samedi 18 août 2018

La disparition d’une des figures de proue de l’analyse des rapports asymétriques Nord/Sud ou le décès de l'économiste Samir Amin


À la fin des années 1980, à la Faculté des Sciences Juridiques Economiques et Sociales de Rabat-Agdal, quand j’assistai aux passionnants cours des Problèmes Structurels de Développement PSD animés par notre imminent professeur Feu Driss Benali, même si la théorie de la dépendance perdait de son influence, il restait pour beaucoup le plus grand intellectuel du Sud. Et nous avions tous lu sa thèse sur l’accumulation à l’échelle mondiale. C’est bien Samir Amin qui nous a quitté ce 12 août 2018 qui marqua l’éteinte d’une des figures emblématiques de l’analyse des rapports asymétriques Nord/Sud : Samir Amin est décédé à Paris, à l'âge de 86 ans. Ce théoricien du " développement inégal" est né au Caire en 1931, Samir Amin appartient à la génération des économistes tiers-mondistes qui ont tenu le haut du pavé durant toute la décolonisation. Après avoir obtenu son doctorat en économie, il a travaillé entre 1957 à 1960 pour l’administration de Nasser, avant de conseiller entre 1960 et 1963 le gouvernement du Mali. Il est ensuite devenu professeur aux universités de Poitiers, Dakar et Vincennes. 

Il a dirigé à partir de 1970 l’Institut africain de développement économique et de planification de Dakar IDEP, rattaché à la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique CEA. Il a quitté cette organisation en 1980, pour cofonder le Forum du Tiers-monde, une association regroupant plus d’un millier d’intellectuels d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, dont le bureau africain est à Dakar. 

En 1973, il a notamment publié Le Développement inégal : Essai sur les formations sociales du capitalisme périphérique. 

Alors que la faillite du développement paraît consommée en Afrique, Samir Amin multiplia les analyses et les discussions sur le projet d’un " autre développement" dans un monde polycentrique où les quatre ou cinq « grands » qui ont remplacé les deux superpuissances militaires américaine et soviétique n’ont pas cessé pour autant de marginaliser les victimes des stratégies du capital mondial ou « mondialisé » », expliquait Jeune Afrique en 2005. 

À l’ajustement aux tendances dominantes, S. Amin oppose la " déconnexion" qui consiste, pour une nation défavorisée, à soumettre ses rapports avec l’extérieur aux exigences prioritaires de son propre développement. Ce « nationalisme progressiste », qui n’exclut pas la coopération régionale comme instrument de lutte contre les monopoles mondiaux, constitue, selon lui, une étape de la longue transition du capitalisme mondial au socialisme mondial ». En février 1977, il signa dans Jeune Afrique une tribune consacrée aux chemins de l’unité du monde arabe. 

« Il faut amorcer des formes d’organisation qui permettent aux travailleurs et aux peuples de toute la Planète de coordonner leurs stratégies de lutte, de passer de stratégies défensives, laissant l’initiative au pouvoir capitaliste impérialiste dominant, à une stratégie offensive contraignant l’adversaire à, lui, se retrouver sur la défensive et à répondre à nos initiatives, celles des travailleurs et des peuples », écrivait-il sur son blog en décembre 2017. 

Au début des années 2000, Samir Amin est revenu en force, à l’aune du mouvement altermondialiste : Sa pensée a continué à influencer une nouvelle génération d’intellectuels ; l’historien sénégalais Mamadou Diouf et le philosophe camerounais Achille Mbembe en sont des illustrations qui ont été inspirés par Samir Amin. Il était favorable à l’unité arabe, certains de ses travaux en témoignent. Mais il était aussi un Égyptien qui a passé une grande partie de sa vie à Dakar, a été conseiller du gouvernement malien… Et au Caire, il a participé à l’ouverture d’un Institut d’études africaines. Si son influence dépasse l’économie, c’est qu’il était très savant, il ne se passait pas un jour sans qu’il aille au cinéma ou ne lise un roman. Et si son influence dépassait l’Afrique, c’est qu’il était un créateur de réseaux d’où observer le monde depuis le Sud. De manière plus récente, il a participa à la création d’Enda Tiers-monde, bien implanté en Asie du Sud ou au Brésil. 

Il a influencé de grands économistes comme le Brésilien Celso Furtado ou l’Américain Immanuel Wallerestein… Quand il a pris la tête de l’Institut africain de développement économique et de planification (IDEP), une institution panafricaine créée en 1962 par les Nations unies, il a accueilli tout ce que le continent comptait de jeunes intellectuels. 



dimanche 1 juillet 2018

Plan d’Investissement Extérieur de l’Union Européenne : Les conditions de réussite de la promotion de l’investissement dans la "destination Maroc"


Dans le dessein d’aider des partenaires à atteindre leurs objectifs de développement économique et social et la promotion de l’investissement privé et public, l’Union Européenne s'est dotée d'un Plan d'Investissement Extérieur (PIE) pour financer et accompagner les secteurs prioritaires des pays en développement. Présenté le Mardi dernier 19 juin 2018 à Rabat par les représentants de l'UE, en présence de l’argentier du Royaume Mohammed Boussaid, Othman El Firdaous, Secrétaire d’Etat chargé de l’investissement, de Michael Köhler, Directeur des politiques et de la coopération avec le Voisinage Sud de l’Europe, qui a fait le déplacement pour l’occasion, ainsi qu’un nombre important de directeurs au sein de la Commission européenne ainsi que de différentes banques et agences européennes. Sans oublier une pléiade de patrons du secteur privé marocain, le PIE offre un cadre cohérent et intégré pour promouvoir le niveau des investissements en Afrique et dans les pays voisins de l'UE à l’instar du Maroc, 

Faut-il souligner que par cette initiative, l'UE ambitionne d’aller au-delà de l'aide au développement à travers une assistance technique au développement de projets pour viser l'amélioration du climat des affaires. Aussi de par le PIE, l’UE escompte transcender le modèle d'appui orthodoxe et générique au pays en développement étayé sur le modèle classique des subventions via le renforcement du dialogue avec le secteur privé et le secteur public pour cibler l’attractivité de l'environnement des affaires.

De ce qui précède, nous remarquons clairement que le Plan d’Investissement Extérieur de l’UE gravite explicitement dans l’orbite de l’amélioration du climat de l’investissement et de l'environnement des affaires.

Cependant, nous alléguons que des conditions et des préludes sont incontournables pour réussir le PIE afin de promouvoir l’investissement Européen, national ou étranger sur la destination Maroc :

Il s’agit, en premier abord, de la mécanique judiciaire et juridique qui demeure la grande tare du climat des affaires au Maroc. En effet, notre engrenage judiciaire demeure apathique en matière de moratoires de procédures et de report d’audiences aux calendes grecques. De ce fait, la partialité de l’appareil judiciaire fait boule de neige sur toute la chaîne de valeur de l’acte judiciaire et constitue une entrave rédhibitoire à l’attractivité du climat de l’investissement au Maroc, plus singulièrement les investissements Européens.

Aussi, l’environnement des affaires demeure plombé par la corruption et autant le système judiciaire du Maroc est moisi par la corruption, autant le climat des affaires est rébarbatif. Ce qui explique tout l’intérêt royal qu’assigne le Souverain Marocain Mohammed VI à l’éradication de l’économie de rente ; n’a-t-il pas proféré dans sa plaidoirie royale de la marche verte du 6 novembre 2014 "Assez de la politique de rente et de privilèges ! Assez de la mercantilisation de la patrie ! Assez aux privilèges indus".

Cependant, il faut avouer que l’impact réel d’une telle réforme prendra au mieux plusieurs années dans la mesure où des résistances et des conservatismes culturels s'éternisent et seront difficiles à faire évoluer dans le temps. La corruption, endémique au Maroc, est une illustration de ces conservatismes : le système judiciaire est d'ailleurs l’institution la plus corrompue du pays, selon Transparency International. Faut-il rappeler que’en dépit d’une légère amélioration du score et du classement l’Indice de perception de la Corruption 2017 de Transparency, notre pays est verrouillé à la 81ème position avec 40 points sur un panel de 180 pays. La moyenne depuis 2012, reste à 37,6 sur 100 et le Maroc fait beaucoup moins bien que des pays arabes au même niveau de développement à l’instar de la Jordanie et la Tunisie. 

Ardu dans un tel aura d’adultération économique, être postulant au capital étranger, épineux dans un tel avilissement économique, rendre le climat de l’investissement fertile pour les investisseurs Européens ou de d’autres cieux.

En sus, le secteur informel exerce un impact pernicieux sur l’atmosphère des affaires au Maroc et sur la compétitivité des entreprises Européennes et nationales. La pesanteur de l’économie informelle se situe, en moyenne, entre 20 et 30 % du Produit national brut (PNB), quoi qu'il est épineux d’établir des estimations exactes à un cataclysme économique et social qui échappe encore au Haut Commissariat au Plan (HCP) et sa comptabilité nationale, ainsi qu’au fisc.

Par ailleurs, la promotion de l’investissement au Maroc pâtit du coût exorbitant des facteurs de production. En effet, l’accès au foncier constitue un obstacle touchant plus singulièrement les entreprises exportatrices Européennes et Marocaines : La cause principale de cette situation est l’insuffisance de l’offre qui est inadaptée et en proie à la problématique de la spéculation.

De surcroît, quoique le Maroc a gagné 16 places par rapport au classement 2017, la pression fiscale demeure l’une des contraintes au climat de l’investissement au Maroc et reste plus forte chez nous que dans la plupart des autres pays émergents en vertu de la 12éme édition du rapport “Paying Taxes 2018” réalisé conjointement par le cabinet international de conseil et d'audit PwC et la Banque Mondiale. Aussi, le niveau des charges fiscales et sociales renchérissent de manière tangible le coût du travail et dissuade le recrutement de la main-d’œuvre qualifiée.

En outre, la contrainte de la multiplicité des entités de promotion de l’investissement placées chacune sous une hiérarchie particulière (Maroc Export placé sous la subordination du ministère du Commerce extérieur, Office national du Tourisme sous la tutelle du ministère du Tourisme, L’Agence marocaine de développement des investissements AMDI sous les auspices du ministère du Commerce et de l’Industrie, la maison de l’artisan du ministère chargé de l’Artisanat, les centres régionaux d’investissements (CRI) sont eux placés sous la houlette du ministère de l’Intérieur, etc.) portent un grand préjudice à la séduction de la destination Maroc.

En effet, les différents organes de promotion sont disséminés entre moult intervenants, sans réelle synergie et sans vision stratégique. Cette dislocation ne favorise guère l’optimisation de la promotion des investissements extérieurs. C’est dans ce sillage que l’actuel Ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Investissement Moulay Hafid Elalamy a instauré une entité suprême de promotion baptisée Agence Marocaine de Développement des Investissements et des Exportations AMDIE ; un organe qui devrait assurer aussi bien la mission de développement des investissements directs étrangers, du rayonnement de l’image du Maroc à l’étranger que la promotion des exportations du Maroc.

Aussi, la timide qualification du capital humain hypothèque l’attractivité de l’investissement du Royaume, atrophie sa productivité et dissuade les investisseurs européens et étrangers à diriger leurs capitaux vers le tissu économique du Maroc en raison des métamorphoses qui ont impacté les déterminants du milieu du business et des affaires.

D’ores et déjà, les hommes d’affaires Européens ne cherchent pas à s’implanter partout dans le monde, mais ils dénichent des territoires où la main-d’œuvre est hautement méga-qualifiée afin de répondre aux débouchés Européens intransigeants en termes de coûts, de délais de livraison et de qualité de produits : Des enquêtes, ainsi que des investigations économétriques ont corroboré le métissage que trame la dextérité de la main d’œuvre avec l’attraction du climat de l’investissement à l’instar des travaux empiriques de l’économiste américain et fondateur de la nouvelle économie classique (anticipations rationnelles) Robert Lucas (prix Nobel d’économie 1995).

Pour bénéficier de cette aubaine financière du PIE destinée au Maroc, partenaire stratégique de l’UE, Le business international dépendra d’une bonne coordination et d’un couplage entre les politiques publiques et le milieu des affaires. En d’autres termes, rien ne sera acquis, en matière du climat des affaires et de promotion de l’investissement, tant que la synergie entre le patronat et le gouvernement n’est pas optimale. De sa part, la Confédération générale des entreprises marocaines (CGEM) intente pour des réformes approuvées, mais toujours renvoyées à la semaine des 4 jeudis. Salaheddine Mezouar nouveau patron des patrons dès son élection à la tête de la CGEM n’a-t-il pas promis de maximaliser cette jonction entre le secteur privé et public dès la loi de Finances 2019 ?

À notre sens, la fertilité du climat des affaires réside dans l’hypogée des privilèges indus, la fécondation des projets porteurs d’investissement, de croissance et d’emploi, dans les obsèques pures et dures de la rente et le "wake up" des lois marché, dans la sépulture de l’ésotérique et le discrétionnaire en matière de politique de l’investissement, dans le cénotaphe du favoritisme et la nécropole de la corruption, dans l’inhumation de ceux qui ont érigé la rente et les privilèges en droits imprescriptibles pour qu’ils laissent voie et libre cours au fair-play, à la méritocratie et à la transparence.

L'objectif du PIE qui, constitue un nouveau jalon du partenariat Maroc-UE, de décupler l'impact des investissements qui seront concentrés dans les énergies renouvelables, la connectivité, le financement de la petite et moyenne entreprise, dans les secteurs de l'agriculture, de l'agro-industrie, de l'entrepreneuriat rural, de la construction des villes durables, et de la numérisation, doit reposer essentiellement sur le brassage authentique composé d’un système judiciaire impartial et neutre, d’une administration marocaine transparente et non corrompue, d’une main-d’œuvre hautement qualifiée, d’un capital immatériel valorisé, d’une demande locale marocaine et d’un pouvoir d’achat soutenu, d’un savoir-faire arrimé aux bouleversements technologiques et cognitifs et soudés à un tissu industriel dense.
En guise de conclusion, l’écrivain et aphoriste français Vauvenargues disait que "Le génie, c’est de savoir ce qu’il faut faire. Le talent, c’est de savoir comment le faire.
La vertu, c’est de le faire.", c’est qu’il faut faire, somme toute, à travers ces conditions que le plan européen d’investissement extérieur contribuera à mobiliser des fonds privés importants dans des secteurs clés de l’économie marocaine et permettra aux entrepreneurs locaux d’accoucher des projets porteurs d’investissement, d’emploi et de croissance et d’attractivité de l’environnement des affaires dans la destination Maroc.


mardi 19 juin 2018

Quand les USA se démettent du nucléaire iranien : Leçons politiques et économique d’une démission unilatérale


C’est un secret de polichinelle que le Président du pays de l’oncle Sam Donald Trump annonça le reflux unilatéral des USA de l’accord sur le nucléaire iranien ayant pour épithète « Joint Comprehensive Plan of Action » ratifié à Vienne le 14 juillet 2015 entre l’Iran et les six gourous mondiaux, les Etats-Unis, la Chine, la Russie, la France, le Royaume Uni et l’Allemagne, après de durs pourparlers qui, faut-il le rappeler, avaient duré près de deux ans. 

Avouons-le, cette démission unilatérale n’est pas insolite : Lors de l’apostolat électoral, Donald Trump n’avait-il pas annoncé sa ferme volonté d’inhumer à jamais la connivence américaine à cet accord qui avantage l’Iran sur la ceinture proche-orientale ?
En filigrane, Donald Trump a avancé plusieurs arguties pour démystifier sa décision de retrait. 

- Le premier est la récidive de grandiloquences israéliennes sur le pseudo-fait que l’Iran ne révère pas les termes de l’accord nucléaire et "tenaille" son programme nucléaire au nez et à la barbe de la planète. Pour alléguer notre propos, dans une conférence de presse le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, ne s’est-il pas efforcé, de développer cet thèse ? un argument, il faut l’avouer, ne persuade pas les autres parapheurs du dit accord et qui reconnaissent que le pays de la révolution islamique de 1979 se plie aux engagements pris au sein de cet accord. 

A notre sens, deux autres argumentations sont à l’origine de cette cépée : Il est question du délai d’application de cet accord ou « sunset clause »pour les initiés ; les signataires avaient prophétisé que les engagements iraniens périclitent en 2025 ? Or, pour le Président américain, toute la communauté internationale "se trump" : ce délai est minuscule et les Iraniens pourraient moelleusement raccommodent leur artillerie nucléaire militaire. 

La seconde critique adressée par le Président américain est imputable à la portée limitée de l’accord, dans la mesure où ce dernier est polarisé sur l’arsenal nucléaire et laisse libre cours à l’Iran pour étoffer ses missiles balistiques à longue portée et pour intervenir sur l’arène régionale, comme il le fait en Syrie, ou en accoudant les Houthis au Yémen.
A notre sens, les arguments les plus irréfutables concernent le repositionnement géostratégique des Etats-Unis au Moyen-Orient : Avec la prise des commandes de l’administration Washington par D. Trump, la politique étrangère américaine est en train de faire un volte-face racinaire qui se concrétise par une normalisation avec les positions Israéliennes et Saoudiennes et se différencie des doctrines "soft" de l’ancienne administration démocrate et des choix stratégiques du Président Barack Obama. 

Les partenaires européens ont essayé de dissuader le Président américain de se retirer de cet accord à l’instar du président français Emmanuel Macron qui a fait de ce dossier un point important dans ses entrevues avec son homologue américain. D’autres dirigeants républicains et démocrates américains ont fait flèche de tout bois pour convaincre D.Trump de ne pas démettre les USA de l’accord nucléaire américain .Autant en emporte le vent, tous ces efforts précités se sont soldés par un coup d’épée dans l’eau : Le président quitta unilatéralement l’accord en ordonnant de ressusciter le blocus sur l’Iran. Une décision arbitraire lourde de corollaires, non seulement pour les entreprises américaines mais aussi pour moult entreprises européennes qui ont été acculées de renvoyer aux calendes grecques leurs contrats avec l’Iran.
D’autres conséquences majeures pèseront d’un poids lourd sur la scène politique et économique internationale et dans la région. 

Sur le volet régional, l’exaspération des séditions politiques n’ont-elles pas donné lieu à toute une série de manifestation de force entre Israël et les forces iraniennes basées en Syrie? 

Ces tumultes hérités de la démission de l’accord nucléaire iranien ne se sont-ils pas ajoutés à celles liées à l’autre décision discrétionnaire et non loin de transférer le siège de l’ambassade américaine à Jérusalem mettant la région au paroxysme de la commotion et l’explosion ? 

D’autres conséquences sont de portée économique : Les turbulences politiques et l’inquiétude qui sévit au Moyen-Orient ont eu des retombés économiques immédiats, dont la plus importante concerne le surenchérissement rapide des cours du pétrole sur les marchés internationaux gravitant autour des 80 $ le baril.
Cette envolée du cours de l’or noir n’est pas sans conséquence sur l’économie Marocaine. Il faut rappeler que la loi de Finances 2018 a été construite sur la base d’une hypothèse de 60 dollars. 

Nous avons beau insister pour réfuter le caractère platonique et idyllique de cette hypothèse, comme celle d’ailleurs du taux de change du dollar par rapport aux devises étrangères. De facto, la loi de Finances 2018 a été adoptée avec des postulats qui appesantissent les difficultés à venir à travers le renforcement les difficultés des classes moyennes, la hausse de la facture pétrolière augmentant de facto la dérive de nos finances publiques.

Devant l’inaction du conseil de la concurrence et au lieu de l’imbroglio sur le plafonnement des prix du carburant pour endiguer les marges des pétroliers sur la vente de l’essence  , nous alléguons que le Gouvernement devrait ajuster ses choix à travers une véritable application du mécanisme de l’ajustement des prix avec un plafonnement en cas d’une flambée importante du prix du baril sur les marchés mondiaux 
Somme toute, la démission unilatérale des USA ne fera qu’aviver les remous des relations économiques et politiques internationales, de telles craintes mondiales accableront les difficultés économiques et exigeront de l’exécutif Marocain des répliques appropriées pour aider notre économie à colmater les effets pervers d’une telle démission. 

mercredi 2 mai 2018

La Zone de Libre-échange Continentale Africaine ZLECA : Le marché mondial du siècle ? Quels sont les préalables?


Mercredi 21 Mars 2018, Kigali avait un rendez-vous avec l’histoire du siècle où les chefs des Etats membres de l’Union Africaine ont paraphé la création de la zone de libre-échange la plus évasée du monde, en l'occurrence, la Zone de Libre-échange Continentale Africaine, connue sous l’acronyme ZLECA qui augure et ambitionne que 90% des échanges de biens seraient dégrevées des droits de douane et abolir de facto les 84.000 kilomètres de frontières qui existent actuellement en Afrique. 

Rétrospectivement, après Addis-Abeba en 1963, Abuja en 1991, Durban en 2002, Kigali marque une étape charnière et un point d’inflexion de l’intégration commerciale dans le contient noir. 

Ce projet pharaonique qui est un des étendards du calendrier 2063 de l’Union Africaine devrait être l’arrimage et l’ancrage du nouveau processus de développement économique de l’Afrique. Il faut dire que suite au cachet de ce marché à Kigali, le milieu des affaires du continent noir escompte beaucoup de ce débouché commun de biens et services qui fusionnera plus de 1,2 Milliard de consommateurs et devrait secréter une valeur ajoutée économique de plus de 2500 Milliards de dollars. Impulser une nouvelle instigation à l’Afrique, accolée à moult challenges économiques et sociaux et surtout démographiques où la population de l’Afrique atteindra 2,5 milliards en 2050, et représentera 26% de la population mondiale active, passera inéluctablement par l’aboutissement de la Zone de Libre-échange Continentale Africaine. 

Sur l’arène économique mondiale et paradoxalement à la mondialisation qui ne cesse de promettre monts et merveilles des vertus de la libéralisation du commerce international, et au regard de la formation de blocs commerciaux en Amérique latine, en Europe, en Asie, ce n’est plus un choix pour les pays Africains, mais un Must et une contrainte de constituer un tout régional corsé, dense et intégré à même de se dépenser dans le macrocosme multivarié de la globalisation. 

Le Souverain Marocain n’a-t-il pas allégué, dans une parénèse adressée au sommet extraordinaire des chefs d’Etat et de Gouvernement de l’UA que la création de la zone de libre échange, la plus large au monde, avec la population du monde, représente un acte majeur de notre volonté commune de construire l’Afrique de demain ? 

A notre sens, ce contrat mondial du siècle, en l’occurrence la Zone de Libre-échange Continentale Africaine ne pourra prétendre à la réussir sans les préalables suivants : 

Primo, une plus grande insertion de l’économie Africaine dans la trajectoire de l’économie internationale : L’Afrique reste la zone la moins intégrée au monde où la part de l’Afrique dans le commerce mondial demeure infime puisqu’elle ne représente qu’environ 2%. Difficile avec un tel ratio minuscule percer les marchés mondiaux en pleine compétition et négocier en force les accords internationaux, 

Secundo, le déploiement d’un grand effort d’intégration et de synergie du commerce intra-régional : Au vu des chiffres timides du Commerce international entre les pays africains livrés par l’OMC et la CNUCED, Il est urgent de remédier à la faible connectivité entre les différentes économies du continent. Faut-il illustrer la timide jonction entre les pays africains : Le commerce intra-africain ne dépasse guerre 18%, comparativement à l’Asie (ASEAN) qui s’élève à plus de 51% en, ou en Amérique du Nord (ALENA) qui frôle 54% et en Europe (AELE) qui s’élève à 70%. De telles statistiques montrent, de par leur éloquence, l’effort que doit déployer les pays Africains dans le cadre de la ZLECA pour augmenter le commerce intra-africain à plus de 35 Milliards de dollars par an pour gravir les 52% en 10 ans. 

Tertio, l’alliance et la forte connivence du secteur privé : La réussite de la ZLECA reste fortement tributaire de sa capacité à riposter aux besoins de l’entreprise. A cet égard, il est capital que le secteur privé fournisse des mécanismes de consolidation des chaînes de valeurs existantes par la promotion de l’investissement industriel et le transfert du savoir-faire. Sous cet angle, les PME qui constituent 80% des entreprises Africaines seront encouragées par la ZLECA où elles pourraient fournir des inputs pour les grandes entreprises industrielles. 

Quarto, le raffermissement des structures productives à travers la promotion de l’industrialisation de l’Afrique. Le but escompté est d’amenuiser la place des matières premières qui se taillent la part du lion des exportations africaines. Faut-il souligner, à ce titre, que plus de 76% des exportations Africaines émanent des ressources extractives, ce qui n’est pas sans risque sur la volatilité des prix des matières premières et de facto, sur les budgets des pays africains. 

Contrairement aux matières premières et aux secteurs miniers, la promotion de l’industrialisation de l’Afrique permettra de progresser la chaîne des valeurs industrielles à travers la création de plus de valeurs ajoutées, la création de l’emploi, le renforcement de la croissance et la productivité à même de favoriser une plus grande participation de la région africaine dans les chaînes de valeur mondiales, de gagner en efficience en renforçant la capacité attractive de l’Afrique. 

Aussi, la promotion de la politique industrielle de l’Afrique permettra d’asseoir une chaîne de valeur diversifiée et plus compétitive en se positionnant sur les activités à plus haute valeur ajoutée des chaînes de valeur mondiales. 

Quanto, l’investissement dans le capital humain : L’analphabétisme et la carence en formation demeurent les grandes tares de l’Afrique. Les problèmes qui restreignent les capacités des entreprises Africaines sont notamment l’insuffisance des compétences entrepreneuriales et des compétences de gestion, le manque de personnel qualifié, ainsi que les obstacles en matière de recherche et développement. 

Georges Jacques DANTON n’a-t-il pas argumenté qu’après le pain, l’éducation n’est-elle pas le premier besoin d’un peuple ? 

Avec une telle carence, la qualité des institutions et des administrations peut peser d’un poids très lourd dans la décision d’une entreprise d’investir et d’implanter ses activités économiques dans un pays Africain donné. Faute d’investissements suffisants dans les compétences, le progrès technologique et l’investissement ne s’accompagnent d’aucun gain de productivité. 

Sexto, les gouvernements Africains devront placer la bonne gouvernance au cœur de leurs programmes en vue de la transformation structurelle effective des économies africaines. 

C'est une condition sine qua non pour nourrir le développement économique, libérer le plein potentiel de l'Afrique et la conduire sur la voie royale de la prospérité. 

Les pays Africains ont besoin d'un cadre de gouvernance plus propice pour être en mesure de conduire de meilleures politiques publiques et d'obtenir, à terme, de meilleurs résultats en matière de transformation structurelle et de développement inclusif. 

Sous cet angle, les Gouvernements Africains sont interpellées à apporter des réponses aux pertes économiques dues à l'inefficacité des institutions et à l'incompétence. 

Faut-il rappeler que c’est un secret de polichinelle que la corruption met en danger la croissance économique ? C’est un secret de polichinelle que la mauvaise gouvernance et la corruption sont deux fléaux qui nuisent à l’émergence de l'Afrique sur le plan économique, politique et social. 

In fine, Socrate disait que "Le secret du changement consiste à ne pas concentrer toute son énergie pour lutter contre le passé, mais pour construire le futur", il est temps d’ériger le futur économique de l’Afrique en cadenassant les scolioses régionales et en verrouillant les réfractions de la répartition des fruits de la croissance et ce, en posant, les grands jalons d’une Afrique résolument tournée vers l’émergence économique et hisser la ZELCA au rang de nations industrielles émergentes. 

samedi 10 mars 2018

La flottaison du dirham Marocain : Les dessous et les expectatives d’un abandon partiel du change fixe

Après plusieurs tergiversations et réticences suscitant inquiétudes et polémiques et après un rétropédalage au Mois de Juillet dernier, le Gouvernement Marocain, via l’argentier du Royaume Mohamed Boussaïd, a finalement tranché le nœud gordien en décidant de culbuter vers un régime de change plus flexible le Mois d’avant dernier ( lundi 15 janvier 2018) en optant pour un système de change à la Serpent monétaire européen. 

Faut-il rappeler que c’est un nouveau régime de change où d'ores et déjà la parité du dirham est déterminée à l’intérieur d’une fourchette de fluctuation de ±2,5%, contre ±0,3%. Cette dernière est calculée par rapport à un cours central fixé par la banque centrale de l’Etat Marocain sur la base d’une bannette de devises composé à 60 % de l’euro et à 40 % du dollar. 

La conversion vers un nouveau système de change flexible n’est pas uniquement une réforme esseulée. Au contraire, c’est une phase ultime dans la concrétisation et le couronnement d’un nombre important de réformes financières et bancaires menées et concrétisées par l’actuel Gouverneur de Bank-Al-Maghrib. 

Les grandes apostrophes qui nous interpellent : Quelles sont les raisons de ce chavirage vers un régime de change flexible et l’abandon du système de change partiellement fixe ? Quelles sont les attentes et les expectatives que Gouvernement escompte tirée de cette inversion ? 

Pour cela, il faut rappeler qu’avant le 15 Janvier 2018, la valeur du dirham a été fixée administrativement par l'institut d'émission. Si la valeur du dirham varie de plus de 0,3%, à la hausse comme à la baisse, Bank-Al-Maghrib intervient pour ajuster la valeur du dirham, respectivement en cédant ou en achetant des devises : Quand la valeur du dirham se déprécie par exemple, la Banque Centrale vend des devises pour acheter du dirham, augmentant ainsi sa demande et sa valeur, et vice versa. Certes, ce système permettait aux opérateurs de s’approvisionner sans limites à un taux de change stable, avec moins d’inflation et moins d’incertitude, néanmoins, un tel système de change produit plusieurs effets pervers, effets qui étaient à l’origine, nous semble-t-il, de ce basculement vers un régime de changes flexible. 

- Premier effet pervers : Un système de subventions plâtré 

Fixer le taux de change est avant tout consentir une subvention cachottière et subreptice car une partie de ce prix est prise en charge par l’Etat via Bank-Al-Maghrib. A titre d’illustration, si le taux de change réel est 16 dhs pour 1 euro, quand vous achetez votre billet d’avion à 1000 euros sur internet, normalement vous devriez payer 16 000 dhs, mais avec le taux de change fixé à 11 dhs pour 1 euro, vous payez seulement 11 000 dhs. Vous avez donc bénéficié d’une subvention de 5000 dhs, laquelle a un coût puisque pour la payer, Bank-Al-Maghrib avait compensé en puchant l’équivalent dans les réserves en devises. Dit-autrement, en fixant artificiellement le Dirham au-dessus de sa valeur réelle (qui ne reflète pas la véritable valeur du marché), donc maintenant les prix bas, une deuxième caisse de compensation a été créée en catimini. 

Or, le talon d’Achille de toute caisse de compensation est qu’il s’agit d’un système amblyope qui pensionne aussi bien ceux qui en ont besoin que ceux qui ne le sont pas. Inopportunément dans un tel système de change, ce sont les nantis qui en profitent le plus car ce sont eux qui, avec un effet de démonstration, consomment les produits importés, les produits de marque, les biens de luxe et de snobisme. Pire encore, c’est même un système de change "anti-pauvres" : C’est l’Etat qui finance le rajustement de la valeur du Dirham aux oscillations de l’Euro et du Dollar, ce qui revient, somme toute, à commanditer la consommation des riches avec les deniers publics. Ce qui nous incite à alléguer que c’est un système inéquitable et inique, car les numéraires servant à corriger le taux de change du Dirham auraient pu être alloués aux besoins de base des plus nécessiteux. 

- Second effet pervers : Une altération de l'économie Marocaine 

En sus de cette partialité caractérisée, le système de change fixe, étayé sur l’algorithmique de compensation, déprave et dénature le fonctionnement de l’économie nationale. D’abord, parce qu’avec la chronicité structurelle du déficit commercial et la vulnérabilité de nos réserves de change, liée à l’irrégularité et l’insuffisance des rentrées du tourisme quoique que le secteur du tourisme a enregistré une année exceptionnelle en 2017 selon les dernières estimations livrées par le Ministère de tutelle et l’Office des Changes, des IDE qui oscillent entre 2 et 3 milliards de dollars annuellement, et n’évoluent pas au-delà de 4 milliards de dollars dans le meilleur des scénarios et des transferts des MRE qui stagnent entre 55 et 60 MMDH depuis 10 ans, et ce en Dirhams courants. 

Il ne reste, tout compte fait que les dons des pays du Golf et l’endettement extérieur pour continuer à épauler et renflouer la valeur du Dirham suite aux vacillements de l’euro et du dollar. Autrement dit, l’emprunt est le prix cher à payer pour cheviller le taux de change. 

Ensuite, en maintenant vaille que vaille, la valeur du dirham artificielle au-dessus de sa valeur réelle du marché, moult consommateurs continuent à vivre au-dessus de leurs moyens car si le dirham n’était pas subventionné, il aurait dérogé à plusieurs de leurs dépenses devenues plus onéreuses ce qui immole l’incitation des agents à rationaliser leurs comportements qu’il s’agisse de consommation ou de production car ils reçoivent des signaux biaisés et ne paient pas en corollaire la vraie valeur du marché. Ainsi, en gardant le système de change fixe, on stigmatise et on fustige le tissu industriel marocain à s’entretenir dans une économie de rente, ce qui traîne l’économie Marocaine dans une séquence vicieuse : Car pour étançonner un taux de change fixe, la Banque Centrale aura besoin d’emprunter des devises, ce qui favorisera les importations au préjudice des exportations, cantonnant et cloîtrant ainsi les entrées de devises et amplifiant de plus belle le besoin en devises et donc d’emprunt et d’endettement. 

Si la rente du système de change fixe profite aux importateurs, elle sanctionne et réprime les exportateurs. A titre illustratif, les produits chinois et turcs doivent une partie de leur compétitivité aussi au fait que le dirham est maintenu à un niveau surévalué, ce qui incite à la sur-importation, car les dernières surévaluations du dirham rendirent les produits importés moins chers que les produits nationaux. Ainsi, le taux de change fixe pénalise la compétitivité des entreprises marocaines et lèse consommation locale. 

- Troisième effet pervers : Une vulnérabilité de l'économie marocaine face aux chocs exogènes 

Dans le cas d’un marasme économique, le système de change fixe enlise l’économie marocaine dans l’inconsistance et la vulnérabilité la fragilisant de résister aux chocs exogènes : Si jamais demain le cours de pétrole explose de nouveau sur les marchés mondiaux, la demande et la pression sur le dollar augmentera, ce qui déprécierait la valeur du dirham. Dans le système de change fixe, la BAM sera obligée de vendre des dollars pour faire aligner la valeur du dirham. De ce fait, la pression sur le stock des devises s’amplifie, surtout que, dans un tel système de change fixe, les agents économiques ne reçoivent aucun sifflet économique sur la nécessité de rationner leur consommation à la baisse ou de la quête de produits de substitution. Les réserves de change finiront par tarir et s’engloutir. L’intervention des bailleurs de fonds devient alors inexorable avec la mise sous tutelle de l’économie nationale et les programmes d’austérité brutale. 

De l’avis même de l’institution de Christine Lagarde, un taux flexible offre une meilleure protection contre les chocs extérieurs tout en conférant une plus grande indépendance à la politique monétaire 

Somme toute, le système de change fixe semble plus que jamais en déphasage avec la nécessité pour l’économie nationale de s’intégrer dans la mondialisation, de gagner sa souveraineté monétaire et consolider sa résilience. 

Le système de change actuel n’est plus adapté ni au contexte économique et social, ni aux enjeux liés à l’ambition marocaine de devenir une place stratégique en Afrique, d’en faire une plateforme financière, de l’intégration régionale du royaume et de bannir le risque que concourt le Maroc en continuant à opérer avec un système de change qui n’est plus adapté à sa réalité économique et financière. D’où la rupture avec le système de change fixe. 

Nous pensons que la réforme du régime de change est une décision sage, volontaire, prise sans pression en référence au fond monétaire international qui aurait fait pression sur le Maroc. C'est une décision souveraine et volontaire". 

L’efficacité de la flexibilité du dirham reste tributaire des réformes d’envergure de nouvelles générations que les pouvoirs publics doivent initier pour escompter installer l’économie Marocaine sur les sentiers de croissance lui assurant l’émergence à moyen terme. 

Toutefois, la grande apostrophe qui reste posée : Avec la limitation des la fragilité de nos réserves de change, liée à l’irrégularité et l’insuffisance des rentrées du tourisme, des IDE, et des transferts des MRE et la chronicité du déficit commercial structurel, le Maroc aurait-il des réserves de change probantes et suffisantes à même d’intervenir à chaque moment pour réguler le taux de change face à nos partenaires commerciaux et une compétition sans merci à la seconde qui intervient sur les marchés mondiaux ? D’où à notre sens l’intérêt d’une politique industrielle et commerciale capable d’assurer des rentrées de devises d’envergure et d’affûter notre taux de change réel reflétant la véritable état du marché. 

Cela pose, in fine, avec acuité la nécessité de renforcer la compétitivité de notre offre exportable et notre stratégie d’attraction et de promotion des IDE à même d’assurer des entrées de devises plus contrôlées dans le cadre d'un régime de change flexible. 

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