lundi 26 octobre 2015

Quand la pauvreté et la consommation sont primées par l’Académie Royale Suédoise



Lundi 12 octobre 2015, Angus Deaton s’est vu décerner, le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel.Faut-il rappeller que le Prix Nobel en Sciences Economiques a été crée 1968 par la Banque Centrale de la Suède (en mémoire à Alfred Nobel, un chimiste, industriel, fabricant d’armes suédois et inventeur de la dynamite où dans son testament, rédigé en 1895, il laisse sa fortune de 32 millions de Couronnes Suédoises (environ 3,5 millions d’Euro) comme héritage pour créer le prix Nobel.
L’élément chimique nobélium a été nommé ainsi en son honneur.

Les travaux de cet économiste américano-britannique portent sur l’inégalité des revenus et la consommation.Agé de 69 ans, professeur à la prestigieuse université de Princeton, Angus Deaton a été révéré pour son analyse de la consommation, de la pauvreté et du bien-être.
Du côté de la consommation : Angus Deaton a édifié son modèle sur trois piliers principaux :
- Comment les consommateurs répartissent leurs dépenses
- Combien dans une société est consommé et épargné 
- Comment mesurer le bien-être individuel.
Ces interpellations économiques l’ont poussé à une analyse minutieuse de la relation entre le revenu et la quantité de calories consommées, et l’importance de la discrimination entre les sexes au sein de la famille.
Du côté de la pauvreté, dans son livre "The Great Escape: Health, and the Origins of Inequality" Angus Deaton s’interroga sur les pistes économiques d’aider les populations disgraciées à sortir de l’anathème de la pauvreté. Il "moucharde" les limites des programmes internationaux d’aide au développement menés au cours des dernières décennies par les pays occidentaux. Selon l’auteur, de telles initiatives ont souvent de minuscules impacts, voire parfois des effets pervers. La mainmise de gouvernements, souvent corrompus, sur l’argent versé dans le cadre de ces programmes a nui au développement économique local, offusquant la création et le maintien d’infrastructures économiques et sociales de qualité.Une fois ce constat posé, Angus Deaton recommande d’autres pistes prometteuses : Il suggère la mise en œuvre de mesures pour exhorter les entreprises pharmaceutiques à investir dans des médicaments destinés à soigner des maladies comme le paludisme, qui dévastent les populations des pays les plus démunis. En sus, Il conseille de fluidifer quoique temporairement les flux migratoires en provenance de ces pays, en permettant aux jeunes d’obtenir des bourses pour étudier à l’étranger.
Il développa, par ailleurs, des analyses plus pointues du niveau et de l'évolution de la pauvreté dans les pays en voie de développement à partir du suivi de données de consommation au lieu de ne compter que sur des statistiques agrégées de PIB par habitant ne reproduisent pas forcément une image fidèle du bien-être de la population.
Le primé de l’Académie Royale Suédoise a également ajouté que le problème de la pauvreté est encore aujourd'hui une grande tare de le mondialisation. Pour rappel, l'augmentation des inégalités dans le monde est devenue progressivement un réel problème de société : Une étude publiée il y a quelques mois par l'ONG Oxfam affirmait que le patrimoine cumulé des 1% les plus riches dépasserait en 2016 celui des 99% restants. Cette hausse des dénivellations sociales était également au cœur du Capital au XXIe siècle écrit par l'économiste Thomas Piketty. L'ancien prix Nobel, Joseph E. Stiglitz, a également publié il y a quelques semaines, le livre La grande fracture, dans lequel il étudie la montée des sociétés inégalitaires. Le jury a expliqué vouloir gratifier un économiste qui plus que quiconque a amélioré la compréhension des choix individuels de consommation. En reliant ces choix à de nombreux résultats globaux, sa recherche a contribué à métamorphoser les domaines de la microéconomie, de la macroéconomie, et du développement de l'économie.
Faut-il évoquer que Angus Deaton est l'héritier d'une longue tradition britannique d'économistes empiristes comme Richard Stone, lauréat du prix en 1984.
Angus Deaton recevra son prix le 10 décembre 2015, jour de l'anniversaire de la mort d'Alfred Nobel, et percevra la somme de huit millions de couronnes (environ 860.000 euros). Il sera le deuxième économiste à recevoir la récompense pour des travaux sur le développement après la nomination de Theodore Schultz en 1979.

vendredi 23 octobre 2015

Climat des Affaires Internationales 2015 et IDE en Afrique : Quels impacts ? Quels liens ?


L’ouverture, à travers le Commerce International et l’assainissement du climat des affaires semble être aujourd'hui un catalyseur de la croissance économique et de l’attractivité des investissements directs étrangers (IDE) tant dans les pays émergents que dans les pays développés. On peut donc affirmer qu’un consensus se dégage, sous certaines conditions, aussi bien parmi les chercheurs que les décideurs, ainsi que les Organisations internationales (FMI, Banque Mondiale, MIGA, CNUCED, FIAS) sur la pertinence de cette relation.

La CUCED www.unctad.org justement vient de publier, hiere Mercredi dernier 24 juin 2015, son fameux et volumineux rapport vert sur l’investissement dans le monde qui dresse un panorama d’ensemble sur les grandes tendances de l’IDE dans les 4 coins du Globe. Qu’en est-il du Contient Noir en matière de cette symbiose entre le climat des affaires et les IDE ?

Les auteurs du rapport répliquent que pour l’année 2014, ce sont les grandes unités interterritoriales, selon l’expression de Maurice Byé, des pays en développement comme la Chine et l’Inde qui boostent les activités dans le continent Africain. Pour l’ensemble de l’Afrique, les flux des IDE sont dans l’ensemble restés stables, à 54 milliards de dollars.

En sus, les fusions-acquisitions africaines ont augmenté de 32%, passant de 3,8 milliards de dollars en 2013 à 5,1 milliards de dollars en 2014, surtout dans les activités financières et dans les secteurs pétrolier et gazier suite et corollaire d’un grand retrait de grands mastodontes Français, Nord-Américains et British qui se sont dégagés de l’Afrique.
Par ventilation sectorielle, les services représentent la plus grande part des IDE vers l’Afrique et se concentrent dans un nombre relativement restreint de pays, notamment le Maroc, le Nigeria et l’Afrique du Sud.
Les projets dans l’infrastructure, les activités financières et le transport gagnent en importance. C’est le cas aussi dans le réseau en expansion des technologies de l’information et de la communication.

Le Maroc, l’un des rares pays de la zone Africaine à avoir échappé à la crise et du printemps Arabe, est devenu de fait l’un des pays les plus alléchants en matière d’investissements directs étrangers (IDE) : les entrées d’IDE en 2014, ont augmenté de 9% au Maroc pour s’élever à 3,6 milliards de dollars.
D’après les auteurs du rapport de l’investissement dans le Monde de l’année 2015, le Royaume s’est démarqué en tant que pôle de services et se positionne comme un "bridge" vers le continent noir : Les opportunités offertes par Casablanca Finance City www.casablancafinancecity.com ont contribué à attirer les grandes entreprises multinationales telles que BNP Paribas, AIG, Boston Consulting Group, Microsoft et Ford. Les investissements dans les infrastructures, dans les TIC, la stabilité politique, la proximité de l'Europe et surtout l’assainissement du climat des affaires constituent aux yeux des rapporteurs du rapport vert les atouts du Maroc pour attirer les IDE sur le contient Africain.
Aussi, L’engouement du Maroc a été aussi relevé par l’étude «Africa Attractiveness Survey 2015» du cabinet Ernst & Young www.ey.com qui le classe comme troisième destination des investissements directs étrangers en Afrique en 2014.

Faut-il rappeler, selon les investigations économiques antérieures du Ministère du Commerce, de l'Industrie, de l’investissement et l’économie numérique www.mcinet.gov.ma , que 26% de ces IDE ont été captés par l'industrie grâce entre autres, à l’arrivée de Renault à Tanger en 2011 qui a entraîné avec elle depuis, un cortège de sous-traitants. À cela se sont ajoutés des projets dans l'aéronautique (Bombardier), la pharmacie (Sanofi) ou l'aéronautique (Figeac Aero).

Par ailleurs, les IDE en Afrique et grâce à la toute récente implantation de PSA Peugeot Citroën avec qui, le Maroc, a signé un accord pour l’implantation d’un Complexe industriel avec un:
- Un investissement industriel de 6 milliards de dirhams au Maroc,
- Une production de véhicules à partir de 2019,
- Une capacité de 200 000 véhicules et 200 000 moteurs à terme,
- Un taux d’intégration de 60% au démarrage et de 80% à terme.
Certes, l’assainissement du climat des affaires internationales a eu un impact sur l’attractivité des IDE en Afrique et en particulier pour le Maroc nonobstant que les flux des entrées d’IDE en Afrique ont diminué de 15% à 11,5 milliards de dollars en raison des tumultes et conflits qui sapent plusieurs pays.
Le débat reste ouvert quant à l’identification des canaux de transmission à travers lesquels l’ouverture affecte la croissance économique et stimule la captation des capitaux étrangers.
Des études récentes ont montré que le capital humain est une condition nécessaire, mais non suffisante pour qu’un pays puisse profiter des effets bénéfiques du commerce et de l’attractivité des investissements extérieurs.
Le capital humain apparaît comme un complément du commerce et des IDE. Ces derniers sont susceptibles d’influencer positivement les ressources humaines en encourageant une éducation de qualité. Dans certains cas, les étudiants choisissent des filières scientifiques ou de management pour anticiper la demande des firmes multinationales (FMN) en main-d’œuvre qualifiée, car, in fine encore faut-il que le pays hôte arrive à « absorber » la technologie importée par les investisseurs étrangers : Une dimension importante de la diffusion de l’innovation concerne la « capacité d’absorption des firmes ». C’est l’aptitude des firmes à apprendre à utiliser les technologies développées ailleurs ou à convertir ces technologies en des savoir-faire. La capacité d’absorption des firmes dépend du niveau de connaissances ainsi que du processus d’apprentissage. Tout compte fait, "Il n’est de richesse que d’hommes" pour exhumer le célèbre aphorisme de l’économiste Jean Boudin !!

mercredi 21 octobre 2015

Le futur du secteur informel au Maroc entre gangrène et aubaine





La boule de cristal de Lahlimi, en l’occurrence, le Haut commissariat au plan (HCP) n’a-t-elle pas prophétisée qu’en 2050 le Maroc comptera plus de 24,1 millions de jeunes en âge de travailler, contre 21 millions actuellement.

Ces projections "antimathusiennes" remettent sur le marbre de l’actualité et de l’analyse la quadrature du cercle de l’emploi en devenant la "psychose" des Etats partout dans le monde. Cette "paranoïa" découle de moult déprédations que tend à sécréter le chômage parmi les jeunes, une paresse qui rend leur employabilité de plus en plus épineuse et leur insertion de plus en plus problématique.

La singularité de cette réalité du marché marocain du travail est qu’à l‘heure actuelle le chômage s’inscrit dans cette quadrature du cercle de la réalisation concomitante de la croissance/plein-emploi. Cette réalité morose et déprimée est d’ailleurs admise partout dans les pays du Sud comme dans les pays du Nord pour des raisons somme toutes différentes.


Au Nord, en dépit du développement sensationnel du progrès technologique, un progrès qui distille à plus ou moins long terme sur une substituabilité du facteur capital au facteur Travail sans commune mesure avec les compensations qu’il secrète en terme d’emploi dans les nouveaux créneaux, plus particulièrement les niches des services.

Au Sud, du fait que le trend de la croissance de la population active demeure inférieure à la cadence de la création de l’emploi par l’ensemble des secteurs et plus singulièrement le secteur secondaire et ce, en raison de ses faibles capacités d’absorption en main d’œuvre, rendues inéluctables par le rythme lent du développement industriel.

Selon les différentes approches, l'informel peut être interprété comme un renouveau de l'économie de marché ou au contraire comme une réponse "institutionnaliste" à la crise de l'économie de marché. La multidimentionnalité du phénomène appréhendé jusqu'ici de façon toujours monodisciplinaire et souvent comptable, explique sans nul doute une telle ambivalence.
Au Maroc, sur une moyenne de demande d’emplois évalués approximativement à plus de 700.000, auquel il faut ajouter l’hémorragie de 500.000 personnes qui quittent annuellement le monde rural à l’escapade de l’épée de Damoclès de l’oisiveté et à la quête d’un avenir meilleur et décent en milieu urbain.

De telles réalités ont pour corollaire le pullulement et le foisonnement de ce qu’il est convenu d’appeler communément emploi informel, souterrain, invisible, parallèle et qui absorbe près de 60 % de la population active non agricole.

Parmi les définitions de cette forme d’emploi, celle de M. Hughes nous paraît être des plus englobantes et des plus pertinentes. M. Hughes dans " Emploi typique et représentation du travail , 1981) définit l’emploi informel par référence et par opposition à l’emploi typique qui se discerne par les faits suivants : C’est un emploi salarié régi par un lien salarial ferme (garantie de l’emploi et protection sociale), Il est stable par un lien et permet éventuellement une carrière : Il est à temps plein, il procure l’essentiel du revenu familial, il relève d’un seul employeur, il s’exerce sur un lieu de travail spécifique et est individuellement affecté.

L’emploi informel serait donc le contre-pied de l’emploi typique tel qu’il évolue dans les sociétés où l’ensemble des composantes de leurs systèmes économiques est homogénéisé sous le rapport salarial.

Sous cette forme d’emploi, le Maroc comme l’ensemble du pays du Sud semblent fonder en partie leur espoir aussi bien pour la création de nouveaux emplois que par un apprentissage industriel.

Cette hypothèse est mise en évidence par les indicateurs de l’emploi au Maroc qui montent que l’emploi informel rentre pour un ratio élevé (près de 42,5%) dans la population active occupée non agricole selon les données du Haut Commissariat au Plan HCP.

Notre apostrophe économique a pour dessein de s’interroger sur le devenir de l’emploi informel à la lumière des exigences du marché et des contraintes de l’Etat.

Ce propos gravitera dans l’orbite de trois axes :

- L’un ayant trait au mode de traitement du secteur informel ;

- Un autre concernant la faisabilité des politiques économiques à destination de ce secteur ;

- Et un dernier portant sur le statut particulier de l’emploi dans les stratégies de développement à venir ;

Primo, L’emploi informel est-il une forme d’entreprenariat ?

Le mode de traitement du secteur invisible reste encore dominé par l’idée selon laquelle ce créneau constitue une forme d’entreprenariat.

Sur ce registre, il y a lieu de remarquer de prime abord que l’importance que tend à prendre le secteur souterrain un peu partout dans le monde est certes une réalité qui n’est pas nouvelle et que son analyse fait de l’économie une réalité ancienne, à savoir que l’informel est avant tout le pendant de la société marchande. En corollaire, sa genèse et sa germination ne sont pas indépendants de la logique de production et d’échange qui y dominent.

C’est justement par ce que cette logique est celle du développement différencié entre les secteurs et entre les agents que l’informel trouve sa raison d’être.

An Nord comme au Sud, il est donc foncièrement une forme d’expression du développement inégal selon la terminologie de S Amin de la société marchande. Certes, la lutte sans trêve des hommes, des femmes et des enfants qui animent la vie de ce secteur constitue la seule réplique possible à ce développement, mais si cette réponse permet de contenir dans des limites supportables leur exclusion du circuit économique, elle n’empêche pas pour autant la précarité de leur rapport au travail. La Fragilisation de leur statut social et leur marginalisation croissant. Doit-on pour autant assimiler cette rationalité à une forme d’entreprenariat ???

D’emblée, nous ne pensons pas que l’emploi informel soit une forme d’entreprenariat car celle-ci se définit par référence à des structures économiques, politiques et sociales et des comportements culturels précis :
▪ Economiquement, l’entreprenariat renvoie à l’existence d’un environnement matériel indispensable pour entreprendre (moyens de transport, circuits de commercialisation) et à l’existence d’un véritable marché régulé par le principe de la concurrence et animés par des opérateurs supposés égaux à l’échange et supposés agir librement pour tout acte de vente et/ou d’achat;

▪ Politiquement, il s’inscrit dans le cadre des modalités institutionnelles de gestion des intérêts de l’entreprise, qu’animent des groupements de producteurs dans la perspective d’infléchir la politique générale de la nation en conformité avec ces intérêts ;

▪ Socialement, il renvoie à un statut privilégié de l’entreprise qui découle d’un partage de la valeur ajoutée à son profit, avec comme corollaire une répartition favorable du produit social et un standard de vie compatible avec cet état de la répartition ;


▪ Culturellement, l’entreprenariat s’intègre dans le cadre de pratiques sociales quotidiennes mues par le risque de l’innovation, la recherche du profit comme finalité et l’accumulation comme mobile principal. Or, tel n’est pas le cas pour l’homme de l’informel dans le souci principal est surtout la reproduction simple à l’image du salarié, même si l’espoir d’un avenir meilleur l’anime au quotidien. Mais entre le désir et la réalité, il y a un hiatus abyssal, combien difficile à franchir ;

▪ Idéologiquement, l’entreprenariat évolue dans un système social où les individus et les groupes sont animés par la croyance au capitalisme comme modèle de société le plus approprié pour le genre Humain, par l’affirmation du besoin individuel ( de consommation et de production) comme l’idéal principal de l’homme et par la conviction en l’existence d’un ordre naturel légitimant, à priori, l’état dominant de l’allocation des facteurs de production et de la répartition des richesses dans la société.
Secundo, Quelle est la faisabilité des politiques économiques en direction de l’informel ?
La régulation du fonctionnement du secteur informel est certainement l’un des problèmes fondamentaux auquel piétineront les économies du Sud, dont le Maroc, en raison des contraintes que pose sa faisabilité. Au-delà de la contrainte politique (puisque les gouvernements du Sud sont parfaitement conscients que des réformes apportées au fonctionnement du secteur informel risquent de rompre les équilibres économiques, politiques et sociaux actuels sans garantir pour autant de nouveaux équilibres demain) une comparaison entre l’état de ce qu’il est convenu d’appeler emploi informel au Sud et l’emploi atypique au Nord permet d’éclairer sur des aspects essentiels de cette faisabilité.

En effet, le secteur informel au Sud est avant tout une stratégie de survie pour une frange importante de la collectivité dont l’essentiel des besoins minimums n’est pas couvert. Dès lors, nous nous trouvons devant la situation qui correspond à la réplique de la collectivité à une tendance croissante à sa marginalisation dans un environnement de précarité totale.

Or l’emploi informel atypique au Nord constitue une réponse à la société civile aux mutations qu’elle connaît dans le cadre d’un projet de société rassemblant l’ensemble de ses composantes autour de lui.

Considéré comme vecteur essentiel du fonctionnement du marché de l’emploi, le secteur informel impulse une dynamique amenant le monde de la décision au Maroc à mettre en place des politiques appropriées dans sa direction qui devrait, à notre sens, prendre au moins 2 orientations (offre et demande) :

▪ Concernant l’offre, il s’agit de mettre en place un système de crédit en direction du secteur informel qui définirait les modalités d’accès aux acteurs du secteur, étudierait la question des garanties et agirait dans le sens de la simplification des procédures d’octroi des crédits.
Il s’agirait, en sus, de responsabiliser les acteurs du secteur en stimulant leur auto organisation via la formation, l’offre d’appuis techniques, leur organisation en associations ou en coopératives ;

▪ Concernant la demande, il conviendrait essentiellement de permettre au secteur informel un meilleur accès aux marchés publics et privés et de le mettre au service de la promotion des exportations. Ce que suppose, en prélude, la réalisation pour son compte d’études de marché et la mise en place de moyens institutionnels et réglementaires adéquats à cette fin. Il est suggéré, en outre, de raffermir les expériences en cours tout en les rendant opérationnelles et de définir les rôles respectifs de l’Etat, des ONG et des autres opérateurs.

L’édification de ce projet s’opère dans un environnement où l’ensemble de la collectivité bénéficie d’un minimum de ressources permettant la couverture de ses besoins socialement reconnus comme fondamentaux. Ainsi, à la rationalité de tout un système s’oppose une rationalité individuelle, impulsée par les contraintes de la survie.
De ce fait, ce n’est pas seulement une politique d’offre et/ ou demande en direction du secteur informel qu’il convient de mettre en place mais bel et bien une politique volontariste de couverture des besoins essentiels de l’homme, de redistribution des richesses et de développement local afin de transformer nos villes et nos villages en espaces de création de véritables gisements d’emplois afin de canaliser les énergies créatrices que recèle ce secteur.

Or, la démographie du Maroc aidant, cela suggère de poser en termes nouveaux non seulement la question de la régularisation de l’informel mais bel et bien celle du statut particulier de l’emploi dans les stratégies de développement à venir.

Tertio, Quel statut pour l’emploi de demain ?

L’un des enseignements majeurs que l’on peut tirer de l’analyse du secteur informel est la difficulté, voire l’impossibilité au Maroc comme un peu partout dans le monde de la réalisation du carré magique de la croissance et du plein-emploi, ce qui incite à poser en termes nouveaux la problématique du développement elle-même.
En effet, nous pensons que le défi qui est lancé à l’heure actuelle au Maroc n’est pas tant de trouver un travail pour tous, mais plutôt de réunir les conditions permettant d’aiguillonner et revitaliser son système productif afin de produire un surplus appelé à être partagé entre ceux qui sont occupés et ceux qui ne le sont pas, et cela à travers des mécanismes redistributifs et des réseaux de solidarités mis en place à l’échelle nationale, régionale et locale. Au-delà de la loi du grand nombre, le Maroc pourra-t-il relever ce défi ?





lundi 19 octobre 2015

Le Maroc entre capacité de changement économique et opportunités d’investissement



Mardi 16 Juin 2015, le prestigieux réseau mondial de prestations de services d'audit et de conseil KPMG www.kpmg.com et Oxford Economics group www.oxfordeconomics.com ont publié le fameux rapport Change Readiness Index 2015 qui suppute la capacité des gouvernements, des entreprises et des sociétés civiles à gérer le changement économique et tirer parti des opportunités d'investissement.

Ce calibrage du Change Readiness Index porte sur 127 pays et s’étaie sur trois pylônes :

- Le premier concerne, entre autres, l'environnement des affaires, le marché du travail et les infrastructures,

- le second porte notamment sur la réglementation, la sécurité financière et la gestion du changement.

- Le troisième pilier évalue principalement la croissance inclusive, l’éducation, la santé, l’accès à la technologie et le capital humain.
Selon ce document réalisé conjointement pas le Big Four KPMG et Oxford Economics group, le Maroc tire bien son épingle du jeu. En effet, le Royaume du Maroc se positionne à la 56ème place sur l’échiquier mondial, 6ème dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA), 3ème sur le continent noir et premier sur le Pelton du Maghreb avec un score de 0,532.
Le Maroc est respectivement classé 44ème, 56ème et 78ème sur ces trois piliers : S’agissant du premier, il se démarque surtout en matière de diversification et d’ouverture économique (34ème et 33ème), du climat de l’investissement et des affaires internationales (36ème) et d’infrastructures (30ème). Cependant, le Maroc accuse de mauvais points sur le plan de fiscalité et de budget (94ème).

Sur le volet de l’environnement et de changement climatique, le Maroc affiche une place peu reluisante, soit 87ème position ce qui interpelle notre politique d’environnement et en singulier le département de Hakima El HAITE, Ministre déléguée auprès du Ministre de l’Energie, des Mines, de l’Eau et de l’Environnement chargée de l’Environnement

Sur le deuxième pilier, le royaume est le 24ème en matière de cadre macroéconomique, 27ème en termes de sécurité, et 38ème pour ce qui est des droits fonciers. Quant au troisième pilier, il réalise son meilleur score sur l’accès à l’information (43ème), mais accuse de timides scores sur le volet de la démographie (104ème), du genre (124ème) et de l’utilisation de la technologie (89ème) ce qui apostrophe notre politique d’innovation technologique.

Si le royaume reste devancé par les Emirats Arabes Unis (5éme), le Qatar (7éme), Israël 21éme, l'Arabie Saoudite 22émé et la Jordanie 37éme dans la région MENA, il arrive en 3ème position en Afrique derrière le Cap-Vert (51ème) et la Namibie (53ème), le Botswana qui est 58ème et l'Afrique du Sud, 61ème. Le pays de la révolution du Jasmin atterrit à la deuxième place au Maghreb et arrive en 64ème position mondiale, devant le Kenya (65ème), le Rwanda (69ème), la Zambie, (73ème) et l’Ouganda (74ème). Quant à l’Egypte et l’Algérie, elles arrivent respectivement à la 83ème et 85ème, réalisant la meilleure progression en 2015.

Selon la cartographie mondiale, le Singapour arrive en tête avec un score de 0,838, suivi par la Suisse (0,818), Hong Kong (0,804), Norvège (0,794) et les Emirats Arabes Unis (0,787). La Nouvelle-Zélande (0,771), le Qatar (0,771), le Danemark (0,769), la Suède et la Finlande (0,768) ferment le top 10.

Selon le Change Readiness Index, l'inégalité économique a été considérée comme l’épée de Damoclès pour de nombreux pays, les laissant vulnérables aux chocs financiers : L'indice souligne que la Namibie, Haïti et le Guatemala avaient réalisé la croissance économique la moins inclusive.

dimanche 18 octobre 2015

L’Afrique : Une gouvernance à fleur de peau



Lundi dernier 5 Octobre 2015, la fondation Mo Ibrahim www.moibrahimfoundation.org en collaboration avec la Fondation Kennedy et la prestigieuse Université de Harvard, a rendu public son fameux rapport sur la gouvernance en Afrique.

Faut-il rappeler que Mo Ibrahim est une fondation crée en 2006, basé à Londres qui a pour mission de promouvoir la bonne gouvernance sur le continent africain qui établit un classement chaque année pour évaluer les avancées ou les reculs en matière de leadership et de bonne gouvernance dans chacun des 54 pays africains.

L'indice Mo Ibrahim de la gouvernance en Afrique (IIAG) est basé sur 93 indicateurs classés en quatre sous-catégories: sécurité et Etat de droit, participation et droits de l'Homme, développement économique durable et développement humain.

Selon l’indice l'IIAG 2015, les conditions de la gouvernance se sont détériorées dans 21 pays ces quatre dernières années entre 2011 à 2014.

L’indice 2015 souligne que seulement six pays ont enregistré des progrès dans chacune de ses quatre catégories. Il s’agit, selon ses calculs, du Sénégal, du Maroc, de la Côte d’Ivoire, du Zimbabwe et de la Somalie. Pour autant ces pays sont respectivement classés au 9 éme, 16éme, 35 éme, 44 éme et 54 éme rangs. Qu’en est-il du Maroc ?

En pondérant les quatre sous-catégories Le Maroc a régressé de 2 points pour se positionner dans la 16éme place sur un panel de 53 pays africains. Dans ce cadre, le Maroc s’est placé dans la 12 éme position concernant le développement humain et la 18éme place concernant la sécurité et l’état du droit.

Toutefois, le Maroc s’est classé dans les derniers rangs concernant les droits de l’homme 42 éme place. L’autre enseignement de l’indice 2015 de la gouvernance en Afrique, est l’écart croissant entre les différentes régions. L’Afrique australe est présentée comme la zone la plus performante en matière de gouvernance avec un score de 58,9 suivie par l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique du Nord et l’Afrique de l’Est. Cette différence s’explique par les nombreux bouleversements intervenus dans cette région. L’instabilité que connaît la Républicaine centrafricaine, de même que les risques qui pèsent dans les autres pays de la région, empêchent d’avoir des institutions fortes et une soutenabilité économique.

Le mauvais pilotage financier et électoral constitue une entrave rédhibitoire au développement de la gouvernance au continent africain : La corruption sur le continent noir, fait tort à l’objectivité, porte préjudice à la justice et à l’égalité des chances, dépare l’équité et à la non discrimination, principe qui sous tendent les droits humains. Aussi et sur le plan économique, la corruption secrète sur le continent des altérations dans le secteur public en évinçant l’investissement public des secteurs prioritaires pour le régenter vers des projets d’investissement où les pots de vin et les dessous de table sont plus nombreux.

Dans la gouvernance des entreprises africaines, la corruption préjudicie le développement économique en dopant le coût des transactions commerciales à cause des étrennes, des frais de négociation avec les agents publics. Ainsi, selon des estimations économiques, les ressources gaspillées par des actes de corruption et les ressources qui font l’objet de rétention ou sont détournées atteignent 25 % du PIB total du continent Africain.

Selon l’Union africaine, la corruption coûte au continent près de 150 milliards de dollars par an, la Banque africaine de développement BAD à titre illustratif souligne que cette tribulation conduit à la perte d’environ 50 % des recettes fiscales, chiffre supérieur à la dette extérieure totale de certains pays africains. Ces dissymétries actuelle atrophient le bon pilotage, donnent à la gouvernance en Afrique une faible légitimité et sécrètent l’anathème de l’exclusion et le blasphème de la pauvreté.
Certes, la pauvreté a reculé de manière globale en Afrique, mais le nombre de personnes vivant avec 1 à 2 USD par jour reste très élevé : A titre illustratif, en 2012, 386 millions d’africains vivaient avec moins de 1.25 USD par jour et à l’heure actuelle, c’est 21% de la population africaine qui continue de pâtir de la famine et 223 millions de personnes qui sont en situation de sous-alimentation élevée de façon perdurable, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Aujourd’hui encore, la pauvreté affecte une large partie du continent, y compris les pays exportateurs de matières premières, les plus riches en terme de PIB, tels que le Nigéria, premier producteur de pétrole d’Afrique, mais où la misère sape 70% de la population. En Angola, c’est près de 70% de la population qui vit avec moins d’1 USD par jour. De ce fait, l’insécurité alimentaire demeure une épée de Damolcès qui menace et plombe le développement en Afrique.

Il est temps que l’Afrique revoit moult modes de fonctionnement et entreprendre certains ajustements, changements et refontes pour asseoir une réelle gouvernance à même d’auiguiller le contient Noir vers la voie royale du développement économique et social et de l’éradication de la pauvreté et la précarité. Kofi Annan n’at il pas dit que "La bonne gouvernance est le chemin le plus sûr pour en finir avec la pauvreté et soutenir le développement "

In fine, tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir, tout est possible, l’art de la gouvernance, ce n’est pas de faire ce qui est possible, mais de rendre possible ce qui est nécessaire pour accoucher une gouvernance efficace, légitime et démocratique.

vendredi 9 octobre 2015

Une économie internationale plus juste, plus égalitaire et plus humaine est-elle possible ?



Dans son roman de 530 pages » la 3éme guerre » politiquement et économiquement documenté sur les nuisances et les dégâts du néolibéralisme et sur l’histoire des mouvements sociaux et les altermondialistes, paru aux Éditions Hélène Jacob en Septembre 2014, Stéphanie Aten, romancière et scénariste française , met en scène, dans cette dystopie, deux principaux goulags qui se vouent une lutte sans pitié : d’une part les despotismes néolibérales, incarnant les Firmes Multinationales FMN et les prépotences financières employant une armée de mercenaires, d’autre part les fougues et les exaltations altermondialistes armées par leurs réseaux numériques et de leur détermination à faire remanier le monde. C’est un bras de fer et un rapport de force crucial pour le monde et son « lamarckisme » : Les Elites contre leurs populations.
Le titre a été minutieusement choisi par l’auteure pour trois raisons :

– Primo, parce que certes, nous sommes bel et bien en guerre : chaque année, le capitalisme outrancier immole plus d’individus que la seconde guerre mondiale en six ans, et engendre des dégâts environnementaux dorénavant funestes où nous sommes aux prises avec une mentalité, une version de civilisation et une dialectique qui fait opposer la vie à la mort, la construction à la destruction, la pérennité à la dégénérescence.

– Secundo, l’auteure a évité d’utiliser l’épithète « mondiale » qui, selon elle, est galvaudée et superflu et parce que cela risquait de donner au livre une connotation qui n’était pas la sienne : guerre nucléaire, faits d’armes, jugement dernier…..etc.

– Tertio, le combat livré est bien celui de l’organisation citoyenne baptisée « 3 », chiffre dont le figuratif est très fort dans quasiment toutes les religions et les cultures. Il met tout le monde d’accord et n’aspire qu’à deux choses : L’union et l’équilibre.

Ce roman cible les personnes déjà mobilisées et informées (altermondialistes, associatifs, militants …) et touche aussi le grand public en dépit de son empreinte très politique :

– Les premiers maîtrisent déjà une grande partie des informations qui s’y trouvent, en revanche, ils ont besoin d’être nourris et exhortés, car cette tauromachie est extrêmement énergivore, et peut, à certains égards, paraître désespérante. Ce récit balise des pistes de solutions et suggère une ramification globale des forces en présence. Il apporte sa petite pierre à l’édifice altermondialiste pour le raffermir toujours davantage.

– Quant au grand public, lymphatique pour le moment, il est visé lui aussi : vulgariser l’information, l’intégrer à une fiction, permet d’entraîner le lecteur dans une réflexion personnelle indolore et non rébarbative.

Plus apostrophes nous taraudent l’esprit après avoir lu ce roman : Est-ce le revirement de l’agent secret, mercenaire de l’armée privée internationale, le PAREM ? Est-ce la prouesse des altermondialistes sur les serpentaires de la finance internationale et du capitalisme ? Est-ce la mission jouée par Internet dans cette conquête ?

Le plus effarant, nous semble t-il, est dans la mise en scène de ces altermondialistes qui révèlent collectivement et durablement leur capacité d’altruisme, d’empathie, de solidarité, de compassion, de clémence ; et pour lesquels ces qualités sont la condition sine qua non pour combattre efficacement les siphonneux et métamorphoser le monde. Les personnages d’exception qui dirigent le mouvement altermondialiste, portent l’humanisme à son apoastre, abandonnant leurs penchants matériels, pour devenir d’authentiques humains.

Du Bangladesh au Brésil, de Genève à Jérusalem, la romancière Stéphanie Aten, nous livre une fiction qui parle de notre présent et de nous en tant qu’être humain. Rédigé avec l’appui d’un ex-agent gouvernemental, fortement documenté, « La 3ème guerre » vacille entre roman d’espionnage et drame historique, et porte le souffle épique de notre Présent où l’auteure utilisa la fiction pour générer des émotions, qui entraînent elles-mêmes une réflexion.

A mi-chemin entre la fiction et l’enquête, le roman vise à faire prendre conscience aux lecteurs qu’un autre monde plus juste, plus égalitaire et plus humain, plus philanthrope est possible, où les valeurs humanistes, sociales et écologiques trônent sur le capitalisme dominant.

La force de l’auteure réside dans le fait d’avoir montré comment peuvent s’articuler les choix de vie personnels et les engagements politiques, en postulant que la synergie des deux vecteurs est une condition d’efficacité. En substance, l’auteure met en exergue le caractère exceptionnel d’une telle cohérence, et dessine ainsi une critique discrète mais éloquente, de l’anémie des mouvements sociaux, trop souvent minés par les combats d’égo ou les conflits de pouvoir personnel.

« La 3éme guerre » n’est que le premier volet d’une trilogie. Chacun des trois récits sera porté par des héros différents, qui n’auront pas de connexité entre eux mais avec un dénominateur commun : le changement, La révolution, la remise en question de l’ordre établi.

jeudi 8 octobre 2015

Au nom du Prolétariat, le Socialisme est-il de retour ?


Dans son nouveau livre de Bernard Friot, « Émanciper le travail », entretiens avec Patrick Zech animateur de Réseau Salariat à Liège, paru aux éditions « la Dispute », l’économiste et sociologue français Bernard Friot explique comment, selon lui, on peut sortir du capitalisme sans boussole et de l’intimidation à l’emploi grâce au concept de salaire viager. Etayé, entre autres, sur la socialisation du salaire, sur l’appartenance des entreprises aux salariés, sur le périclitement des prêts bancaires et du profit, ainsi que sur la mise en place d’un salaire maximum, ce nouveau système prétend mettre une refonte totale du système économique afin de permettre à tous les citoyens d’avoir un salaire et un standard de vie décent, mettant fin au chantage à l’emploi et à l’insécurité sociale qu’il engendre.

Regroupant des entrevues réalisées avec Patrick Zech, le nouveau livre de Bernard Friot, explique de manière rigoureuse son projet novateur de salaire à vie. L’ambition de l’auteur étant de déconditionner l’accès au salaire à l’obligation de travailler. Aussi, le bouquin apporte de subtiles métamorphoses dans le système économique et bancaire. Le projet du sociologue Bernard Friot envisage de substituer le travail au-dessus du capital et de considérer tout travailleur, qu’il ait un emploi ou non, comme producteur de richesses. Tout citoyen âgé de plus de 18 ans atteindrait donc la « majorité économique » et se verrait attribuer à ce titre un salaire à vie, qui pourra être revu uniquement à la hausse grâce à un système de qualifications.

Ce projet iconoclaste est assorti de prédicats concrets nécessaires à sa mise en œuvre au travers d’une mise en place d’un barème de salaire, d’une copropriété d’usage de tous les outils de travail par les salariés, d’un remplacement du crédit bancaire par une cotisation investissement et de l’inhumation du profit et des dividendes.

En substance, toute la valeur ajoutée produite par une entreprise servirait à financer les salaires, la recherche, l’investissement et la sécurité sociale, sans laisser de place au profit pur, source de beaucoup de tares économiques et sociales d’après l’auteur à l’instar des licenciements boursiers, baisse de la R&D, dividendes, paradis fiscaux, spéculation, esclavage moderne…). Un système économique qui s’apparente à celui déjà existant des coopératives, qui réinvestissent statutairement leurs bénéfices plutôt que les placer dans des comptes off-shore.

Pour ce faire, l’auteur du salaire à vie montre que ce nouveau système serait bâti sur deux pylônes : la cotisation et la qualification qui, cette dernière, propre à chaque salarié, permettrait de définir le niveau de salaire, avec comme premier échelon le travailleur « non actif » et mettre un terme à tous les problèmes qu’il pose : précarité, insécurité sociale, pressions psychologiques, chantage à l’emploi, peur du licenciement, etc.
En sus, il faut mettre en lumière, selon l’auteur, que ce fonctionnement n’est pas à amalgamer avec d’autres systèmes essayés de manière dictatoriale au siècle dernier, dans lesquels les salaires étaient identiques, la propriété privée abolie et les entreprises toutes nationalisées. L’ambition de Bernard Friot est de proposer non que les entreprises appartiennent à l’État, mais qu’elles appartiennent au contraire aux travailleurs qui la composent, chacun étant investi et ayant son mot à dire sur son fonctionnement. L’idée étant que les entreprises puissent se consacrer entièrement à leur activité réelle, à la recherche, au bien commun, indépendamment de la recherche de profit où la majorité de la richesse produite s’évapore dans les paradis fiscaux ou dans les mains des plus riches.

Cependant, cette refonte totale du fonctionnement économique du capitalisme économique amène à poser moult apostrophes: Quid des travailleurs indépendants et des artisans ? Peut-on réellement, en pratique, mettre en place un tel système ou faut-il seulement en « piocher » certaines idées ? Comment faire passer un tel projet dans la loi, à l’heure où le libéralisme est ultra-dominant ? Peut-on mettre en place de tels changements à l’échelle d’un pays dans une économie mondialisée ?

De tes interpellations nous exhortent à avancer, en guise de conclusion, que le projet de Bernard Friot prêche par idéalisme, que le socialisme est bien enterré depuis la chute du mur de Berlin et que seul le capitalisme, au cours de l’histoire et malgré les chocs et les crises qu’il subit, a montré sa capacité à se reproduire dans le temps. L’histoire des faits économiques et sociaux en est la pièce à conviction.



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