mercredi 22 août 2018

La Jeunesse: Sésame et poule aux œufs d’or du développement économique et du Maroc


Dans son traditionnel discours prononcé le 20 Août à l’occasion de l’anniversaire de la Révolution du Roi et du Peuple, le Souverain Marocain a placé la jeunesse au centre de son allocution. L’analyse de la densité des proses est claire. Les trois strophes les plus employées sont les suivantes : le mot " Emploi ", répété douze fois, et le mot "Jeune" onze, à égalité avec "Formation". 

Rétrospectivement, ce n’est pas une première et pour mémoire et rappel, en octobre 2017, à l’occasion de l’ouverture de la nouvelle législature, le Souverain appelait à remédier à la situation précaire des Jeunes. Le discours prononcé pour l’anniversaire de la Révolution du Roi et du Peuple en 2012, était aussi un appel à mettre au point une stratégie globale qui mettrait fin à la dispersion des prestations fournies actuellement à notre jeunesse et l’année d’après, le Roi orientait son discours sur les questions éducatives. 

Enoncer à la Nation Marocaine que la mouture éducative est productrice de diplômés en total cacophonie avec les besoins du marché de l’emploi, reconnaître que les créneaux universitaires étaient anachroniques et à secréter de l’oisiveté. 

Le Souverain Marocain est bel et bien conscient que la lutte contre la pauvreté et la voie royale passeront par la valorisation de la Jeunesse, ce qui implique notamment de mettre l'accent sur l’enseignement, l'éducation et la formation des jeunes. 

L'accès aux systèmes éducatifs est dès lors un facteur déterminant du développement humain, dont l'impact s'inscrit dans le long terme. L'éducation des Jeunes est bien une pierre essentielle du développement humain et lutte contre l’exclusion. 

Bien plus, l’approche du Roi Mohammed VI va de pair avec celle du développement humain, influencée par les travaux de l'économiste indien Amartya Sen (Prix Nobel 1998). 

En effet, l'éducation de la jeunesse n'est plus considérée comme une dimension qualitative de la vie, accessible après que les besoins de base ont été couverts de François Perroux, ni plus comme un « passage obligé » pour atteindre et maintenir un certain niveau de croissance, mais bien comme un droit fondamental à pouvoir jouir de l'ensemble de ses « capacités ». L'éducation des jeunes donne à chacun le pouvoir de faire des choix, elle est l'outil le plus puissant vers l'émancipation. 

Certes, le discours Royal véhicule des messages "Hard " tous azimuts : volet politique, économique et social et même cognitif. Le propos de cette contribution est de décrypter et de se cantonner uniquement sur le message ultra économique du discours du 20 Août 2018 du Souverain Marocain et ses corollaires économiques sur le tissu productif marocain. 

La missive économique du discours Royal met en exergue un vecteur crucial et vital pour le processus de croissance et développement économique, en l’occurrence, l’Education de la Jeunesse considérée, à notre sens, comme une courroie de transmission et de captation de l’Investissement, source du développement économique et credo de toute politique économique du Maroc quelque soit le sigle et la couleur du Gouvernement. 

Cinq apostrophes économiques confirment notre assertion : 

Primo, Les dragons Asiatiques de première et de seconde génération auraient-ils connu un rush du capital étranger sans une politique délibérée de l’Etat étayée sur l’éducation des jeunes et des compétences locales à savoir la jeunesse du Sud Est Asiatique? 

Secundo, sans investissement dans l’éducation et dans le jeunesse, la Chine aurait-elle eu voix au chapitre dans les relations économiques internationales en devenant la Mecque des Firmes Multinationales (qui sont le levier important de l’investissement et de transfert technologique) et une des premières puissances mondiales avec un taux de croissance qui atteignait, durant des années, les 2 chiffres ? 

Tertio, Au regard des contraintes impitoyables de Just In Time, d’Efficient Consumer Response et de Quick Response, paradigmes actuels de l’économie internationale, les Firmes Transnationales ne dénichent-elles que des régions, des territoires dont le capital humain (Jeunesse) est "Méga formé et éduqué" à même répondre aux critères du marché extérieur intransigeant et inexorable en termes de coûts, de qualité de produit et de délais de livraison ? 

Quarto, Les enquêtes du Ministère du Commerce et de l’Industrie relatives aux déterminants économiques de localisation des investisseurs et promoteurs économiques n’ont-elles pas conclues que le l’échantillon questionné consent un rôle crucial à la qualité de la main d’œuvre pour une décision d’investissement dans le tissu économique marocain ? 

Ultimo, Les investigations de l’institution de Brettons Woods (Banque mondiale) n’ont pas mis en bouc émissaire le sévère déficit d’éducation de base des Jeunes comme frein à la productivité et par ricochet à l’investissement ? 

La modeste attraction du Maroc pour l’investissement peut être expliquée par les modulations et les métamorphoses opérées au niveau des déterminants économiques sur l’arène économique mondiale : Les investisseurs ne se dirigent pas là où la main d’œuvre est moins onéreuse, mais là où la jeunesse est plus qualifiée et "mouillée" de connaissance et de know-how. 

L’attractivité de l’investissement et le développement économique ne s’érige pas par la richesse et le PIB des ressources naturelles, mais par la richesse et la valeur ajoutée des ressources des jeunes formés et instruits. 

A-t-on besoin de sous-traiter études et consulting pour arriver à ce postulat patent et indubitable? Avons-nous besoin de montagnes accouchant d’une petite souris des bureaux d’étude internationaux pour "piger" cet axiome économique ? Il me semble que nous avons besoin de nous regarder au miroir, de nous dire nos quatre vérités en face et de créer fort que l’essentiel est en Nous pour enclencher le diamant du développement économique, du losange de l’attractivité de l’investissement, de l’emploi et de la véritable richesse économique du Maroc. Ceci nous amène vers l’épître et le message du discours royal relatif aux vertus économiques de l’investissement dans l’éducation et la matière grise des Jeunes Marocains. 

Quels sont les corollaires économiques de l’investissement dans l’éducation ? Quels sont les spillovers vertueux de la formation des jeunes marocains ? ?? Quels sont les externalités positives à tirer de la formation des générations montantes du Maroc? La réponse est que : 

Grâce à un meilleur ciblage d’une politique d’Education-Formation de Jeune Marocain du 3émemillénaire en parfaite symbiose avec les mutations cognitives actuelles et futures qui ne cessent de chambouler la donne économique, notre tissu industriel marocain récolterait et tirerait profit sur plusieurs sphères économiques: 

♦ Le Maroc deviendrait un site économique de prédilection pour des industries de pointe nécessitant un haut stock de connaissances et par ricochet la diffusion d’externalités économiques positives en termes de transfert de technologie et de développement des compétences autochtones, 

♦ Les Firmes Multinationales et les investisseurs étrangers ne vont pas délocaliser leurs technologies au Maroc pour réexporter l’essentiel vers le marché extérieur, mais elles chercheraient un partenariat local et des joint-ventures ce qui hisserait l’entreprise marocaine aux meilleurs standards internationaux : ça serait une succédané au financement de l’upgrade économique, une pérennisation de l’investissement productif et un ancrage territorial des grandes unités interterritoriales pour paraphraser l’économiste français et proche de l'école de François Perroux, Maurice Byé. 

♦ Notre système éducatif sera rivé et arrimé à l’économie du savoir, ce qui aplanirait le Gap et l’hiatus qui creuse la trilogie "Evolution technologique-Besoins du monde économique-Besoins du marché du travail". 

La concrétisation de ces séquences vertueuses passe inéluctablement par l’investissement dans le Jeune Marocain afin qu’il afin qu’il secrète des "exponentiels" de l’investissement, de la productivité et de l’emploi. 

Si l’économiste Jean Bodin dans, les Six Livres de la République Française, dissertait son célèbre aphorisme économique « Il n’est de richesse que d’hommes », j’épilogue mon propos « Il n’est de richesses que de Jeunes Marocains éduqués, formés, épanouis » car, in fine, toi, oui toi Jeune Marocain « Rien de ce qui existe en ce monde n'est en dehors de toi. Cherche bien en toi-même ce que tu veux être puisque tu es tout. L'histoire entière du monde sommeille en chacun de nous ».

samedi 18 août 2018

La disparition d’une des figures de proue de l’analyse des rapports asymétriques Nord/Sud ou le décès de l'économiste Samir Amin


À la fin des années 1980, à la Faculté des Sciences Juridiques Economiques et Sociales de Rabat-Agdal, quand j’assistai aux passionnants cours des Problèmes Structurels de Développement PSD animés par notre imminent professeur Feu Driss Benali, même si la théorie de la dépendance perdait de son influence, il restait pour beaucoup le plus grand intellectuel du Sud. Et nous avions tous lu sa thèse sur l’accumulation à l’échelle mondiale. C’est bien Samir Amin qui nous a quitté ce 12 août 2018 qui marqua l’éteinte d’une des figures emblématiques de l’analyse des rapports asymétriques Nord/Sud : Samir Amin est décédé à Paris, à l'âge de 86 ans. Ce théoricien du " développement inégal" est né au Caire en 1931, Samir Amin appartient à la génération des économistes tiers-mondistes qui ont tenu le haut du pavé durant toute la décolonisation. Après avoir obtenu son doctorat en économie, il a travaillé entre 1957 à 1960 pour l’administration de Nasser, avant de conseiller entre 1960 et 1963 le gouvernement du Mali. Il est ensuite devenu professeur aux universités de Poitiers, Dakar et Vincennes. 

Il a dirigé à partir de 1970 l’Institut africain de développement économique et de planification de Dakar IDEP, rattaché à la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique CEA. Il a quitté cette organisation en 1980, pour cofonder le Forum du Tiers-monde, une association regroupant plus d’un millier d’intellectuels d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, dont le bureau africain est à Dakar. 

En 1973, il a notamment publié Le Développement inégal : Essai sur les formations sociales du capitalisme périphérique. 

Alors que la faillite du développement paraît consommée en Afrique, Samir Amin multiplia les analyses et les discussions sur le projet d’un " autre développement" dans un monde polycentrique où les quatre ou cinq « grands » qui ont remplacé les deux superpuissances militaires américaine et soviétique n’ont pas cessé pour autant de marginaliser les victimes des stratégies du capital mondial ou « mondialisé » », expliquait Jeune Afrique en 2005. 

À l’ajustement aux tendances dominantes, S. Amin oppose la " déconnexion" qui consiste, pour une nation défavorisée, à soumettre ses rapports avec l’extérieur aux exigences prioritaires de son propre développement. Ce « nationalisme progressiste », qui n’exclut pas la coopération régionale comme instrument de lutte contre les monopoles mondiaux, constitue, selon lui, une étape de la longue transition du capitalisme mondial au socialisme mondial ». En février 1977, il signa dans Jeune Afrique une tribune consacrée aux chemins de l’unité du monde arabe. 

« Il faut amorcer des formes d’organisation qui permettent aux travailleurs et aux peuples de toute la Planète de coordonner leurs stratégies de lutte, de passer de stratégies défensives, laissant l’initiative au pouvoir capitaliste impérialiste dominant, à une stratégie offensive contraignant l’adversaire à, lui, se retrouver sur la défensive et à répondre à nos initiatives, celles des travailleurs et des peuples », écrivait-il sur son blog en décembre 2017. 

Au début des années 2000, Samir Amin est revenu en force, à l’aune du mouvement altermondialiste : Sa pensée a continué à influencer une nouvelle génération d’intellectuels ; l’historien sénégalais Mamadou Diouf et le philosophe camerounais Achille Mbembe en sont des illustrations qui ont été inspirés par Samir Amin. Il était favorable à l’unité arabe, certains de ses travaux en témoignent. Mais il était aussi un Égyptien qui a passé une grande partie de sa vie à Dakar, a été conseiller du gouvernement malien… Et au Caire, il a participé à l’ouverture d’un Institut d’études africaines. Si son influence dépasse l’économie, c’est qu’il était très savant, il ne se passait pas un jour sans qu’il aille au cinéma ou ne lise un roman. Et si son influence dépassait l’Afrique, c’est qu’il était un créateur de réseaux d’où observer le monde depuis le Sud. De manière plus récente, il a participa à la création d’Enda Tiers-monde, bien implanté en Asie du Sud ou au Brésil. 

Il a influencé de grands économistes comme le Brésilien Celso Furtado ou l’Américain Immanuel Wallerestein… Quand il a pris la tête de l’Institut africain de développement économique et de planification (IDEP), une institution panafricaine créée en 1962 par les Nations unies, il a accueilli tout ce que le continent comptait de jeunes intellectuels. 



Newer Posts Older Posts