mardi 25 avril 2017

Chronicité du déficit de la balance Commerciale au Maroc : Quel apport analytique ?

La balance commerciale d’un État est l’élément de comptabilité nationale qui répertorie et résume ses exportations et importations de biens, et de services marchands. Le solde de la balance commerciale est la différence entre les valeurs des exportations et des importations de biens et de services. Une balance commerciale positive signifie que le pays exporte plus de biens et services qu’il n’en importe : on parle alors d’« excédent commercial » ou de « balance excédentaire ». Quand elle est négative, on parle de « déficit commercial ».

Au Maroc, le déficit commercial a été toujours caractérisé par la chronicité de l’écart entre les exportations et les importations. En effet, le déficit de la balance commerciale renoue avec la hausse puisque, selon les derniers chiffres de l’office de change, il s’est excavé de 25,3 MMDH, se chiffrant ainsi à 184,38 milliards de dirhams ce qui représente une hausse de 19,6% par rapport à 2015, où ce déficit avait atteint son niveau le plus bas depuis dix ans, pour se situer à 152,27 milliards de dirhams. 

Le taux de couverture des importations par les exportations a ainsi chuté en se hissant de 58,7% à 55%. Faut-il pour autant s’en tourmenter ?

D'emblée, nous avançons que le creusement du déficit commercial en soi ne doit pas porter une connotation péjorative sur la santé économique d’un pays ; il n’est pas forcément une mauvaise nouvelle : Le déficit commercial des USA, première puissance mondiale, n’est-il pas la meilleure pièce à conviction ? Un tel trou commercial ne caracole-t-il pas à 502,2 Milliards de dollars selon les statistiques publiées, Février dernier, par le Département Américain du commerce ?
A notre sens, le danger du déficit commercial dépend plutôt de l’ossature commerciale d’une économie donnée. A titre illustratif, selon que le déficit soit déclenché par une chute des exportations ou par une hausse des importations de biens d’investissement, il peut-être considéré comme une mauvaise ou une bonne nouvelle.

En réalité, notre réflexe à la "Keynésienne" de considérer les importations comme une fuite du système économique et de la richesse d’un Etat, n’est pas toujours justifiée, surtout lorsque l’on considère la nature et la structure du commerce mondial dans le contexte de la globalisation. En effet, avec la mondialisation et le morcellement du processus de production, c’est de plus en plus rare de trouver une économie pouvant produire tout seul un bien de l’amont à l’aval puisque, pour exporter, les producteurs sont astreints d’importer les autres inputs pour l’output en question. Ainsi, davantage d’importations peuvent être nécessaires pour nourrir plus d’investissement, de production et d’exportations nationales. C’est ce raisonnement, au demeurant pertinent, qui semble justifier la position qui considère que l’aggravation de l’hiatus commercial pourrait être le miroir d’une dynamique d’investissement et d’exportation. Cette spéculation peut-elle s’appliquer au cas Marocain? 

Concrètement, dans le cas de l’économie Marocaine, quand on appréhende que les importations en biens d’équipements et en demi-produits aient cru respectivement de 21,7 et 4,6 milliards de dhs, on pourrait être tenté d’y voir un signe de dynamisme économique. Toutefois, la réalité est beaucoup plus complexe dans le cas Marocain. En effet, le rehaussement des importations des demi-produits est étiré principalement par l’usine de Renault-Tanger. 
Celle-ci, profitant du rebond de la demande européenne, connaît une euphorie à l’export, ce qui se traduit par plus d’importations des pièces nécessaires à la production. Ainsi, des importations de demi-produits en hausse sont le reflet de la reprise, mais en même temps révélateur d’un timide taux d’intégration locale qui est encore assez modeste gravitant autour de 38%. En effet, plus de la moitié (60%) des composantes automobiles nécessaires à la production de chaque véhicule sortant de l’usine de Tanger sont importées. Donc si la dynamique des exportations du secteur de l’automobile est une bonne nouvelle, la mauvaise est que le faible taux d’intégration, symptôme de la vulnérabilité et déficience du tissu productif Marocain, fait exploser les importations liées à cette industrie. 

Aussi la montée des importations des biens d’équipement traduit manifestement une dynamique d’investissement sauf que dans le cas du Maroc, cette propulsion est surtout focalisée sur les grands programmes, notamment la ligne de TGV, les centrales solaires qui engloutissent l’essentiel des importations en biens d’équipement (chaudières, turbines à usage industriel, des moteurs à pistons, pièces détachées, etc.). Dit autrement, l’embellie d’investissement dont on disserte dans la presse écrite et audio-visuelle Marocaine demeure biaisée, ponctuelle et non généralisée et son effet d’entraînement reste très modeste. En effet, les PME/PMI Marocaines seraient moins concernées par ce dynamisme des achats de biens d’équipement, et ce eu égard à la baisse du coût du crédit. En effet, les bilans des banques commerciales Marocaines le corroborent : Hormis les grands groupes, les PME investissent peu ou prou sachant qu’elles représentent 90% du tissu productif Marocain. Dès lors, la dynamique de reprise et/ou d’investissement annoncée est surestimée, alors qu’elle reste cantonnée à quelques acteurs et secteurs, ce qui exige de notre part de la prudence et de la nuance en matière de jugement de valeur.
Si l’ébauche de cette dynamique partielle est réelle, elle est inopportunément anémiée par les fissures structurelles du système productif Marocain. L’une d’elles est l’inféodation de notre agriculture aux aléas climatiques : Les importations de produits alimentaires n’ont-elles pas augmenté de 7 MMDH, suite à la mauvaise campagne agricole ? Au Maroc gouverner n’est-il pas pleuvoir pour paraphraser Le maréchal Hubert Lyautey ? 

En sus, une autre carence aussi et non des moindres est l’anémie de notre compétitivité appuyée, sur la baisse des coûts salariaux à des fins de stratégie d'exportation. La compétitivité internationale ne peut se confiner au coût du travail. En effet, eu égard aux différentes réévaluations du SMIG au Maroc, cet avantage comparatif du bas salaire ne cesse de s'effriter au point que le travailleur Marocain est devenu plus onéreux en comparaison à d'autres pays tels que la Corée du Sud, le Taïwan, la Malaisie ou encore la Turquie.

Notre déficit commercial est tangible à travers la hausse de nos importations de produits finis de consommation de 10 MMDH, ainsi que l’impuissance des exportations marocaines à contrebalancer la hausse des importations surtout avec une conjoncture propice atténuant la facture énergétique. D’ailleurs, la hausse des importations de biens (28 milliards de dhs) est dix fois plus importante que celle des exportations (2,8 milliards de dhs). Assurément, les secteurs de l’automobile, de l’agroalimentaire, de l’aéronautique et du textile, soutiennent le tempo. Leur volée a été fracturée par la timide prouesse des exportations marocaines en phosphate, qui ont chuté de 5 milliards de dhs. Si la bonne nouvelle aujourd’hui est la montée en puissance des métiers mondiaux du Maroc ou ce qu’on appelle communément les 3M, en singulier l’automobile, il n’en demeure pas moins que leur essor reste limitée pour contrepeser la faible tenue des exportations classiques.

D’où la nécessité d’une plus grande diversification de notre offre exportable qui se situe dans une phase transitoire. Une telle diversification passe inlassablement par l’amélioration de notre compétitivité, laquelle exige une hausse de notre productivité. L’ancrage du taux d’intégration pour les nouvelles industries installées au Maroc devrait être une précellence et un Must pour déchaîner des spillovers conséquents sur le reste des secteurs rivés directement ou indirectement aux investissements étrangers. Pour se faire, le système productif a besoin d’un climat des affaires plus fertile et favorable aussi bien pour les investisseurs étrangers que locaux pour cultiver et défricher une meilleure division international du travail et une large spécialisation mondiale.

Présentement, si l’on doit conjecturer que le déficit commercial marocain commence à peine à changer de nature, il n’en demeure pas moins qu’il reste structurel en raison de la double obédience climatique et énergétique, en sus de la démission d’une compétitivité à fleur de peau étayée pour l’essentiel sur les bas salaires. Il nous semble que compter pour l'essentiel sur les bas salaires pour percer les marchés étrangers revient à croire qu'il existe une bataille industrielle et commerciale greffée sur le seul critère du bas salaire. Dans un tel cas, comment expliquer alors que les pays développés, où le coût du travail est plus élevé sont compétitifs sur les marchés internationaux que les pays moins développés à l'instar de l'économie allemande, irlandaise ou suisse ? 

Faire valoir uniquement le bas salaire ne peut que damner le tissu économique marocain à se figer dans un stade précaire de développement industriel et technologique, ce qui ne favorise pas sa dynamique économique, ainsi que la percée Des marchés internationaux. 
S'il est vrai que l'on peut obtenir des produits compétitifs grâce à des salaires bas, il est tout à fait possible de réduire le coût total sur un critérium essentiel qui est souvent passé sous silence, alors qu'il est déterminant, à savoir la productivité du travail, avec des travailleurs plus productifs, qui permettront non seulement d'avoir une production plus élevée, mais aussi de faire des économies dans l'utilisation des autres facteurs de production, grâce à leur efficacité et leur efficience économique. 
Or, si l'on observe la productivité du travail au Maroc, elle traîne loin derrière celle de ses principaux concurrents sur les marchés européens, tels que la Roumanie, la Turquie ou la Pologne, mais aussi très loin derrière les grands pays émergents asiatiques, à savoir l'Inde et l'Indonésie. À l'appui de notre assertion, les estimations de la Banque Mondiale montrent que le rythme de progression de la productivité du travail dans les économies émergentes dépasse 4 % alors qu'il ne se situe, dans le cas de l'économie marocaine, qu'autour de 2,5 % par an.
L’atténuation du déficit commercial passe infailliblement par l’amélioration de la compétitivité. Une telle compétitivité n'est pas un long fleuve tranquille, le chemin reste long pour aller vers une meilleure compétitivité industrielle et commerciale, gage d'une croissance pérenne et inclusive. L'affûtage de la productivité du travail, permettra non seulement de consolider notre compétitivité prix, mais aussi, et surtout, de converger vers une compétitivité basée sur la qualité et l'innovation.
In fine, à l’allégorie du bon et du mauvais cholestérol, exorciser le déficit commercial passe inexorablement par la baisse du mauvais et l’augmentation du bon.



lundi 17 avril 2017

Gouvernement Psy au Maroc 2017:Quelles sont les "Psy-causes" des opérateurs économiques?

D'emblée, le Souverain Marocain a tranché le nœud gordien en mettant fin à un suspens hitchcockien qui a tenu en haleine l’arène politique Marocaine durant plus de 6 Mois. En effet, ce 6 Avril 2017, le Souverain Marocain a nommé le nouveau Gouvernement avec à sa tête un psychiatre et Fqih Soussi bardé de diplômes en théologie, en l’occurrence Saad-Eddine El Othmani le nouveau "psy-chef" de l’exécutif Marocain. 

L’éviction de Benkirane et la nomination de Saad-Eddine El Othmani ont donné lieu à une série d’exégèses et d’anagogies. Il paraît nécessaire de s’atteler à l’essentiel dans l’ambition de permettre au débat politique de décapsuler, enfin sur des solutions économiques et sociales probantes et de leur bonne marche. 

L’issue choisie par le Souverain Marocain s’inscrit parfaitement dans l’essence, la souche et l’âme de la constitution de 2011 qui stipule que le Roi nomme une personnalité politique du parti arrivé premier, sans l’obliger à prendre le chef. Le Roi, parrain de la marche des institutions avait la possibilité d’opter pour d’autres options, il a préféré continuer à s’inscrire dans la pérennité du respect de la constitution de Juillet 2011. Ce n’est pas rien et il faut le saluer. 
Sur la scène politique, nous avons assisté pendant plus de 6 Mois à un blocage, qui au fil des jours n’avait plus rien de politique. C’est devenu une polémique, voire même une guérilla d’égos ressentie par les Marocains comme telle écimant et mutilant, au niveau de l’opinion publique, la démocratie. 
Ensuite, cette catalepsie a eu des corollaires pervers au niveau économique, mettant en jeu la pérennisation et la survie des entreprises et PME/PMI Marocaines. 
La nomination du psychiatre Saad-Eddine El Othmani respecte la démarche démocratique et déverrouille la serrure politique d’une solution rapide où en moins de 5 jours ce Fqih issu de la région de Souss est arrivé à débloquer la situation et à former la majorité en parvenant à un accord de coalition avec cinq partis, le Rassemblement national des indépendants (RNI), l'Union socialiste des forces populaires (USFP), le Mouvement populaire (MP), l'Union constitutionnelle (UC) et le Parti du progrès et du socialisme (PPS). 
Présentement, il faut que tous les acteurs s’élèvent : Les Marocains escomptent et aspirent à un Gouvernement qui réponde à des aspirations économiques, politiques et sociales légitimes et urgentes. Les Marocains revendiquent une politique économique qui relance l’activité, l’investissement et l’emploi. Les Marocains réclament une vie décente et une protection des plus faibles, une amélioration de la qualité de la présence territoriale des services publics, une reforme de l’administration. Les Marocains exigent une politique de l’impartialité de la justice, de l’éducation nationale et de la santé publique.

Saad-Eddine El Othmani doit tenir compte de ces aspirations et doléances. Le Roi du Maroc, lors du discours de Dakar n’a-t-il pas fixé la feuille de route en soutenant majestueusement que l’alliance gouvernementale n’est pas le partage d’un gâteau ? Le Gouvernement, c’est une équipe, des compétences, un programme, des actions qui s’inscrivent dans la durabilité des choix de la Nation.

Les acteurs économiques attendent des réponses à des questions, récurrentes, qu’ils se posent de manière formelle, explicite et latente. De telles préoccupations revêtent une stridence singulière dans le contexte du nouveau Gouvernement et qui marque la fin de la première expérience gouvernementale conduite à l’ère de la nouvelle constitution de Juillet 2011. Dans ce sens, le corps social tout entier Entreprises et Ménages attend avidement que les politiques publiques qui seront mises en place par l’exécutif Saad-Eddine El Othmani issu de la majorité parlementaire, prédéfinissent les voies et les layons destinées à installer le Maroc sur l’itinéraire et la trajectoire d’une réelle émergence économique, accompagnées d’un agenda précis de réalisation. 
Pour le monde des affaires, la principale imploration réside dans le renforcement des mesures destinées à fertiliser le climat des affaires économiques et du business international, seule hypothèque et gage d’une économie productive efficiente car génératrice de gains de productivité et d’amélioration de compétitivité. Aussi, des politiques plus incitatives en direction du secteur privé sont de nature à aider l’entreprise marocaine à jointoyer et cimenter son positionnement sur les marchés traditionnels ceux de L'Union Européenne et tirer profit des opportunités de croissance offertes par les marchés de la Communauté Economique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) avec un PIB de 674,34 milliards de dollars US ce qui en fait la 20éme puissance économique du monde, marchés avec lesquels le Maroc compte développer une véritable coopération Sud-Sud. Outre, les perspectives de croissance à l’international, cette "nouvelle politique" de l’entreprise aurait également au moins deux séries d’incidences positives au plan interne. D’abord, de telles perspectives de développement des marchés sont des prérequis incontournables à tout essor de l’investissement et partant au redressement de la démographie des entreprises caractérisée, ces derniers temps, par une forte mortalité. Coïncidant, ensuite, avec la mise en œuvre du "programme d’accélération industrielle", cette nouvelle politique contribuerait, à coup sûr, à la reprise des activités économiques qui n’ont progressé que de 3,2% sur le quinquennat 2012-2016 en perte de 1,5 point du PIB en comparaison à la période 2004-2011 où la création des richesses avait crû de 4,8% par an.

En sus, selon les statistiques puisées dans le dernier rapport du Recensement Général de la Population et de l’Habitat GRPH, les 7,4 Millions de ménages aspirent et espèrent une amélioration de leurs niveaux de vie et un engagement ferme et affirmé pour la réalisation des objectifs du développement humain. De telles attentes nécessitent des politiques publiques audacieuses pour éponger ou, autant que faire se peut, amenuiser de manière persuasive les déficits antérieurs. Toujours, selon la même source, le taux d’analphabétisme de 32% touchant les 10 ans et plus est encore trop élevé en 2014 ; il en est de même du taux de sous-emploi qui est passé de 11,3% à 11,5% au niveau national selon les dernières statistiques du Haut Commissariat au Plan HCP.
En définitive, c’est dans la capacité des futures politiques du Gouvernement Psy Saad-Eddine El Othmani d’apporter des répliques à ces " spleens" et " psy-causes" émanant aussi bien des opérateurs économiques, du milieu des affaires, ainsi que des entreprises et des ménages que l’économie Marocaine pourrait renouer avec une croissance économique soutenue pour claustrer et se greffer sur le sentier de l’émergence économique. A défaut, tout hiatus entre ces préoccupations du corps social électoral Marocain et la pertinence des réponses inscrites dans les programmes du Gouvernement Saad-Eddine El Othmani et les stratégies qui en découlent ne feraient que renforcer la césure sociale, les attitudes et les comportements de réserve voire de méfiance du citoyen à l’égard de toue opération électorale future.

mercredi 12 avril 2017

L’aggiornamento des stratégies concurrentielles de Michael Porter à l'ère du digital

 
A l’ère de la révolution numérique, Michael Porter a effectué un aggiornamento important des concepts qui l’ont rendu incontournable, il y a plus de 35 chandelles dans l’analyse des stratégies concurrentielles. Cette véritable mise à jour de la pensée "Porterienne" a été publiée initialement dans la Harvard Business Review de Novembre 2014. 

Selon le professeur très réputé de Harvard, l’Internet des objets transmute en profondeur le paysage concurrentiel. En effet, se scléroser à affronter la concurrence par la production d’objets physiques ou en mettant en œuvre des technologies pour automatiser la chaîne de valeur ne serait plus une approche pertinente. Selon Michael Porter, dans tous les secteurs, les entreprises vont devoir se concurrencer en offrant des objets connectés à des plateformes digitales et reliées au réseau internet. 

De ce fait et au regard de cette nouvelle donne économique et technologique, les firmes sont astreintes à reconsidérer totalement leur approche et leur stratégie. Cela transforme profondément : 

• L’ordonnancement des compétences et des savoir-faire, 

• La perception par les consommateurs des usages et des fonctionnalités essentielles, 

• Les stratégies de différenciation, 

• Le choix des business models, 

• La définition même du secteur d’activité de l’entreprise. 

L’auteur de l'avantage concurrentiel des nations, conceptualise ainsi la révolution des objets connectés comme la troisième grande vague de transfiguration de la stratégie et de la concurrence introduite par les technologies de l’information. 

Faut-il rappeler que rétrospectivement et historiquement: 

• La première vague, celle des années 60 et 70, consistait à informatiser des éléments de la chaîne de valeur, comme la gestion des commandes, la conception des produits ou la facturation, 

• La seconde marée, celles des années 80 et 90, fut celle de la coordination et de l’intégration des différents éléments de la chaîne de valeur, dans et hors de l’entreprise. C’est celle qui a permis la désintégration et la globalisation des chaînes de valeur, 

• La troisième, celle qui assoit l’information au cœur du produit même : Elle transformera non seulement le produit, mais aussi la chaîne de valeur, les modalités de la concurrence et la structure des marchés. 

Michael Porter décline ainsi l’incidence prévisible d’un monde d’objets connectés sur son modèle des cinq forces concurrentielles, quitte parfois à risquer d’en faire fulminer le cadre conceptuel. Le professeur de Harvard concède notamment que la définition du champ concurrentiel doit être mise à jour. Une telle mise à jour prophétise trois tendances majeures introduites par l’avènement des objets connectés : 

• Primo, une phase de raffermissement et de consolidation au niveau des marchés : la hausse de la barrière à l’entrée exigée par la complexité des produits et l’avantage conséquent du premier entrant en matière de données excluront de nombreux opérateurs, et dresseront de puissantes barrières à l’entrée. 

• Secundo, une phase de consolidation entre des marchés jadis distincts, mais désormais fédérés autour d’un système de produits ou d’un système de systèmes. 

• Tertio, l’arrivée de nouveaux entrants, notamment issus du logiciel ou du conseil. Ces derniers ne seront pas confrontés au dilemme de l’innovateur et ne seront pas encombrés d’actifs, de process ou d’organisation héritées du modèle antérieur. 

Sur le fond, il ne s’agit que d’une mise à jour des concepts de Michael Porter. Pour autant, en voulant intégrer les stratégies de l’ère numérique dans sa conception de la concurrence développée depuis les années 80, Michael Porter bifurque d’une vision souvent défensive de la concurrence où les entreprises cherchent à améliorer leur rentabilité en se protégeant de la pression des rapports de forces concurrentielles, à une approche beaucoup plus offensive en insistant sur la nécessité pour nombre d’entreprises d’une remise en cause radicale de leur stratégie. 

In fine, la question qui nous apostrophe, c’est de savoir dans quelle mesure les firmes en place peuvent remettre en cause aussi profondément leurs compétences-clés, leur chaîne de valeur, leur culture d’entreprise mais aussi leur business model ? Cela remet de facto, en guise de conclusion, la question des barrières à la mobilité. 


























lundi 10 avril 2017

Positionnement du Maroc en matière d’innovation 2017; peut mieux faire


C’est un secret de polichinelle que l’innovation joue un rôle crucial dans la dynamique économique et sociale des économies et ce en stimulant la productivité et la croissance économique. Les technologies de l'information et de la communication constituent une illustration parfaite de la capacité de transformation et le potentiel de croissance de l'innovation. En effet, le pays d’uncle Sam a connu une période de croissance rapide dans les années 1990 (près de 5 % par an entre 1995 et 2000), nettement supérieure aux accomplissements des autres pays développés et des décennies précédentes. Cette dynamique économique s’est accompagnée d’une augmentation remarquable des gains de productivité, qui a permis de concilier stabilité des prix et plein-emploi. Cette croissance a été tirée par les nouvelles technologies de l’information et de la communication l’informatique, la téléphonie mobile, Internet.

Qu’en est-il de la réalité de l’innovation au Maroc ? Quel est le positionnement du Maroc par rapport à des pays similaires en termes de développement ?
Pour y répondre, on s’est référé à l’indice mondial de l’innovation qui a été crée conjointement par l’Université Cornell, l’Institut Européen d’administration des Affaires INSEAD et l’Organisation Mondiale de la propriété intellectuelle WIPO.
Cet indice mondial de l’innovation établit un classement des résultats de l’innovation dans environ 140 pays et économies du monde entier et classe les économies mondiales depuis 2007 sur la base de leur capacité d’innovation en se basant sur plus de 80 indicateurs dont l’institution, les ressources humaines, la recherche scientifique, la sophistication de l’environnement des affaires, le rendement universitaire…..etc.
Publié le 26 Mars dernier et conçu pour calibrer les prouesses des pays en matière d’innovation, le rapport " the global innovation index 2016 : Winning with global innovation " et avec un score moyen de 32,26 fait passer le Maroc de la 78éme place en 2015 à la 72éme place en 2016.
Avec un tel classement, le Maroc devance la Tunisie (77éme), l’Egypte (107éme) et l’Algérie (113éme) et fait figurer le Royaume parmi les économies à revenu intermédiaire moyen les mieux classées vu des critères principaux d’analyse comme la qualité de l’innovation et les dépenses en la matière. Ces performances confirment les avancées enregistrées par le Maroc en termes de propriété industrielle.
Parmi les critères pris en compte par ce classement, la bonne performance concernant les actifs immatériels (36éme mondial), et ce notamment grâce aux indicateurs relatifs aux dépôts de marque par origine et PIB (36éme) et aux dessins et modèles industriels par origine et PIB (8éme place). D’après l’étude détaillée, la force du Maroc serait aussi la qualité de ses infrastructures, classées 45éme mondiales. Les principaux indices analysés sont les technologies de l’information et de la communication (TIC), les services en ligne des institutions gouvernementales ou encore l’e-participation.
En revanche, le Maroc demeure moyen quand il s’agit du capital humain (61éme) ou de création de la connaissance (78éme). Le secteur où le pays perd beaucoup de points dans la moyenne est la sophistication du business, comprenant la connaissance des travailleurs, les relations pour l’innovation et l’absorption des connaissances. Il se classe 125éme, presque en fin du tableau.
Sur le plan continental, l’analyse montre que le Maroc se hisse au top 3 africain du classement, après l’ile Maurice et l’Afrique de Sud et premier en Afrique du nord.
Au niveau régional notamment dans l’Afrique du Nord et de l’Asie occidentale NAWA, le Maroc se positionne à la 73éme place derrière le Qatar 50éme, Bahreïn 57éme, Arménie 60éme, Géorgie 64éme, Koweit 67éme et le Liban 70éme.
A l’échelle planétaire, la Suisse demeure le meilleur pays au monde en termes d'innovation. Aussi, en tête du classement 2016, on trouve quatre pays, à savoir le Japon, les Etats-Unis d’Amérique, le Royaume-Uni et l’Allemagne, qui sortent du lot notamment en ce qui concerne la “qualité de l’innovation”, un indicateur de haut niveau qui tient compte de la qualité des universités, du nombre de publications scientifiques et du nombre de dépôts internationaux de demandes de brevet.
Cet année, la Chine rejoint le groupe des 25 nations les plus innovantes au monde ce qui reflète les résultats positifs de ce pays en matière d’innovation et l’utilisation d’indicateurs améliorés en matière d’innovation.
Dans cette édition, le rapport étudie les répercussions des politiques axées sur l’innovation sur la croissance économique et le développement. Les pays à revenus élevés tout comme les pays en développement cherchent à assurer une croissance étayée sur l’innovation en mettant en œuvre différentes stratégies.
Par ailleurs, le rapport souligne que l’innovation nécessite des investissements permanents. Avant la crise de 2009, les dépenses en Recherche Développement (R‑D) augmentaient chaque année de 7% environ. Les données 2016 indiquent que la R‑D mondiale a augmenté de 4% seulement en 2014. Ce chiffre résulte du fléchissement de la croissance dans les pays émergents et du resserrement des budgets consacrés à la R‑D dans les pays à revenu élevé.
En somme, le Maroc peut mieux faire pour améliorer son positionnement sur l’échiquier mondial. Difficile avec un ratio dépenses en R&D/PIB qui tourne autour de 0,8% et à peine 1,87 chercheur pour 1.000 actifs, une production scientifique nationale constitue seulement 0,122% de la production mondiale, prétendre rivaliser des économies émergentes comme la Turquie.
Aussi, la faible contribution du secteur privé à l’effort R&D est pointée du doigt. Et pour cause, le faible développement de la filière du capital risque privé. Ce qui ne favorise pas l’émergence de start-up innovantes. Faut-il rappeler à cet titre qu’au Maroc, la R&D demeure financée par le secteur public à hauteur de 73% contre 22% pour le secteur privé, 1% pour le partenariat public-privé, 1% pour le partenariat public-public et 3% pour la coopération. A cet égard, le Centre National de la Recherche Scientifique et Technique (CNRST) devrait s’ouvrir davantage aux entreprises Marocaines porteuses de projets d’innovation à même d’assurer de nouvelles perspectives de croissance inclusive et créatrice d’emploi.

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