mardi 1 novembre 2016

Business international au Maroc 2016 : amélioration, mais l’essentiel reste à faire


C’était la semaine dernière, plus exactement Mardi 25 Octobre 2016, la publication officielle du fameux hit-parade du Benchmarking du Business international de la Banque Mondiale Doing Business 2017 sous le titre "Egalité des Chances pour Tous". Faut-il signaler, en préambule, que le rapport “Doing Business” est un document consulté par la communauté du Business international et des affaires où son décodage permet, aux promoteurs économiques, au Maroc, de gagner en visibilité au niveau international et par ricochet en attractivité. 

Sur un échantillon de 190 économies, le Maroc enregistre, cette année, une légère amélioration grimpant à la 68éme position, soit 7 places par rapport à la précédente édition et de 8 places de mieux qu’en 2012. 

L’étalonnage porte sur 11 étapes du cycle de vie d’une entreprise : La création d’entreprise, l’obtention de permis de construire, le raccordement à l’électricité, le transfert de propriété, l’obtention de prêts, la protection des investisseurs, le paiement des taxes et impôts, le commerce transfrontalier, l’exécution des contrats, le règlement de l’insolvabilité et enfin l’embauche de travailleurs. 

A la lecture du rapport de la Banque mondiale et la Société Financière Internationale (SFI) en matière de business, l’amélioration de l’environnement des affaires économiques au Maroc est imputable au domaine des impôts. En effet, le Maroc est passé de la 41éme position à la 38éme, enregistrant un rebond de 3 places. Une bravoure qui s’explique par la réduction du nombre d’impôts à payer par les entrepreneurs, passant à 6, soit 211 heures par année. 

En simplifiant les paperasseries administratives, ainsi que le délai d’attente pour les promoteurs économiques, le Maroc s’est vu attribué la 40éme place ; une amélioration substantielle par rapport à l’année 2012 où il se plaçait à la 93éme position. 

Dans son investigation, l’instance de Washington note aussi que le Maroc a facilité le transfert de propriété des entreprises et des sociétés en amenuisant le temps d'enregistrement de l'acte de transfert de propriété passant , de facto, de la 82éme place à la 87éme rang. 

La protection des investisseurs s’est nettement améliorée se hissant de la 118éme rang en 2013 à la 87éme rang en 2016, soit 31 points. Il faut souligner que cet indicateur demeure un déterminant crucial aux yeux des acteurs économiques du milieu des affaires en raison de son caractère sécurisant lié à la protection du capital de l’investisseur national et étranger. 

Il semble que ces améliorations sont attribuables à la mise en place en 2010 du comité national de l’environnement des affaires (CNEA), comité placé sous les auspices du Ministère des Affaires Générales et de la Gouvernance du Maroc et la commission régionale Doing business de Casablanca qui triment de concert dans le dessein d’améliorer en perpétuel l’attractivité du Maroc. 

Ce " box-office" du Business international 2017 a permis au Maroc de s'adjuger le haut du podium en Afrique du Nord, la 3éme place à l'échelle du continent et la 4éme dans la région Moyen-Orient Afrique du Nord (MENA) 

Cependant, toute médaille à son revers: Nonobstant les côtés positifs dont témoigne le climat de l’investissement en 2016, il demeure des failles à combler en matière d’attraction de l’investissement et des affaires internationales. En effet, l’épluchement du document de la SFI dénote que certains critères d’évaluation ont même régressé depuis le rapport précédent : le Maroc s’en sort, moins bien dans des domaines, tels l’octroi des prêts où le Royaume accuse un recul de trois places et se verrouille à la 101éme position, ainsi que 
le règlement de l’insolvabilité où il a chuté de la 67éme place en 2012 à la 131éme.
D’autres références sont aussi cruciales pour les décisions des acteurs économiques, mais hélas ne sont pas pris en compte dans toutes les éditions de "Doing Business" de la première institution de Brettons Woods. 

Il s’agit de la justice qui demeure la grande gangrène de l’environnement des affaires au Maroc : Celle-ci demeure lymphatique et apathique en matière de report d’audiences et de délais de procédures, incertaine sur le plan des conflits de juridiction, coriace pour obtenir l’exécution des décisions de justice, opaque par le manque de diffusion de la jurisprudence. 

Le discrédit de l’appareil judiciaire, nous semble- Il, fait tâche d’huile sur tout le système judiciaire Marocain et constitue une véritable digue à l’encouragement à l’investissement et autant la justice d’un pays est abrasée par la corruption, autant l’investissement est rachitique et autant le climat des affaires est rebutant et rébarbatif. Ce qui explique l’intérêt urgent que porte le Souverain Marocain Mohammed VI à ce brûlant dossier et accule, à chaque fois, l'exécutif à entreprendre une profonde refonte de l’acte juridique et judiciaire à même de redonner confiance à la mécanique judiciaire auprès du milieu du Business international au Maroc. 

"L’insémination" du domaine des affaires réside dans l’impartialité du système judiciaire. A ce titre, dans le discours royal, à l’occasion de l’ouverture de la nouvelle année législative du 14 Octobre 2014, le Souverain Marocain Mohammed VI n’a-t-il pas mis les pleines phares sur les nombreux cas de lenteur des procédures judiciaires et de la non-exécution des jugements déjà rendus, notamment dans les affaires qui mettent l’investisseur au regard de l’administration ? 

L’historien français du Siècle des Lumières Jules Michelet n’a-t-il pas dit que "La justice doit être impartiale et bienveillante pour être tout à fait juste". Il nous semble que la mécanique judiciaire constitue le lubrifiant qui assure le bon fonctionnement de l’appareil productif et constitue un facteur déterminant pour la confiance des entrepreneurs, et de facto influence leur décision d’investissement. À défaut, si l’écrivain et politicien français, Marie-Joseph Chénier disait : "quand vous avez oublié la justice, ne vous étonne pas que le ciel vous punisse". J’irai plus loin, sur le plan économique, pour avancer "Quand vous avez oublié la justice, ne vous étonnez pas que le désinvestissement vous punisse".
C’est dans cette optique que le Souverain Marocain a invité le Gouvernement et l’ensemble des institutions administratives et judiciaires à assurer une mise en œuvre appropriée, cursive, courte, fluide et rapide de l’acte administratif à même de surmonter les problèmes révélés par l’expérience et la pratique et de faire de l’amélioration de l’environnement des affaires une priorité nationale et une action pérenne. 

De surcroît, la corruption demeure une grande flétrissure pour l’entourage des affaires, en témoigne l’Indice de perception de la Corruption (IPC) 2016- de Transparency International qui méduse le Maroc dans la 88éme place sur échantillon de 168 pays. Incertain et ardu, dans une telle atmosphère d’iniquité et de corruption, être élu au capital étranger et rendre le climat de l’investissement fécond et le cadre des affaires juteux pour les investisseurs nationaux et étrangers. 

En outre, le joug de "l’économie occulte" exerce un impact méphitique sur le climat du Business au Maroc et sur la compétitivité des entreprises nationales et étrangères. La surcharge du secteur informel se situe, en moyenne, entre 20 et 30 % du Revenu National Brut, quoiqu'il est difficile et indéchiffrable d’établir des estimations fiables à un fléau économique et social qui se dérobe au Haut Commissariat au Plan (HCP) et sa comptabilité nationale, ainsi qu’au fisc. 

Aussi, la faible qualité du capital humain écluse le macrocosme de l’investissement du Royaume et dissuade les investisseurs à diriger les obélisques de leurs capitaux vers le système productif Marocain et ce en raison des transfigurations des relations économiques internationales qui ont impacté les déterminants du milieu du Business international : D’ores et déjà, les business-managers ne souhaitent pas s’implanter partout dans le monde ; ils ciblent des territoires où la main d’œuvre est "méga-qualifiée". Des investigations économétriques ont corroboré le métissage que noue et renoue la qualification de la main d’œuvre avec la fertilisation du climat de l’investissement. 

Par-dessus le marché, l’aura du business international reste tributaire d’une bonne jonction entre les politiques publiques et le milieu des affaires. En d’autres termes, rien n’est acquis, en matière d’attractivité et climat des affaires internationales, tant que la collaboration entre le Gouvernement et le Patronat n’est pas optimale et cohérente. De son côté, la Confédération Générale des Entreprises Marocaines (CGEM) plaide pour des réformes approuvées, mais toujours renvoyées aux Calendes Grecques. 

Le véritable calibrage du climat des affaires ne se confine pas au seul palmarès de Doing Business, la vraie évaluation de l’environnement de l’investissement ne se borne pas au hit-parade concocté par la Banque Mondiale et la SFI, la réelle supputation du milieu des affaires ne réside pas uniquement dans les sphères jusqu’à présent défrichées par les auteurs de Doing Business. Nous avons besoin de nous acculer au miroir, de nous déclarer nos quatre réalités en face et de proférer que la fécondité du climat des affaires est en nous : Elle se loge dans l’enterrement de la rente et l’érection des lois marché, dans les funérailles de l’ésotérique et le discrétionnaire en matière de politique de l’investissement, dans l’élimination du favoritisme et l’inhumation de la corruption pour laisser voie et libre cours au fair-play, à la méritocratie et à la transparence. 

Par ailleurs, la "pollinisation" du climat de l’investissement réside dans l’édification d’une administration Marocaine efficace, transparente et non corrompue. Toujours dans son discours du 14 Octobre 2016, le Souverain Marocain a énuméré les diverses entraves auxquelles butent l’investisseur où la lourdeur des procédures et la longueur des délais de délivrance de certains documents administratifs sont parmi les griefs fréquents à l’égard des divers services que rend l’Administration aux acteurs économiques nonobstant la création des Centres régionaux CRI et l’utilisation du guichet unique pour simplifier les procédures et accélérer le processus décisionnel. 

A ce sujet, le Souverain a appelé à en finir avec les restrictions et les contraintes qui se dressent devant les investisseurs et de s’en tenir à l’esprit des réformes au service de l’investissement générateur d’emplois et de richesses et de combattre les réflexes et comportements contre-productifs. Car, dans la conception royale, l’efficacité administrative est un critère à l’aune duquel se mesure le progrès des nations, le Maroc ne sera en mesure de rejoindre le peloton de tête dans les classements mondiaux que s’il remplit les critères de l’efficience administrative, véritable locomotive de développement et de promotion de l’investissement. 

En outre, la séduction et l’attractivité du tissu industriel Marocain réside dans , la formation du capital humain, les politiques de soutien à la demande locale, le développement du savoir-faire et dans l’échafaudage d’un tissu industriel dense et robuste, et in fine, c’est autour de la dynamique économique et sociale intérieure du Maroc que se forge et s’érige l’attractivité de l’investissement et, de facto, hypnotise le capital étranger, fait appel au Business international et au milieu des affaires. Telles sont les affaires qui restent à faire en matière d’affaires.

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