lundi 5 septembre 2016

Le Secteur informel au Maroc : une riposte et réplique au secteur formel


La pesée du secteur informel est unanimement considérée comme une tribulation au développement de l'économie marocaine. On le réprimande de tous les tares et de tous les pervertissements économiques et sociaux : Fraude fiscale, exploitation de la main d'œuvre, corruption, concurrence déloyale. Il s'abreuve 41 % des emplois (hors agriculture, administration et collectivités locales), calcine 14 % du PIB et comporte plus de 1,75 million d’unités informelle selon les chiffres du HCP. 

D’emblée, nous pensons que la réplétion du secteur informel est une riposte rationnelle aux nombreuses pathologies dont pâtit le secteur formel. Autrement dit, ce n'est pas le secteur informel qu'il faut médiciner et stigmatiser, mais bel et bien le secteur formel : Si les pouvoirs publics veulent exhorter et convaincre les agents économiques à agir dans la légalité, il leur faut accomplir un dépoussiérage radical du secteur formel pour le rendre plus sain et plus attractif. En l'état actuel, le secteur formel est vécu par la majorité des agents économiques comme inefficient, contraignant, punitif et confiscatoire. 

A l’appui de notre allégation, un rapport de la Banque mondiale éplucha la situation du secteur privé dans les pays de la région du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord MENA dont le Maroc, intitulé "Des privilèges à la concurrence : renforcer la croissance par le développement du secteur privé dans la région du MENA", le document de la Banque mondiale dressa un check-up critique sur le contexte dans lequel évoluent les entreprises privées marocaines : la fiscalité, le coût des terrains, les pratiques arbitraires et discrétionnaires, les situations de rente, les pratiques de passe-droits et les inégalités de traitement entre investisseurs rendent le secteur privé moins performant comparativement aux pays de la région MENA. L’institution de Bretton woods se montre aporétique et tire la sonnette d’alarme contre la caducité d’un secteur qui est appelé à relever le challenge de contribuer à la création d’emplois nouveaux dont aura besoin la région au cours des prochaines décennies. 

En dépit des réformes mises en œuvre durant les dernières années, "aucun pays de la région, à l’exception de certains pays du Golfe, n’a pour l’instant réussi à déclencher une transformation structurelle de son économie (…) et aucune économie de la région ne semble connaître le dynamisme et le type de transformation économique que des pays comme la Malaisie, la Chine, la Corée du Sud, la Pologne, la Turquie et d’autres économies émergentes ont connu", note les auteurs du document de la Banque mondiale.
En sus, l’accès et le coût du financement figurent également parmi les principales obstructions du secteur privé marocain.
Le rapport de l’institution mondiale indique, de surcroît, que le taux d’insatisfaction élevé dans le domaine du financement au Maroc, comme en Arabie Saoudite et au Liban, est dû essentiellement à l’intensité de la demande sur les crédits bancaires. Les difficultés d’accès au crédit touchent plus singulièrement les petites entreprises perçues par les banques comme étant moins translucides financièrement que les grandes entreprises. 
Aussi, le rapport dénonce que les pratiques de spéculation altérèrent le marché du foncier et plombent sérieusement le climat des affaires. 
Au vu de ces constats, au lieu de stigmatiser les agents qui préfèrent agir dans l'informel, quitte à transgresser les lois, il faudrait fustiger le secteur formel et le refondre en substance. La charge de la preuve doit être inversée : C'est aux responsables du secteur formel de prouver aux agents économiques qu'il est plus rationnel d'agir dans la légalité et la légitimité. 

Une pièce à conviction supplémentaire de l'inadéquation du secteur formel est le nombre ascendant de dérogations accordées aux résidents et investisseurs étrangers ou au MRE pour les encourager à s'établir et à investir dans le pays. 

Au lieu de foisonner les régimes fiscaux dérogatoires et les zones franches, ponctuant la discrimination entre agents économiques selon leur nationalité ou leurs ressources, ne faudrait-il pas changer de paradigme en mettant en place un secteur formel plus réactif, moins contraignant et moins confiscatoire pour tous les agents économiques ? 

Certes, l'introduction du statut de l'auto-entrepreneur au Maroc est une très bonne initiative qu’il faut saluer : C’est une manière de prendre acte du secteur informel et de proposer à ses acteurs un régime formel plus attractif. Pour une fois, l'Etat use de la carotte et non pas du bâton. Cependant, il faudra rester prudent sur les modalités de mise en œuvre du statut. Tout dépend des modalités pratiques et de son opérationnalisation qui ne doivent pas le vider de sa substance, de son esprit et de ses objectifs. 

Le nec plus ultra consiste à donner appétence aux agents à participer à un secteur formel modernisé et habilitant au lieu de les contraindre à se conformer à un secteur dont l'archaïsme et les contraintes sont formels. 

En attendant que la création du surplus économique et les revenus fiscaux soient boostés par la libération des agents économiques, les responsables publics doivent réduire drastiquement les budgets alloués à des services publics improductifs et persuader les partenaires financiers internationaux d'appuyer un nouveau plan stratégique à moyen terme à même de réinvention le secteur formel marocain. 

En guise de conclusion, Montesquieu a écrit '"une chose n'est pas juste parce qu'elle est loi ; mais elle doit être loi parce qu'elle est juste". Tous ceux qui considèrent que le secteur informel est à l'origine des damnations de l'économie marocaine et que le secteur formel, dans sa forme actuelle, est la solution, feraient mieux de contempler cette sentence de Montesquieu.

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