourd héritage des abus des droits humains, 

- Le second enseignement est relatif à la nécessité de redéfinir les programmes économiques et sociaux et l’invention d’un nouveau modèle économique inclusif équitable qui mise sur la croissance économique, le développement, l’atténuation des inégalités sociales et la pauvreté une politique de revenus et de partage des richesse afin de répondre aux attentes des citoyens
en leur assurant de meilleures conditions de vie, des emplois, de dignité, 

- Le troisième enseignement concerne la nécessité de pérenniser le caractère civil et pacifique de ces mouvements, et ce en retenant les leçons de la première vague et ses dérives afin que l’espoir du changement démocratique reste inaltérable et indestructible. 

Nous pensons, en guise d’épilogue, qu’en dépit de la dérivation des révolutions du printemps arabe dans son premier épisode, les mobilisations sociales dans un cadre pacifique et civil à Alger et au Khartoum ouvrent une nouvelle ère et redonnent un espoir au changement dans le monde Arabe aspirant à la démocratie et à l’honorabilité.

dimanche 5 mai 2019

Une Algérie fiévreuse : Quelles leçons du tumulte politique ?

Ne dit-on pas que les apparences sont trompeuses ? C’est le cas pour l’Algérie en plein tumulte politique, économique et social : Moult médias et observateurs internationaux se sont dupés sur notre limitrophe algérien puisque, depuis le 22 février, les manifestations, dans leur pluralité culturelle, nous ont donné l’image d’un peuple sage, mûr et surtout coalescent et soudé autour du drapeau algérien. 

Ceux qui imaginaient, que la consubstantialité algérien était dépravée par les 130 chandelles de l’impérialisme et l’expansionnisme français, que l’élite algérienne avait refui le pays, après tant de désenchantements depuis l’indépendance, que la dissidence kabyle était réfractaire, ont perdu leur illusion et sont obligés de revoir leur "sentence"; idem pour ceux qui prêchaient que l’itinéraire islamiste était le seul palliatif aux généraux, sont désavoués par la réalité des rues d’Alger. 

En dépit de la multiplicité culturelle de l’Algérie, la souveraineté plurielle s’extériorise par la solidarité et la confraternité perceptible dans les rues : Moult Kabyles n’ont-ils pas le drapeau Amazigh à la main, mais combien recouverts dans le drapeau algérien ? Ce qui corrobore que la sollicitation d’un singularisme culturel n’est pas antithétique avec le patriotisme. Au contraire, la diversité culturelle étoffe les nations et les fraternise quand elle est reconnue et fait parti du vécu du commun des Algériens. 

Elle se repère foncièrement dans un projet national aussi évasé que le "desideratum" algérien à la démocratie, portée par tout une Algérie qui a vu sa révolution dépossédée en 1962 par l’armée des frontières de Houari Boumediene. 

Certainement, il y a tant d’enseignements à tirer pour notre drapeau Marocain. Dans notre chère patrie, nous avons cru que l’affirmative de la diversité culturelle, dans la constitution de 2011, allait trancher le nœud gordien. Détrompez-vous, ce n’était pas le cas avec certaines Rifains au Maroc, mais surtout à l’étranger. Les images du drapeau de notre cher Maroc mâchuré par des Marocains ne sont-elles pas accablantes et incommodes ? 

Historiquement, nous savons pertinemment qu’une partie des subversifs gauchistes des années 70, après le fiasco politique du projet Marxiste-léniniste, s’est rétractée sur l’apostrophe identitaire rifaine. Ils s’imaginent comme les héritiers du héros de la bataille d’Anoual, qui, lui, faut-il le souligner, n’a jamais été dissident et séparatiste. 

Pour boiser leurs thèses, ils ont instrumentalisé les émeutes de la guerre du Rif de 1958 et, l’enclavement du Rif par l’omission explicite de tout projet de développement économique et social de cette région qu’ils surnommaient sarcastiquement le Maroc inutile. 

Au début, le Hirak d’Al Hoceima, porteur de pétitions et doléances légitimes, a été manipulé par des camarillas ? Ce qui frappe le plus, somme toute c’est la répulsion véhiculée, non pas contre le pouvoir politique, mais contre le Maroc et de facto le peuple Marocain dans son ensemble ? 

Nous avons besoin de nous regarder au miroir, de nous dire nos 4 vérités en face et de créer fort que la pluralité culturelle ne se décrète pas, elle surgit en s’exprimant au jour le jour par le vécu et le quotidien de tout un chacun et ce dans la trame d’un projet national aspirant au développement, à la démocratie et à la modernité. Tout différend s’inscrivant dans cette optique est démocratiquement acceptable. Toutefois et c’est le cas, dès qu’elle suscite le fanatisme et l’animadversion, elle ne peut qu’être impétueusement chassée, à l’instar de certains subversifs, qui ont poussé la protestation du retrait des forces de l’ordre d’Al Hoceima dans le seul dessein est de ressaisir les différents trafics. 

Le tumulte politique Algérien est riche de leçons et d’enseignements : Quelque soit le particularisme rifain ou autre, il ne peut accomplir et concrétiser ses ambitions à l’ex-voto et à la quittance que dans le cadre d’un projet économique, politique et social Marocain. 

En guise de conclusion, nous pensons que la diversité culturelle n’est pas un jeu à somme nul ; bien au contraire c’est un jeu à somme positive, ce n’est pas une sommation d’affluents introvertis, sclérosés et renfermés sur eux-mêmes, mais une dialectique et une interférence qui interagit entre eux, pour accoucher une identité nationale Marocaine. Toute autre spéculation est une épée de Damoclès sur la cohésion nationale de notre patrie. 

Plus de douze ans après sa suppression, le service militaire, qui s’inscrit ainsi dans la ligne des directives royales, n’est-il pas venu à point nommé pour consolider la promotion du patriotisme, le sens du civisme et de la solidarité au Maroc ? 

lundi 29 avril 2019

Le grand oral du mi-mandat du Gouvernement El Othmani : Un oral aux pieds d’argile

Nous savons pertinemment tous que le bilan du Gouvernement quelque soit sa nation, sa couleur et son sigle politique est toujours un bon exercice de réflexion, de constats, de diagnostics et même de proposition de pistes et des pistes d’amélioration. Qu’en est-il du bilan du mi-mandat du Gouvernement El Othmani, et quelles sont les horizons de la seconde moitié dudit mandat? 

De prime abord, qu’en est-il du diagnostic ? D’emblée, nous pensons que la complaisance et l’autosatisfaction du chef de l’exécutif Saâdeddine El Othmani, quant à son mi-mandat, d’outrancière au vu de la timidité des réalisations. Dans son oral, le chef de Gouvernement dénombra les prouesses des réalisations de sa bande en si peu de temps à l’instar de la charte de déconcentration qui aurait mis vingt chandelles pour voir le jour sous l’ère politique d’El Othmani. 

Nous alléguons qu’à ce jour, il n’y a que des "pronunciamientos" d’intentions paraphées par certains ministrables ; témoignages et déclarations ne signifient guère réalisations dont se vante Saâdeddine El Othmani. De ce fait, le chef du Gouvernement aurait dû présenter un rétro-planning de mise en œuvre, les moyens d’action et les instruments pour y déboucher. C’est le "Smig" et le minimum vital pour assurer le suivi de la mise en place de ladite déconcentration, et ce n’est qu’à partir de ce moment qu’on sera suffisamment outillé pour supputer et calibrer la fiabilité dudit projet. 

Ensuite le chef du PJD a complimenté l’augmentation des budgets sociaux de l’enseignement à 25% et de la santé à 16%. Sur ces deux dossiers aussi budgétivores, nous arguons que l’ascension de ces deux rubriques budgétaires n’est pas en soi une bravoure; bien au contraire: vu les moyens très limités de l’argentier du Royaume, le Maroc a besoin plus de rationalisation que d’augmentation des budgets, en s’endettant ou en affligeant davantage les Marocains d’impôts. Aussi, si ces budgets ont été effectivement augmentés, quels sont les corollaires économiques et sociaux sur le quotidien du Marocain ? Avouons-le : Pas besoin de consulting et de bureaux d’études évalués à des Millions de dirhams: Les Marocains ont bel et bien fait le choix du secteur privé étant donné que le service public est en quasi-fiasco avec comme conséquence une fonction publique en porte à faux. Des hôpitaux publics qui poussent des cris d'orfraie invitant les patients marocains à reposer en paix avec des rendez-vous renvoyés aux calendes grecs, dont la gestion est des plus opaques et corrompues et une école publique parmi les plus anémiques sur le globe. 

En sus, le chef de l’exécutif a fait moult éloges du climat de l’investissement et des affaires internationales où le Maroc s’est classé à la 60ème dans la 16ème édition du classement Doing Business de la Banque Mondiale

Sur ce registre de Doing Business 2019 dont le chef du Gouvernement s’illusionne : Le cabinet Saadine Elothmani s’est-il donné le temps de sonder, sur le terrain, l’opinion du milieu des affaires national et international ? S’est-il donné le recul d’aller faire un tour dans les tribunaux de commerce pour évaluer les tares qui obturent le climat de l’investissement et des affaires internationales: Les délais trop longs, la partialité ressentie et les difficultés d’obtenir gain de cause qui plombent tout crédit en la justice marocaine. Le cabinet de Saadine Elothmani a-t-il demandé aux promoteurs économiques ce qu’ils redoutent le plus dans l’acte d’investir ? 

Nous pensons que le chef du Gouvernement a occulté que le Maroc est mal classé à maints égards : 123éme dans l’Indice de développement humain du PNUD, 98éme dans le nouvel Indice du capital humain de la Banque mondiale et 75éme de l’indice de compétitivité avec à peine un score de 58 sur 100, en dessous de la moyenne mondiale qui est de 61 en vertu du World Economic Forum.
Par ailleurs, ce mi-mandat du Gouvernement barbu est caractérisé par l’aggravation de l’endettement de notre patrie en signant chaque année des lignes de précaution avec le FMI imputable à la mauvaise gestion des finances publiques. Ainsi, au regard de ces résultats faiblards et au vu deux années qui restent, Saadine Elothmani a-t-il le potentiel de redresser la barre vers une économie inclusive et durable?

Le chef du Gouvernement va-t-il transcender les querelles intestines et intra-majorité pour apporter des réponses et des solutions tangibles au renforcement du taux de croissance, l’amélioration du climat des affaires, le renforcement de la protection sociale, la promotion de l’emploi et l’élaboration d’un nouveau modèle de développement ? Le temps est révélateur disait Charly Teddy

dimanche 21 avril 2019

Langue d’enseignement au Maroc : Langue de bois et débat sur le sexe des anges

La polémique sur la langue d’enseignement au Maroc resurgit en prenant la tangente et ce, de la manière la plus adroitement incongrue qui soit. 

Les Marocains et le milieu de l’éducation s’attendaient à un débat de fond sur la langue d’apprentissage autour de l’école que nous rêvons et que nous escomptons pour notre progéniture actuelle et future et voilà encore une fois, les partis politiques glissent malheureusement dans des polémiques arides, desséchées et marginales qui suffoquent fondamentalement ce débat sensé être fructueux aboutissant à des résultats probants. 

En polarisant le débat autour de la langue d’enseignement avec des arrières pensées "bibliothécaires" et passéistes, voire populistes et sournois, l’élite politique cherche intentionnellement à végéter la réforme de notre système éducatif et à reproduire en corollaire le système actuel dont tout le monde récrimine le caractère infertile, injuste, et inéquitable. 

D’emblée, nous pensons qu’à l’heure de la globalisation et du développement sans précédent de l’économie cognitive, l’ouverture sur les langues étrangères est plus que jamais un "Must" pour tirer profit des acquis de l’essor économique et technologique et pour mettre l’élève. 

Aussi, Il ne faut pas voir dans la langue un simple outil de lexique et de thésaurus, mais surtout une courroie de transmission de connaissances, de science, de progrès et de civilisation 

Nous alléguons qu’il existe une dialectique entre notre langue et les autres langues dans la mesure où la langue arabe s’enrichit à partir des langues étrangères et le fait d’enseigner les matières scientifiques n’affecte en aucune manière notre identité Marocaine, arabe et musulmane comme le prétendent certains gourous des partis politiques. 

Apprendre et enseigner en langue étrangère est un moyen de préparer l’apprenant à poursuivre ses études supérieures, que ce soit au Maroc ou à l’étranger, avec succès et arrimer l’étudiant Marocain au tempo de la mondialisation.. 

À titre illustratif, n’est-il pas opportun pour un élève Marocain qui envisage de poursuivre des études de sciences économiques ou les statistiques en français ou en anglais ? N’est-il pas raisonnable pour un futur ingénieur d’étudier l’informatique dans une langue autre que l’arabe ? 

Avouons-le : Ça fait plus de 30 ans que le Maroc a adopté la langue arabe dans l’enseignement des matières scientifiques depuis le primaire jusqu’au baccalauréat. Un état de fait qui a sécrété une véritable lésion et dualité linguistique entre l’enseignement secondaire et supérieur où ces matières sont dispensées en français. Le résultat était lamentable : Selon les enquêtes du ministère de l’éducation nationale, seulement 1 étudiant sur dix parvient à décrocher la licence en 3 ans et plus que 30% des bacheliers scientifiques préfèrent s’inscrire dans des filières de sciences humaines et sociales en arabe pour contourner la question des langues. 

Un bachelier arabisé vit un véritable temps d’épreuves : S’il choisit une filière scientifique, il devra faire face à un changement de langue et se trouve rencogné entre des prérequis arabisés et un nouveau savoir dispensé en français ; une situation qui impactera son insertion, son rendement et ses chances de réussite ce qui explique le taux atterrant de déperdition où 25% des étudiants quitte l’Université sans avoir passé l’examen du 1er semestre selon les chiffres officielles du Ministère de l’éducation nationale. 

Pour mémoire, notre système éducatif n’-a-t-il pas bien fonctionné selon une séquence vertueuse et ce en privilégiant le qualitatif sur le quantitatif pendant des décennies et avec des résultats probants ? Ce faisant, on ne réinventera pas la roue : Tous les pays qui se développent ou qui se sont développés procèdent ainsi avec une dose plus ou moins forte d’ouverture sur les langues étrangères. Tel est l’enjeu de l’utilisation des langues étrangères. Soyons donc clairs, ne discutons pas de sexes des anges et débattons à visage découvert sur l’avenir de notre école et sa place dans le projet sociétal qui convient à notre pays à l’heure actuelle et futur. 

Soyons sincère et clair, je pense qu’à l’heure actuelle, la langue anglaise est devenue la lingua franca, elle est devenue la langue de sciences par excellence et assimiler cette langue par les élèves et les étudiants Marocains leur permettra d’exceller grâce à des rapports, des thèses, des ouvrages, des sites qui sont dans la plupart rédigés en anglais. 

La langue de Shakespeare est largement pratiquée dans le monde de l’entreprise et dans les sphères scientifique, technologique et économique, c’est la langue de la finance internationale, du commerce international et du tourisme. 

Dans le monde de la digitalisation économique et de l’intelligence artificielle, 80 % des données existantes sont en langue anglaise, ainsi que le sont une grande majorité des publications scientifiques (95 %). De ce fait, en assimilant l’anglais, l’élève et l’étudiant Marocain peuvent avoir accès à un nombre illimité de ressources économiques, techniques et scientifiques. 

Aussi, l’anglais est l’une des compétences les plus demandées sur le marché du travail ; elle est la plus sollicitée par les employeurs, les promoteurs et les investisseurs. A ce titre, elle permet d’accéder à des postes à plus haute responsabilité, de développer sa carrière et son entreprise. C’est la langue des affaires internationales 

Historiquement, à l’ère du rayonnement de l’empire arabo-musulman au 7éme et 8éme siècle, je pense que les occidentaux étaient intelligents en apprenant la langue Arabe : La langue du Saint Coran et du Paradis était la langue des sciences par excellence et de ce fait les occidentaux savaient pertinemment l’enjeu de l’apprentissage de la langue arabe pour accéder aux travaux scientifiques de Jabir ibn Hayyan, Al-Khwârizmî, Avicenne, Rhazès, Al-Battani, Ibn al-Haytham, Al-Fârâbî….etc. N’est-il pas le cas pour la langue anglais aujourd’hui. 

Ceci étant, sans occulter la langue française et arabe comme langue de communication quotidienne. Aussi, nous constatons, depuis plusieurs années, la langue de Molière connait un certain retrait et les responsables Français intègrent de plus en plus la langue anglaise comme langue d’apprentissage pour ne pas rater le train de l’économie cognitive. Même la Chine, qui est entrain devenir la première puissance économique mondiale intégra la langue anglaise dans toutes ses universités et dans les manuels d’étude. 

Hélas, au Maroc, nous sommes, devant un paradoxe, voire même une schizophrénie de ceux qui débattent de la langue d’enseignement : C’est connu, cette élite politique marocaine ne dispense-t-elle pas les études à leur géniture dans des écoles, des missions en langue anglaise ou française ? 

Les apostrophes qui doivent interpeller notre système éducatif : Sommes-nous pour une école qui assure une réelle égalité des chances, qui garantit une formation de qualité, une école ouverte sur son environnement local, national et international, une école ouverte compétitive et attractive, une école qui contribue à l’émancipation de l’esprit et au développement de la créativité, une école qui anticipe les contraintes économiques et technologiques du futur pour préparer les élèves et étudiants à cette nouvelle donne en leur imprégnant les méthodologies didactiques, pédagogiques et scientifiques pour exceller sur notre patrie et sur d’autres cieux ? Telles sont les vraies interpellations qui se posent à nous aujourd’hui et auxquelles la trame éducative doit apporter des répliques. 

vendredi 12 avril 2019

Le Maroc : Une âme pour une convergence de toutes les spiritualités


D’emblée, nous pensons que la visite du leader religieux catholique le Pape François au Maroc ne peut être cantonnée à la seule dimension générique et classique de la tolérance entre les cultes. 

Fau-il rappeler que le Maroc a été le premier pays musulman, à recevoir le Pape : Je me rappelle en suivant les informations du JT sur l’écran de la RTM de la visite de Jean-Paul II dans le Royaume en Août 1985. 

Je me rappelle du geste emblématique et très expressif de Jean-Paul II en embrassant la terre marocaine à sa descente d’avion, qui véhicule, à mon sens, un message éloquent que la terre d’Islam n’est pas une terre d’ aversion et que les valeurs humanistes, sont universelles.

La visite du Pape François ne peut être abrégée à cette dimension de tolérance : Le monde entier le reconnait ; le Maroc est un pays de tolérance, d’ouverture. Pour mémoire, le Maroc était le premier pays à avoir accueillir les judaïque où le Sultan Mohammed V avait ouvert les portes du royaume aux juifs d'Europe. 

Le Roi du Maroc et le Pape sont des caporalismes religieux : D’une part, l’un, le Pape François en l’occurrence conduit l’église catholique, avec un Milliard de fidèles essaimés sur les cinq continents, d’autre p art, le Roi du Maroc est commandeur des croyants, non pas uniquement au Maroc, mais dans de larges contrées. Sur l’angle religieux, c’est donc une authentique intersection entre deux écoles représentatives installées depuis la nuit du temps.

Aussi, le Roi du Maroc et le Pape sont aussi des autorités politiques : Le Pape est le président du Vatican, très amenuisé géographiquement, mais qui par son emprise et son empreinte religieuse est un écho qui porte sur les 5 continents. Le Roi du Maroc est chef de l’État, Président du comité Al Qods et donc un écho qui porte à la fois dans la sphère arabo-musulmane, en Afrique et dans le monde.

Le Roi et le Pape ont des similitudes, parce que la vision philanthrope prédomine chez les deux chefs d’Etat, essentiellement parce que leur responsabilité de culte est d’abord humaniste.

Terrorisme, migration et protection de l’environnement sont les trois thématiques récurrentes au niveau international et sur lesquels le Roi Mohammed VI et le Pape François sont pratiquement sur la même longueur d’onde : 

- Sur le plan des flux migratoires, le Pape intercède pour un accueil digne des émigrés où il demande aux églises de les accueillir au nom d’une vision altruiste et humanitariste de la religion. Entre Juin et Juillet dernier, depuis le Vatican ou lors de déplacements, le pape François n’a-t-il pas insisté sur le besoin d’actions de la communauté internationale pour garantir la sécurité, le respect des droits et la dignité de tous ?

Le pape François n’a-t-il pas réaffirmé son soutien au pacte mondial sur les migrations des Nations unies adopté à Marrakech en décembre dernier ?

Le Roi du Maroc, pays de transition, tente selon les moyens disponibles, d’assurer tous les droits humains aux migrants. Sur ce plan, la politique volontariste du Souverain Marocain n’a-t-elle pas régularisée plus de 50.000 migrants ces dernières années dont 80 % d’Africains, confirmant en cela que le Maroc est une passerelle entre l’Afrique Subsaharienne et l’Europe ?

Sur le plan environnemental, les points de vue du pape interceptent et convergent tout à fait avec ceux du Maroc en ce qui concerne la préservation de la nature où les soucis de l’environnement fait partie de l’agenda des deux chefs d’État.

La lutte contre tous les terrorismes, contre toutes les antipathies essentialistes est une bataille au jour le jour pour le Vatican et le Maroc.

Enfin, l’Appel du Roi Mohammed VI et de celui du Pape François converge pour préserver la ville sainte de Jérusalem, patrimoine commun de l’humanité, surtout pour les fidèles des trois religions monothéistes, lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique dans lequel se cultivent le respect réciproque et le dialogue.












lundi 1 avril 2019

Le renouveau des politiques fiscales dans le monde: Les raisons d’une revanche

Les politiques fiscales ne sont-elles pas entrain de devenir les panacées universelles à même à cicatriser les maux sociaux dans le monde ? Les Gouvernements et les responsables politiques s’apprêtent-ils à emmancher un changement racinaire dans les politiques fiscales afin de racheter la paix et faire face aux crises économiques et aux protestations sociales ? Ces Gouvernements sont-ils en train de revenir sur les politiques fiscales néolibérales qui ont prévalu dans le monde depuis l’efflorescence libérale du début des années 80 à l’instar de la "Reaganomie" entre 1980-1989 aux USA, et le "Thatchérisme" entre 1979-1990 en Grande Bretagne ?

Sur le marbre des faits économiques et sociaux, tout semble l’attester : Les promesses d’un grand nombre d’élus et de candidats aux dernières et prochaines élections dans plusieurs pays en sont la meilleure pièce à conviction. 

Sur le vieux continent, l’apostrophe fiscale est au cœur du débat public. A titre illustratif, dans le pays de Molière, cette revendication n’a-t-elle pas été le catalyseur de la discorde des gilets jaunes dont on ne voit pas le bout du tunnel ? Ainsi, nonobstant des concessions de l’Elysée pour étancher les "desideratas" des gilets jaunes, la dénégation a été de retour sur l’annulation de l’impôt sur la fortune (ISF), promise par le Team Macron, lors de sa campagne électorale et votée par la majorité en décembre 2017, semble aujourd’hui cristalliser l’intérêt des manifestants qui en font le porte-étendard de leur offensive en faveur de la justice fiscale.

Cette querelle entre le Gouvernement et l’opinion publique n’est pas singulière à l’Europe, mais, elle semble également enfiévrer le débat outre-Atlantique : Dans le pays d’Oncle Sam, plusieurs candidats du parti démocrate mettent le bouton sur le levier fiscal et annoncent ostensiblement leur intention d’opérer d’importantes haussements des taxes sur les revenus aisés et les grandes fortunes.
Ces plaidoiries portant sur la fiscalité de certains responsables politiques ne sont-ils pas les précurseurs et les avant-coureurs du déclin d’une souveraineté libérale et les prémices d’une révolution qui remettraient en cause le credo des politiques fiscales néolibérales qui prédominaient durant le début des années 80 aux USA par Ronald Reagan, en Grande- Bretagne par la dame de fer Margaret Thatcher ou dans le cadre des réformes fiscales de 1984 au Maroc sous les auspices du FMI et de la banque mondiale et ce dans l’optique des Programmes d’Ajustement Structurel PAS ? 

Ces dissidences sociales ne sont-elles pas les signes prodromiques de la déconfiture de la social-démocratie et de ses doctrines de justice sociale chantée en chorale par les courants d’obédience libérale (économie de l’offre, le courant des anticipations rationnelles, le courant monétariste..) ? 

Dans cette mouvance néolibérale offensive, les gouvernements ont affiliés des politiques fiscales visant à minorer la pression fiscale sur les grandes fortunes qui étaient, la cible des politiques de l’Etat-providence jusqu’à la fin des années 70. Cette contre-révolution fiscale était étayée, faut-il rappeler, sur les théories d’un des plus farouches théoriciens libéraux et chef de file de l’économie de l’offre, Arthur Laffer en l’occurrence, qui a passé un séjour à la Maison blanche comme conseiller économique du Président Ronald Reagan. L’empreinte de Laffer et de sa fameuse courbe devenue l’évangile des politiques fiscales ultralibérales, qui spécule qu’après une hausse initiale, suite à une augmentation des taxes, les revenus ont tendance à baisser. 

Ces politiques libérales, ne se sont pas cantonnées aux Etats-Unis, mais vont faire tâche d’huile sur le monde entier pour devenir la bible des politiques fiscales. 

Ces politiques seront connues plus tard par la fameuse maxime « trop d’impôt tue l’impôt », qui sera la sérénade des apôtres des politiques fiscales libérales qui vont dominer le monde et devenir la norme et le dogme des politiques économiques publiques pour près de quatre décennies partout dans le monde.

Cependant, avec la grande dépression économique et financière des années 2008-2009, ces politiques fiscales vont devenir l’épicentre des critiques, des réquisitoires et des objurgations dans le monde. Plusieurs raisons expliquent cet infléchissement et cette virevolte annonçant, semble-t-il, le chant de cygne libéral dans le domaine fiscal : 

- La première raison est imputable à la crise des finances publiques qui se matérialise par la montée déficits publics dans la majorité des pays. Le creusage des déficits publics et la montée sans égale de la dette publique sont le contrecoup de la baisse des ressources publiques qui sont à leur tour, imputables aux politiques fiscales néolibérales ayant accouché une réduction substantielle des impôts sur les hauts revenus et la fortune. Aussi, les politiques d’austérité libérale n’ont pas réussi à maîtriser et compresser les dépenses des Etats, ce qui s’est systématiquement traduit par une montée en flèche des déficits publics. Cette problématique des déficits et de l’augmentation des dettes publiques sont devenue des questions axiales des politiques économiques, singulièrement après la grande crise de 2008 et 2009. 

A partir de cette date cruciale, Les Gouvernements à travers le levier des politiques économiques vont chercher à limiter les déficits publics et feront de la lutte contre l’évasion fiscale leur nouveau leitmotiv, abrogeant une ère de la baisse des impôts, chère aux sermonnaires de l’économie de l’offre, pour chercher à l’augmenter et à la renforcer.

- La seconde raison qui explique cette éclipse des politiques fiscales d’inspiration néolibérale est imputable à la montée fulgurante des inégalités sociales qui, depuis quelques années, sont devenues de véritables sources d’inquiétude et de crise de confiance dans les régimes démocratiques dans le monde. Ce "crescendo" des inégalités trouve ses germes dans les thérapeutiques fiscales néolibérales privilégiant les impôts sur les hauts revenus nourrissant par là des sentiments d’injustice fiscale. D’ailleurs, beaucoup de gouvernements commencent à revenir sur le dogme néolibéral qui a subjugué la scène fiscale depuis les années 80.

- La troisième raison derrière la stigmatisation des politiques fiscales néolibérales est relative à la montée des critiques de la société civile contre l’évasion fiscale. Le fameux scandale de 2016 dénommé "Panama Papers" révélé par le journal le Monde, en collaboration avec 108 médias internationaux, partenaires du Consortium international des journalistes d’investigation, ne montre-t-il pas la grande évasion fiscale du siècle et la nébulosité des circuits financiers mondiaux et ce en mettant les pleins phares sur le monde taciturne de la finance offshore et des paradis fiscaux comme le Panama ou les îles Vierges britanniques. 

La conjonction de ces 3 mobiles concourt vers un même faisceau de réprimandes à l’encontre des politiques fiscales libérales et la montée d’une "revanche" fiscale qui est en gestation dans beaucoup de pays du monde. 

Les revendications des gilets jaunes, en France, sur l’annulation de l’ISF, ne sont-elles des signes d’une quête à la péréquation fiscale ? Quoique le Président Français refuse de revenir sur l’une de ses principales promesses de campagne, le Gouvernement Macron est en train d’étudier les différentes options et scénarios pour taxer de plus en plus les grandes opulences, à travers, notamment, un accroissement de la ponction des hauts revenus et les droits de succession.

Cette requête de l’équité fiscale n’est pas intrinsèque aux pays Européens, elle bouillonne la législature bicamérale du Gouvernement Fédéral du Congress aux USA : La justice fiscale est au menu des programmes des candidats aux primaires du parti démocrate. Ainsi, Berne Sanders vient d’émettre des recommandations fiscales pour imposer une taxe de 45% sur les successions qui dépassent les 3,5 Millions de $ et de 77% pour celles dépassant le Milliard de $. Historiquement, cette proposition est un retour aux taux appliqués par l’Administration Américaine en 1976. Aussi, la sénatrice du Massachusetts, Elizabeth Warren, soutien un impôt sur la fortune de 2% sur les 75 000 familles dont la fortune est supérieure à 50 Millions de $ et de 3% pour celle dont la fortune dépasserait le Milliard de $.  Alexandria Ocasio-Cortez, du parti démocrate, plus connue sous son l’acronyme AOC, a proposé des impositions plus radicales avec une taxe de 70% sur les 16 000 Américains qui gagnent plus de 10 Millions de $ par an. Selon des études économiques, ces propositions fiscales permettraient de mobiliser 250 Milliards de $ par an, ce qui représenterait 25% du déficit du budget des USA.

Au total, tous ces développements ne sont-ils pas évocatoires et expressifs d’une bifurcation radicale et d’une révolution fiscale à venir en disjonction avec l’héritage néolibéral du début des années 80 ? 

On ne peut pas appréhender cette obscuration des politiques fiscales de l’économie de l’offre en dehors des grandes métamorphoses globales que le monde traverse sur le plan politique et social faisant de l’égalité entre les couches sociales, une revendication majeure pour recomposer l’ordre démocratique. 

On ne peut pas comprendre, in fine, ce crépuscule des politiques néolibérales à l’extérieur de la riposte à une globalisation ayant distillé des inégalités sociales sans précédent enfantant un fossé abyssal qui se creuse de plus en plus entre des riches comme Crésus et des pauvres comme Job.

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