dimanche 1 juillet 2018

Plan d’Investissement Extérieur de l’Union Européenne : Les conditions de réussite de la promotion de l’investissement dans la "destination Maroc"


Dans le dessein d’aider des partenaires à atteindre leurs objectifs de développement économique et social et la promotion de l’investissement privé et public, l’Union Européenne s'est dotée d'un Plan d'Investissement Extérieur (PIE) pour financer et accompagner les secteurs prioritaires des pays en développement. Présenté le Mardi dernier 19 juin 2018 à Rabat par les représentants de l'UE, en présence de l’argentier du Royaume Mohammed Boussaid, Othman El Firdaous, Secrétaire d’Etat chargé de l’investissement, de Michael Köhler, Directeur des politiques et de la coopération avec le Voisinage Sud de l’Europe, qui a fait le déplacement pour l’occasion, ainsi qu’un nombre important de directeurs au sein de la Commission européenne ainsi que de différentes banques et agences européennes. Sans oublier une pléiade de patrons du secteur privé marocain, le PIE offre un cadre cohérent et intégré pour promouvoir le niveau des investissements en Afrique et dans les pays voisins de l'UE à l’instar du Maroc, 

Faut-il souligner que par cette initiative, l'UE ambitionne d’aller au-delà de l'aide au développement à travers une assistance technique au développement de projets pour viser l'amélioration du climat des affaires. Aussi de par le PIE, l’UE escompte transcender le modèle d'appui orthodoxe et générique au pays en développement étayé sur le modèle classique des subventions via le renforcement du dialogue avec le secteur privé et le secteur public pour cibler l’attractivité de l'environnement des affaires.

De ce qui précède, nous remarquons clairement que le Plan d’Investissement Extérieur de l’UE gravite explicitement dans l’orbite de l’amélioration du climat de l’investissement et de l'environnement des affaires.

Cependant, nous alléguons que des conditions et des préludes sont incontournables pour réussir le PIE afin de promouvoir l’investissement Européen, national ou étranger sur la destination Maroc :

Il s’agit, en premier abord, de la mécanique judiciaire et juridique qui demeure la grande tare du climat des affaires au Maroc. En effet, notre engrenage judiciaire demeure apathique en matière de moratoires de procédures et de report d’audiences aux calendes grecques. De ce fait, la partialité de l’appareil judiciaire fait boule de neige sur toute la chaîne de valeur de l’acte judiciaire et constitue une entrave rédhibitoire à l’attractivité du climat de l’investissement au Maroc, plus singulièrement les investissements Européens.

Aussi, l’environnement des affaires demeure plombé par la corruption et autant le système judiciaire du Maroc est moisi par la corruption, autant le climat des affaires est rébarbatif. Ce qui explique tout l’intérêt royal qu’assigne le Souverain Marocain Mohammed VI à l’éradication de l’économie de rente ; n’a-t-il pas proféré dans sa plaidoirie royale de la marche verte du 6 novembre 2014 "Assez de la politique de rente et de privilèges ! Assez de la mercantilisation de la patrie ! Assez aux privilèges indus".

Cependant, il faut avouer que l’impact réel d’une telle réforme prendra au mieux plusieurs années dans la mesure où des résistances et des conservatismes culturels s'éternisent et seront difficiles à faire évoluer dans le temps. La corruption, endémique au Maroc, est une illustration de ces conservatismes : le système judiciaire est d'ailleurs l’institution la plus corrompue du pays, selon Transparency International. Faut-il rappeler que’en dépit d’une légère amélioration du score et du classement l’Indice de perception de la Corruption 2017 de Transparency, notre pays est verrouillé à la 81ème position avec 40 points sur un panel de 180 pays. La moyenne depuis 2012, reste à 37,6 sur 100 et le Maroc fait beaucoup moins bien que des pays arabes au même niveau de développement à l’instar de la Jordanie et la Tunisie. 

Ardu dans un tel aura d’adultération économique, être postulant au capital étranger, épineux dans un tel avilissement économique, rendre le climat de l’investissement fertile pour les investisseurs Européens ou de d’autres cieux.

En sus, le secteur informel exerce un impact pernicieux sur l’atmosphère des affaires au Maroc et sur la compétitivité des entreprises Européennes et nationales. La pesanteur de l’économie informelle se situe, en moyenne, entre 20 et 30 % du Produit national brut (PNB), quoi qu'il est épineux d’établir des estimations exactes à un cataclysme économique et social qui échappe encore au Haut Commissariat au Plan (HCP) et sa comptabilité nationale, ainsi qu’au fisc.

Par ailleurs, la promotion de l’investissement au Maroc pâtit du coût exorbitant des facteurs de production. En effet, l’accès au foncier constitue un obstacle touchant plus singulièrement les entreprises exportatrices Européennes et Marocaines : La cause principale de cette situation est l’insuffisance de l’offre qui est inadaptée et en proie à la problématique de la spéculation.

De surcroît, quoique le Maroc a gagné 16 places par rapport au classement 2017, la pression fiscale demeure l’une des contraintes au climat de l’investissement au Maroc et reste plus forte chez nous que dans la plupart des autres pays émergents en vertu de la 12éme édition du rapport “Paying Taxes 2018” réalisé conjointement par le cabinet international de conseil et d'audit PwC et la Banque Mondiale. Aussi, le niveau des charges fiscales et sociales renchérissent de manière tangible le coût du travail et dissuade le recrutement de la main-d’œuvre qualifiée.

En outre, la contrainte de la multiplicité des entités de promotion de l’investissement placées chacune sous une hiérarchie particulière (Maroc Export placé sous la subordination du ministère du Commerce extérieur, Office national du Tourisme sous la tutelle du ministère du Tourisme, L’Agence marocaine de développement des investissements AMDI sous les auspices du ministère du Commerce et de l’Industrie, la maison de l’artisan du ministère chargé de l’Artisanat, les centres régionaux d’investissements (CRI) sont eux placés sous la houlette du ministère de l’Intérieur, etc.) portent un grand préjudice à la séduction de la destination Maroc.

En effet, les différents organes de promotion sont disséminés entre moult intervenants, sans réelle synergie et sans vision stratégique. Cette dislocation ne favorise guère l’optimisation de la promotion des investissements extérieurs. C’est dans ce sillage que l’actuel Ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Investissement Moulay Hafid Elalamy a instauré une entité suprême de promotion baptisée Agence Marocaine de Développement des Investissements et des Exportations AMDIE ; un organe qui devrait assurer aussi bien la mission de développement des investissements directs étrangers, du rayonnement de l’image du Maroc à l’étranger que la promotion des exportations du Maroc.

Aussi, la timide qualification du capital humain hypothèque l’attractivité de l’investissement du Royaume, atrophie sa productivité et dissuade les investisseurs européens et étrangers à diriger leurs capitaux vers le tissu économique du Maroc en raison des métamorphoses qui ont impacté les déterminants du milieu du business et des affaires.

D’ores et déjà, les hommes d’affaires Européens ne cherchent pas à s’implanter partout dans le monde, mais ils dénichent des territoires où la main-d’œuvre est hautement méga-qualifiée afin de répondre aux débouchés Européens intransigeants en termes de coûts, de délais de livraison et de qualité de produits : Des enquêtes, ainsi que des investigations économétriques ont corroboré le métissage que trame la dextérité de la main d’œuvre avec l’attraction du climat de l’investissement à l’instar des travaux empiriques de l’économiste américain et fondateur de la nouvelle économie classique (anticipations rationnelles) Robert Lucas (prix Nobel d’économie 1995).

Pour bénéficier de cette aubaine financière du PIE destinée au Maroc, partenaire stratégique de l’UE, Le business international dépendra d’une bonne coordination et d’un couplage entre les politiques publiques et le milieu des affaires. En d’autres termes, rien ne sera acquis, en matière du climat des affaires et de promotion de l’investissement, tant que la synergie entre le patronat et le gouvernement n’est pas optimale. De sa part, la Confédération générale des entreprises marocaines (CGEM) intente pour des réformes approuvées, mais toujours renvoyées à la semaine des 4 jeudis. Salaheddine Mezouar nouveau patron des patrons dès son élection à la tête de la CGEM n’a-t-il pas promis de maximaliser cette jonction entre le secteur privé et public dès la loi de Finances 2019 ?

À notre sens, la fertilité du climat des affaires réside dans l’hypogée des privilèges indus, la fécondation des projets porteurs d’investissement, de croissance et d’emploi, dans les obsèques pures et dures de la rente et le "wake up" des lois marché, dans la sépulture de l’ésotérique et le discrétionnaire en matière de politique de l’investissement, dans le cénotaphe du favoritisme et la nécropole de la corruption, dans l’inhumation de ceux qui ont érigé la rente et les privilèges en droits imprescriptibles pour qu’ils laissent voie et libre cours au fair-play, à la méritocratie et à la transparence.

L'objectif du PIE qui, constitue un nouveau jalon du partenariat Maroc-UE, de décupler l'impact des investissements qui seront concentrés dans les énergies renouvelables, la connectivité, le financement de la petite et moyenne entreprise, dans les secteurs de l'agriculture, de l'agro-industrie, de l'entrepreneuriat rural, de la construction des villes durables, et de la numérisation, doit reposer essentiellement sur le brassage authentique composé d’un système judiciaire impartial et neutre, d’une administration marocaine transparente et non corrompue, d’une main-d’œuvre hautement qualifiée, d’un capital immatériel valorisé, d’une demande locale marocaine et d’un pouvoir d’achat soutenu, d’un savoir-faire arrimé aux bouleversements technologiques et cognitifs et soudés à un tissu industriel dense.
En guise de conclusion, l’écrivain et aphoriste français Vauvenargues disait que "Le génie, c’est de savoir ce qu’il faut faire. Le talent, c’est de savoir comment le faire.
La vertu, c’est de le faire.", c’est qu’il faut faire, somme toute, à travers ces conditions que le plan européen d’investissement extérieur contribuera à mobiliser des fonds privés importants dans des secteurs clés de l’économie marocaine et permettra aux entrepreneurs locaux d’accoucher des projets porteurs d’investissement, d’emploi et de croissance et d’attractivité de l’environnement des affaires dans la destination Maroc.


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