mercredi 23 novembre 2016

Commerce International : Le grand crépuscule

L’aura économique mondiale est à la taciturnité pour les responsables politiques, institutions internationales, dirigeants économiques, qui s’intéressent à l’évolution de Relations Commerciales Internationales. Il faut dire que les impulsions de la mélancolie économique internationale ne manquent pas. Il y a d’abord la croissance mondiale qui a du mal à retrouver sa véhémence et son ardeur économique d’avant la grande déconfiture économique, financière et sociale de 2008-2009. 

Les fiscal stimulus lancés par de nombreux pays, ainsi que les politiques monétaires latitudinaires, n’ont pas réussi à redonner à l’économie mondiale une dynamisation de croissance plus marquée. Du coup, et en dépit des appels à une plus grande synergie des efforts entre les pays de l'Organisation de Coopération et de Développement Economique OCDE, la dynamique économique globale est restée désespérément "médiocre" pour paraphraser Christine Lagarde, Directrice générale de l’instance de Washington, le FMI en l’occurrence.

La vulnérabilité de la croissance économique globale n’est pas le seul mobile des inquiétudes pour l’économie mondiale ; le commerce international est une des préoccupations actuelles. En effet, moult rapports ont décelé que le tempo de la croissance du commerce international a connu une sénescence depuis la seconde moitié de la décennie passée. 

Un Commerce mondial en crépuscule, puisque, selon l’OMC, la croissance du commerce mondial stagne à 2,8% et l’OCDE revoit depuis 6 ans ses prévisions à la baisse. Pour certains économistes, inutile de s’attendre à une véritable reprise du commerce mondial : la stagnation serait un fait durable auquel il faut adapter notre modèle économique. Une perte de vitesse qui bat en brèche les théories néoclassiques et leurs littératures à assurer une plus grande convergence économique entre les pays pauvres et les pays développés.
Plusieurs pièces à conviction sont avancées sous forme d’indicateurs pour mettre l’accent sur cet emportement. Parmi eux, il y a la comparaison entre les taux de croissance du PIB global et celui du Commerce International qui, jusqu’à récemment, était jalonnée par une forte progression des échanges internationaux comparativement à la production. Cette disproportion est considérée pour beaucoup comme un important baromètre de la mondialisation et de la forte division internationale de la production de la chaîne des valeurs au niveau international qui sont au cœur de certaines spécialisations internationales entre différents pays selon leurs avantages comparatifs. Les dernières années n’ont pas échappé à ce penchant avec, selon les estimations du FMI, des prévisions de la croissance mondiale de 3,1% alors que celles du commerce mondial ne seront que de 2,7% pour l’année 2016.

Cette inflexion du commerce international n’est pas récente et remonte au début du siècle. Elle a été, par ailleurs, avivée par la grande crise des années 2008-09. 

Ainsi, l’examen de l’histoire récente du commerce international nous permet de déceler clairement deux grandes phases : La première qui s’étend du début des années 1980 jusqu’au début du siècle, a connu une importante euphorie des échanges internationaux représentant en quelque sorte l’âge d'airain du Commerce International. La croissance du commerce est alors plus intéressante que celle de la production et a fait des échanges commerciaux un important paramètre de globalisation de l’économie et de convergence globale.
Plusieurs facteurs ont joué un rôle prééminent dans cette commotion du Commerce International : 

- Primo, la brise de réformes et d’ouvertures des économies nationales entamé au début des années quatre-vingts avec l’ouragan de la libéralisation et le triomphe des courants d'obédience libérale après la crise des courants keynésiens où coexistait le chômage et l’inflation ce qu’on appelle communément la stagflation, 

- Secundo, le grand rush de la division international du travail et la parcellisation des tâches des différents secteurs et des chaînes de valeurs au niveau international qui ont horripilé les flux du commerce international et les échanges entre les différents centres de production, 

- Tertio, la détente du prix du transport, de la logistique international et sa modernisation ont contribué à la forte croissance des échanges mondiaux, 
Cependant, cette phase sera suivie d’une nouvelle ère, au début du siècle, ponctuée par une convexité de cet infléchissement. En sus des facteurs structurels, des facteurs conjoncturels sont au cœur de cette vicissitude. Parmi ces facteurs, on peut souligner :

- L’impact de la grande dépression économique et financière des années 2008-09 qui a été à l’origine d’une grande récession assortie d’une forte incertitude rendant les promoteurs économiques plus réticents à investir et défavorisant le commerce international, 

- la fragilisation, la déstabilisation et la banqueroute des banques au moment de la crise qui a suffoqué le financement du Commerce International, 

- L’émergence de mesures de rétorsion et de certains comportements protectionnistes au moment de la crise ont contribué à laminer les échanges commerciaux. 

D’autres facteurs structurels sont aussi associés aux facteurs conjoncturels évoqués ci-haut comme le repli et le reflux des secteurs industriels et la montée des activités servicielles.
En sus, la grisaille du commerce mondial est exacerbée par la crise des négociations multilatérales avec le Doha Round qui est devenu un mort-né et qui ne fait qu’électriser et aiguillonner les négociations bilatérales et la loi du plus fort.
L’entretoise du commerce international est notoire et manifeste d’une crise plus molaire et qui concerne la capacité de la communauté internationale à étamper un nouveau contrat global de relations économiques internationales. 

En dépit des engagements des uns et des promesses autres, force est de constater que notre monde peine à fonder un nouveau modèle de développement soutenable et un contrat social inclusif. Des déboires qui débroussaillent et fertilisent le désespoir, la violence et peuvent acheminer le monde à la putride. 

Le commerce international soutient que la prospérité a rarement, voire jamais, été atteinte ou maintenue sans le concours des Etats et les institutions internationales. Néanmoins, à lui seul, il ne constitue pas une condition suffisante à l’obtention de cette prospérité. Des politiques orientées vers l’emploi, l’éducation, la santé et d’autres domaines encore sont nécessaires pour favoriser le bien-être et s’attaquer aux défis d’une économie mondialisée.





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