lundi 29 octobre 2018

Commission des investissements Maroc 2018 : Atténuation des IDE par l’investissement national


Ce Mardi dernier 23 Octobre 2018, la Commission Interministérielle des Investissements sous la présidence du chef de l’exécutif a approuvé 68 projets d'investissement pour un portefeuille financier de 57,65 Milliards de Dirhams permettant de générer près de 9.266 emplois directs et 21.214 emplois indirects.

Faut-il en guise de prologue "contextualiser" la réunion de la commission des investissement de l'année 2018 qui s’est tenue dans une conjoncture particulière marquée, d'une part, par l'élaboration du projet de loi de finances (PLF2019), dans lequel l’exécutif a veillé à introduire moult réformes incitations pour captiver les investissements et renforcer la confiance des opérateurs économiques, et d'autre part, par la dynamique positive que connaît le climat des affaires au Royaume à travers la poursuite de la mise en œuvre des différentes réformes législatives et organisationnelles à même de consolider la crédibilité des investisseurs privés. 

A cet égard, le Gouvernement a proposé tout un éventail de batterie de mesures pour appuyer les investissements privés et les entreprises au titre du PLF 2019 concernant notamment une réduction de 20% à 17,5% de l'Impôt sur les sociétés (IS) en faveur des sociétés soumises qui réalisent des bénéfices variant entre 300.000 à 1.000.000 de dirhams dans l'objectif d'alléger la pression fiscale sur les PME. Il s'agit, aussi, d'adopter des mesures et dispositions en faveur des entreprises à travers notamment l'apurement "définitif de la problématique du crédit de TVA", la réduction des délais de paiement et l'amélioration de l'accès aux financements à travers la simplification des mécanismes de garantie et l'adoption de mécanisme de garantie propre aux TPE, a-t-il ajouté. 

Lors de cette réunion de la CI, l'accent a été mis sur la création de nouveaux mécanismes pour financer les projets d’investissements étayés sur le partenariats entre l’État et les acteurs institutionnels, tout en soulignant que le Gouvernement poursuit, en sus, son action aux niveaux législatifs et organisationnels à travers la mise en application des dispositions visant à drainer les investissements et faciliter le cycle de vie des entreprises. 

Par ventilation sectorielle, l’industrie s’approprie une large part : Plus de 37% des investissements escomptés seront drainés par la niche industrielle, soit une enveloppe budgétaire de 21,5 Milliards de dirhams. Le secteur des télécommunications se positionne en 2éme place s’accaparant 19 % des investissements, soit 11 Milliards de dirhams. 

Le secteur de l’énergie et des énergies renouvelables occupe le troisième rang avec 13% des investissements, soit environ 8 Milliards de dirhams d’investissements. Le secteur touristique ne lui échoit que la part de 11 % des investissements prévus en se positionnant à la quatrième place, soit 6 Milliards de dirhams. 

En termes de création d’emplois, l’industrie s’empare une large attribution du total des postes prévus avec une part relative de 30,76%. En moyenne arithmétique, le secteur de l'industrie demeure le principal pourvoyeur d'emplois depuis la création de la CI en Octobre 1998. 

La deuxième place incombe aux secteurs des Tourisme et loisirs coupant la 2éme place avec 30,7%. L’industrie de la pêche et de l’agroalimentaire se situe dans le 3éme rang avec une part d’emploi de l’ordre de 22%, vient en suite les télécommunications (6,5%), le transport et Infrastructures (1,6%), culture (1,45%) et dessalement de l’eau de mer (0,35%) 

Il importe, dans cette chronique économique, de signaler que cinq particularités singularisent la Commission Interministérielle des investissements : 

- Primo, l’intérêt assigné à la symbiose entre les investissements approuvés et les stratégies sectorielles dont la digitale ou celle de développement des provinces du sud qui a été d’ailleurs mise en exergue, par le Secrétaire d’Etat chargé de l’investissement . 

Sur le volet de l’orientation spatiale des projets d’investissement, la région de Laayoune Sakia El Hamra arrive en tête avec plus de 30 % des investissements, soit 17 Milliards de dirhams. La région de Rabat-Salé-Kénitra drainerait vers sa géographie 14,13% des investissements, soit 8,14 Milliards de dirhams. 

L’ancien métropole Casablanca et Settat arrivé en troisième position avec 14% des investissements, soit 8,07 Milliards de dirhams. La région de Souss Massa lui échoit la part de 12,63% des investissements. 

- Secundo, dans le dessein d’assurer un meilleure équilibre régional, Le gouvernement, se penchera sur l'accélération de la préparation de la nouvelle Charte d'investissement qui octroiera de nouveaux outils et encouragements pour les entreprises afin de les inciter à investir dans les régions comme. A ce titre, et dans le cadre de la mise en œuvre des orientations royales, le chef du Gouvernement a indiqué que le team de l’exécutif est en train de mettre les dernières retouches sur le projet de décret portant sur la Charte de déconcentration administrative en vue de son adoption avant la fin du mois d'octobre. Cette charte, devrait permettre d'instaurer un changement radical en matière d'organisation administrative du royaume à travers la mise en place de service administratif de proximité et de qualité pour les entreprises. 

Ces importantes réformes structurelles constituent un prélude fondamental pour améliorer le climat des affaires et des investissements au Royaume permettant ainsi de donner des signaux et clignotants clairs pour exhorter les investisseurs en vue de concrétiser leurs projets dans un environnement plus transparent et efficace. 

- Une troisième particularité peut être décelée est relative à l’origine des investissements prévus : Paradoxalement à ce que l’on pourrait penser, les projets à capitaux marocains sont en première position avec 36,29 MMDH d’investissement, soit 63% des projets validés par la commission. Si l’on y ajoute les 29% des investissements sous forme de Joint-ventures, les projets où le capital marocain est présent totalisent 92%. Pour illustrer notre propos, les projets Qataris ou émiratis arrivent respectivement à peine à 4% et 2,6% de l’ensemble des projets adoptés. Faut-il en déduire que les IDE sont en chute ou qu’ils seraient en train d’être supplantés par l’effort d’investissement national ? 
- Une quatrième singularité peut être relevée est l'importance et la diversité des projets présentés et le volume des investissements approuvés par la 75ème session de la Commission des Investissements augurent de la confiance des investisseurs dans le climat des affaires au Royaume et l'amélioration de la compétitivité de l'économie nationale, par la position dont jouit le Maroc au niveau de l'indice de compétitivité mondiale établi par le World Economic Forum en 2018 où le Royaume a gagné deux places en se classant 75éme sur 140 pays, 

- Une cinquième remarque peut être apportée est que cette 75ème session de la Commission des Investissements s’est déroulée dans un contexte de la préparation des projets de loi relatif à la réforme des Centre Régionaux d'Investissement (CRI) et la création des commissions régionales unifiées de l'investissement en application des Hautes Orientations du Souverain Marocain 

In fine et en guise d’épilogue, deux remarques nous interpellent : 

1- Au vu de la manne financière de 57,65 milliards que générerait la CI 2018, nous pensons que l’administration doit s’atteler à vérifier le sérieux des investisseurs, ainsi que leurs capacités financières et professionnelles à réaliser les projets qu’ils présentent, surtout ceux nécessitant le foncier public et des privilèges de l’État. Aussi, l'administration ne doit-il pas rationaliser l’utilisation du foncier public et l’orienter vers l’investissement productif porteur d’investissement, de croissance, de valeur ajoutée réelle et d’emploi pour l’économie marocaine ? 

2- les projets d’investissement sont caractérisés par la forte présence des entreprises marocaines, ce qui peut laisser conjecturer un désintérêt des étrangers ou une plus grande sélectivité de la part de l’État. Cette dernière présomption de sélectivité, semble-t-il, vraisemblable en l’atténuant par l’investissement national à hauteur de 92%. 






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