mardi 30 mai 2017

12 chandelles de l’Initiative Nationale du Développement Humain INDH : Quel calibrage ?


Naguère, les institutions d’obédience ultralibérale, banque Mondiale, fonds Monétaire International, évangélisaient à cor et à cri les programmes d’ajustement structurel au Maroc afin de voir le boulot du tunnel. Cependant, ces électuaires économiques se sont révelées impuissants pour mettre le Maroc sur les rails du développement et ont exsudé, au rebours, une fente sociale abyssale. Les maux sociaux : Oisiveté, désœuvrement, chômage, ainsi que l’exclusion sociale en sont la meilleure pièce à conviction de notre assertion.

Ainsi, le Maroc, obturé par le fardeau de ses altérations sociales, allotit au capital humain un rôle central dans sa politique de développement. Le discours du Souverain Marocain du 18 mai 2005 sur l’Initiative nationale du développement humain appelée communément INDH fut conçu pour porter suture à la précarité sociale au Maroc.

A l’orée de ce mois de Mai, l’INDH souffla, sa 12éme bougie. Des apostrophes nous interrogent sur sa supputation et son calibrage à cet égard.

Après 12 chandelles, les indicateurs sociaux perpétuent dans le rouge, en témoignent l’éloquence des chiffres scellés par les derniers rapports sur le développement humain PNUD. En effet, le rapport de l’administrateur du PNUD, Helen Clark coagule le Maroc dans le lot des pays à développement humain moyen avec un classement timide (123éme position parmi 188 pays). La Libye 102 éme rang, suivie de l’Algérie (83 éme) et de la Tunisie (97 éme) creusent respectivement le fossé en se repositionnant dans les pays à développement humain élevé.

La santé n’est-il pas un indicateur avec lequel on jauge le niveay de développement économique et social : Concernant, le ratio médecin/population, et au niveau des pays du Maghreb, le Maroc n’est pas mieux loti. Il ne dispose que de 6.2 médecins pour 10.000 habitants contre 12 en Algérie et notre rival économique la Tunisie est de 13 médecins. L’Égypte et la Jordanie échancrent le gap avec plus de soins médicaux par des quotients respectifs de 24 et 26 docteurs. On est bien loin derrière l’Espagne avec qui on était sur le même lot des pays en développement durant les années 70, qui affiche une bonne santé avec 37.1 médecins.

Le récent mémorandum économique 2017 de l'institution de Washington DC sur l’état du secteur de la santé au Maroc relève, que près de 8.5% des Marocains n’ont pas accès aux soins les plus primordiaux, ce qui représente plus de 25% de la population globale bien que 60 % de la population bénéficie de la couverture médicale dans le cadre de l’Assurance médicale obligatoire (AMO) et le régime d’assistance médicale pour les démunis (RAMED).

Bien plus, l'institution de Jim Yong Kim noircit le tableau en indiquant qu’au niveau des infrastructures des hôpitaux psychiatriques, le Maroc devra faire énormément d’efforts pour atteindre la norme internationale qui est de 4.4 lits pour 10.000, alors qu’il ne dispose à présent que d’un lit.

Bien plus, la Banque mondiale ne s’arrêta pas à ces seuls chiffres, elle dénonce toute une série de dysfonctionnements qui minent le secteur de la santé partant du manque flagrant en ressources humaines et arrivant à la corruption en passant par le clientélisme, le népotisme et la négligence. Un tableau pas du tout resplendissant qu’a dressé l’institution internationale de brettons woods et qui interpelle le ministre de la santé, qualifié par le chef de l’exécutif sortant comme le meilleur ministre de son gouvernement.

Aussi, un autre dénonciateur nous nous claustre dans le pays à développement humain moyen : le Revenu National Brut par tête d’habitant exprimé en parité de pouvoir d'achat PPA qui est de 3500 dollars ce que révèle l’Institut Arabe de Garantie de l’Investissement et des Exportations. Le Royaume arrive en effet à la 13 éme position au niveau du monde arabe en termes de revenu par tête de la population. Le Botswana et la Turquie érodent l’élision en se plaçant dans les pays à développement élevé avec un RNB/tête d’habitant respectif de 13 204 et 13 359 dollars. Avec plus 45 000 dollars par an, le Qatar et le Koweït sont les pays avec le revenu annuel moyen par habitant le plus élevé du monde arabe

Sur le registre de la pauvreté et en s’étayant sur l’indice multidimensionnel de pauvreté IPM créé par le Centre de recherche économique pour le développement international de l’université d’Oxford (qui pondère dix indicateurs dont le taux de scolarité, la mortalité infantile, le degré de malnutrition, l’accès à l’électricité et la possession de quelques biens de consommation) donne un diorama plus complet sur la pauvreté, et fait hisser le taux de pauvreté à 28,5 % ce qui déplaira au Patron du HCP qui, à l’en croire, le taux de pauvreté (mesuré uniquement par le Revenu) n’est que de 9 %.

Selon la nouvelle étude publiée par le par le Haut-commissariat au plan (HCP) en marge de la Journée nationale de l’enfant, le Maroc compte 1,2 million d'enfants pauvres. Pour réaliser cette étude, une approche "multidimensionnelle" a été suivie, basée sur l'observation chez l'enfant de plusieurs facteurs à savoir l’éducation, la santé, l’accessibilité à l’eau, à l’électricité et à l’assainissement, les moyens de communication et les conditions d’occupation du logement.

Il en ressort que la "pauvreté multidimensionnelle des enfants" a toutefois baissé entre 2001 et 2014. Le nombre d’enfants en situation de pauvreté est ainsi passé de 4,9 millions d’enfants en 2001 à 1,2 millions d’enfants en 2014, soit une réduction annuelle moyenne de 10,0% à l’échelle nationale. En pourcentage, sa prévalence est passée de 43,6% en 2001 à 24,1% en 2007, avant d'atteindre 11,0% en 2014, souligne le HCP.
Avouons-le, la conception galvaudée ainsi l’approche Marketing qui entourèrent l’INDH font ôter l’INDH de son essence qui est le capital humain : faire impliquer, valoriser et responsabiliser les bénéficiaires aurait été le Must pour distiller un cercle vertueux de dynamique sociale locale, régionale et nationale.

En sus, le compte à rebours dont pâtissait l’INDH et la flamme de l’obligation à des résultats se répercutent négativement sur la qualité du produit social. On ne peut pas bannir et exorciser en 12 ans une misère qui a sévi plus de 50 ans.

Repenser l’économie est une condition sine qua non pour refréner le Maroc à la locomotive du développement social : Pour juguler la fracture sociale, le Maroc doit maintenir un taux de croissance économique strictement supérieur de 7%. Toutefois, la dynamique du capitalisme ne peut être envisagée du seul point de vue économique, les forces nées du capitalisme et les institutions politiques interfèrent aussi.

Le capitalisme dans lequel s’est engagé le Maroc, en tant que dynamique économique, est d'abord un processus d'extension du marché et du rapport salarial. Mais l'interaction de ces deux rapports, une fois engagée, produit de façon endogène ses propres limites. L'accumulation du capital s'effectue de manière contradictoire. La subtile question qui se pose au-delà de l’INDH : comment assurer un maillage et une articulation cimentée de la dynamique du capitalisme avec celui de la société et les forces productives au Maroc ?

Remédier, dans sa globalité, l’esprit INDH est un Must pour inscrire le Maroc dans la trajectoire du développement social. L’INDH ne saurait être une panacée pour cicatriser la pauvreté. Elle ne peut être qu’une pièce du puzzle du vaste champ de réformes à même d’assurer la croissance et le recul de la pauvreté. À ce jour, l’INDH n’a pas réussi à réduire la pauvreté et les indicateurs de santé et d’éducation sont cauchemardesques. Cette pauvreté est la première source du terrorisme, de l’exclusion et de l’émigration clandestine. La subtile question est celle de savoir pourquoi l’INDH n’arrive pas à faire reculer la misère. Quels sont les goulots d’étranglement qui empêchent l’INDH à promouvoir le développement social ? Quels sont les mobiles de la persistance de cette dualité entre la sphère macro financière et la sphère sociale ?

L’hydre de la pauvreté est un prisme à multiples facettes faisant intervenir des facteurs économiques (croissance, investissement… ) et non économiques (institutionnels, politiques et sociaux).

Nous pensons qu’il faudrait "recontempler" l’âme de l’INDH dans sa phase 2 selon une approche intégriste : La réduction de la pauvreté et des causes d’exclusion sociale dépendent impérativement d’une stratégie de développement social fortement imbriquée en amont et en aval avec la garantie des droits humains fondamentaux, la coordination de l’intersectorialité dans la conduite des politiques publiques et des interventions privées en matière de développement social, le système productif, la politique de l’emploi et du partage des fruits de la croissance, ainsi que les politiques sectorielles prenant mieux en compte les intérêts des franges sociales au Maroc.

Reconnaissons le, in fine, l’INDH, certes méritoire, créatrice d’activités et génératrice de revenus, ne peut être un succédané à une véritable politique de croissance et des revenus. Le développement économique et social du Maroc doit passer inlassablement par un accroissement massif de la richesse du pays, c'est dire par un enrichissement de sa population afin d’augmenter la consommation et conduire à la croissance. À ce titre, pour Amartya Sen, "le seul moyen d’y parvenir est d’encourager la croissance économique et pour que la croissance soit durable et équitable, il faut que les pauvres y prennent une part très active" ceci nous incite à exhumer une citation de Nelson Mandela : "La pauvreté n'est pas un accident comme l'esclavage et l'Apartheid, elle a été faite par l’Homme et elle peut être supprimé par des actions communes de l’humanité".

mercredi 3 mai 2017

Le Maroc, un Hub de l’Afrique : Quelles sont les conditions économiques ?

Je me rappelle que le 5ème forum international "Afrique Développement" organisé les 16 et 17 mars dernier par le club Afrique développement du groupe Attijari-Wafabank sous le titre "Les nouveaux modèles de croissance inclusive en Afrique" a réuni depuis son édification, plus de 5.500 opérateurs de 36 pays et a fait générer près de 13.000 réunions d’affaires. Un chiffre et un événement qui montre, si besoin en est, l'intérêt stratégique que revêt désormais l'Afrique pour notre pays. 

Après avoir remporté majestueusement la bataille diplomatique de la réintégration de l'Union Africaine, le Maroc peut-il gagner celle de devenir un hub continental raccordant le continent noir à l'Europe? 

A l’heure actuelle, on peut dire que le potentiel est là. D’antan, au XIIème siècle le Maroc servait d’entrecroisement commercial entre l'Europe et l'Afrique, avec l'accession des Almohades et de l'Espagne musulmane, un grand itinéraire de commerce corrélait le sud de l'Europe au Niger, via le Maroc. Celui-ci est aussi le seul territoire du Maghreb à avoir eu des relations commerciales depuis des siècles avec l'Afrique subsaharienne, notamment via les routes commerciales partant de Sijilmassa au Tafilalet vers le sud de l'actuelle Mauritanie et allant jusqu'au au Ghana. 
En sus de ce licol historique, le Maroc recèle moult atouts lui permettant de prétendre à ce rôle. En effet, le Maroc a entrelacé un partenariat privilégié avec les pays européens au travers de l'accord de libre-échange et le statut avancé, ce qui constitue une plate-forme pour les investisseurs qui sont à la quête de la conquête des débouchés africains et européens en partant du Maroc. A l’appui de notre allégation :
La vague d’implantations de bureaux régionaux pour l’Afrique du Nord et de l’Ouest à Casablanca, ou encore de filiales dédiées, n’ a-t-elle pas été révélatrice du potentiel de ce marché, mais surtout du caractère stratégique de la plateforme marocaine pour percer les marchés africains avec des avantages , tel la proximité géographique et la proximité linguistique, notamment concernant les marchés francophones ?

Cisco, leader mondial des réseaux, présent au Maroc à travers sa filiale Cisco Maroc, n’a-t-elle pas annoncé il y a quelques années, l’ouverture d’un centre d’excellence régional à Casablanca qui est amené à utiliser la dernière technologie pour assurer la vente et la couverture des pays africains francophones, y compris le Maroc, la Tunisie, l’Algérie et les pays de l’Afrique francophone ?

De son côté, Sage, troisième éditeur mondial de logiciels de gestion, n’a-t-il pas choisi le Maroc, pour s’approcher du marché africain, jugé à fort potentiel de croissance ? L’entreprise ne développe-t-elle pas, aujourd’hui, son métier dans plus d’une dizaine de pays de l’Afrique de l’Ouest ? 
Récemment, le Ministre Hongrois des Affaires étrangères et du Commerce Peter Szijjarto en visite au Maroc ce 25 avril dernier n’a-t-il pas indiquer que son pays pouvait servir de hub logistique pour les produits marocains à destination de l'Europe, la Russie et des pays des Balkans, tout comme il a assuré que le Maroc représentait une porte d'entrée pour l'Afrique du côté des exportations hongroises?
Et puis, la maestria et le know-how national sont de plus en plus reconnus en Afrique, ce qui permettra aux entreprises marocaines d'être les maîtres d'ouvrage de projets en Afrique financés par des bailleurs européens dans l’ambition de projets de coopération triangulaires. 
Sans occulter que, de par sa position géostratégique à la fois propylée d'Afrique et d'Europe, le Maroc dispose de son port Tanger Med, plus grand port à conteneurs en Afrique et dans le podium du top 50 mondial, se situant sur la second trajet maritime la plus courtisée au monde, à savoir le détroit de Gibraltar. Néanmoins, pour prétendre devenir un hub régional, il faut aussi être un croisement commercial et financier compétitif, ce qui constitue un manquement encore au Maroc:

- Primo, sur le plan financier, Casablanca Finance City CFC, en devenant première place financière africaine et 33ème mondiale, est sur la bonne voie pour au moins servir l’axe "Grand Nord-Ouest" du continent. Cependant, sans une bourse robuste et performante, il sera épineux de prétendre attirer des capitaux étrangers pour les acheminer vers les terres africaines. Ainsi, il est besoin et urgent de réformes permettant notamment le raffermissement de la stabilité du secteur financier, la diversification de l'offre de produits, la mise en place d'infrastructures dédiées aux PME, l'accélération de la sécurisation juridique et l'amélioration des mécanismes de gouvernance pour réhabiliter la confiance dans l'écosystème financier marocain,

- Secundo, au niveau commercial, le coût de la logistique au Maroc est encore l'un des plus onéreux au monde, soit 20% du PIB, un taux supérieur aux 10% des pays européens et aux 15% et 17% du Brésil et de la Chine. En corollaire, il faut agir sur les différentes maillures de la chaîne logistique de l’amont de la frontière jusqu'à l’aval via la gestion des stocks en passant par la gestion documentaire, le dédouanement et le transport local,

- Tertio, sur le plan tarifaire, le Maroc ne peut prétendre devenir un hub commercial africain tout en maintenant des clôtures et barricades tarifaires exorbitantes. En effet, au cours des 20 dernières années, la politique tarifaire, en matière de commerce extérieur, a conduit à exsuder, involontairement, un hiatus de taux désavantageux pour les pays d'Afrique. Ainsi, selon les dernières statistiques de la Banque Africaine pour le Développement BAD, l'écart entre le taux moyen appliqué aux pays européens et la moyenne la plus élevée appliquée aux pays Africains est d'environ de 17 points de pourcentage.

Assurément, le Maroc, via les périples royaux, a scellé plusieurs conventions avec plusieurs Etats Africains. Toutefois, la prudence nous incite à apporter deux précisions : D'une part, tous ces accords ne sont pas encore opérationnels et à ce jour, il n'y a quasiment pas d'accord commercial actif entre le Maroc et les pays subsahariens d'autre part. En corollaire, pour capitaliser sur tous les accords et conventions déjà conclus, et faciliter le positionnement du hub commercial entre l’Afrique et l’Europe, le Maroc a intérêt à négocier avec les pays subsahariens une politique tarifaire commune qui va dans le sens de la minimisation des barrières tarifaires,

Ultimo, être un hub interpelle l’économie Marocaine à se doter d’un environnement des affaires favorable à même d’attirer des capitaux étrangers. Sur ce registre, si le Maroc a fait des avancées notables, il n'empêche qu'il subsiste des écueils dissuasifs qui démotivent les investisseurs étrangers qu'il faudra d’urgence réformer, notamment en matière de justice, d'État de droit, exécution des contrats, transfert de propriété, commerce transfrontalier, et règlement de l'insolvabilité.

En somme, pour que le Maroc devienne un véritable hub Africain, il doit immoler un environnement propice à la liberté de circulation des personnes, des biens et services, mais aussi des capitaux. Une telle propitiation permettra deux séquences vertueuses : D'une part, relancer la croissance et la dynamique du système productif économique, et d'autre part, arc-bouter mieux de l'intérieur la question du Sahara auprès de ses nouveaux partenaires économiques car, in fine, la coopération économique n’est-elle pas le vestibule et l’antichambre du rapprochement politique ?

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