mardi 26 février 2019

Quand l’essence se jette sur le feu entre l’Exécutif Marocain et le Conseil de la Concurrence

Oisif et inactif depuis 2013, le Conseil de la Concurrence a fait son come-back en fanfare. En effet, sous les auspices de Driss Guerraoui président du Conseil de la Concurrence et son nouveau staff, l’entité chargée de veiller au fair-play s’est penchée sur le bien-fondé de plafonner les prix où les marges des hydrocarbures va à l’antipode des promesses du Ministre des Affaires Générales et de la Gouvernance Lahcen Daoudi en l’occurrence. 

La mise à l'écart de l'hypothèse du plafonnement n’a fait que jeter l’essence sur le feu et l’Exécutif Saadine ElOthmani via le Ministre chargé du dossier du carburant Lahcen Daoudi n'a pas tardé à stigmatiser le Conseil de la Concurrence. Curieux de la part d'un Ministrable qui, des mois et des mois, justifiait la non-application du plafonnement par l'attente de l'avis du Conseil de la Concurrence quand celui-ci était en mode "Stand by", mais une fois ses structures succédées et renouvelées, celui-ci a émis à l’unanimité de ses membres un verdict à l’antithèse des espérances du Ministre des Affaires Générales et de la Gouvernance qui, selon l’Ex patron du Conseil Economique et Social, ne remplit pas les conditions de l'article 4 de la loi sur la liberté des prix et la concurrence. 

Sur les médias et les réseaux sociaux, le Ministre Lahcen Daoudi lui a reproché une immixtion politique et a promis d'exécuter le plafonnement. Rocambolesque et paradoxal, puisque le Ministre prédisposé de cette prérogative en vertu de la constitution : Pourquoi a-t-il attendu, près d'une chandelle, le verdict du conseil n'engageant en rien le Gouvernement étant donné que le jugement du Conseil est prononcé à titre consultatif et non décisionnel ? Ce faux-fuyant atteste tangiblement qu'il y a un collapsus dans le management de l’établissement de la loi de l’offre et la demande dans le secteur des carburants. 

D'ailleurs, le Patron du Groupement Marocain des Pétroliers, Adil Ziady, nostalgique quant à lui mît son grain de sel, en implorant un regain à la subvention. 

Devant les faits accomplis, le Gouvernement se trouve écartelé entre le marteau de la libéralisation économique et l’enclume de l’oligopolisme, puisque le marché de l’or noir est un marché oligopolistique et de ce facto, il ne peut y avoir "entente" sur les prix dans un secteur qui compte seulement 20 entreprises et que plus de 50% du marché est accaparé par trois entreprises. Sous cet angle et dans la logique de la concurrence et la liberté des prix, le plafonnement serait une clause discriminatoire et impactera surtout les petits distributeurs. 

Aussi, en Décembre 2015 le Gouvernement barbu light sous les commandes de Benkirane s’est "prosterné" avec un "Amen" aux orientations du Fond Monétaire International en mettant la charrue avant les bœufs et ce en accélérant hâtivement la libéralisation du marché des hydrocarbures sans aucune mesure d’accompagnement pour "immuniser" le pouvoir d’achat du consommateur Marocain et les marges des transporteurs. 

A notre sens, l'histoire économique est irréversible ; preuve en est, la manne financière de la compensation estimée à plus de 20 Milliards de Dhs s’est définitivement volatilisée des comptes du Budget Général de l’Etat, et une telle doléance ne ferait qu’entrer le loup dans la bergerie : Revenir en arrière, c’est acculer le Gouvernement dans une véritable contrariété, car il devrait affronter la calcination des prix lorsqu’ils vont s’enflammer sur les marchés mondiaux et remettre en place la subvention de manière forcée. 

Au regard de cette cacophonie économique, nous pensons, qu’aujourd’hui, le véritable pouvoir décisionnel est dans le camp de l’exécutif, et la réunion entre Daoudi et les professionnels du Carburant ne va pas certainement reluire et éclaircir les horizons du secteur ? En attendant, le prix à la pompe repart à la hausse constituant un désenchantement pour les automobilistes et les professionnels du transport et érode ipso facto le pouvoir d'achat du Consommateur. 

En guise d’épilogue, Mr le Ministre: Précipitamment une résolution conciliante, limpide, impartiale et surtout pérenne qui protégera le consommateur, sans occulter les intérêts économiques des distributeurs à travers l’entente et la négociation plutôt que par la discorde, car au vu que le secteur des hydrocarbures a somnolé, il y a un bail, sur les oreillers de la compensation, nous pensons que le secteur a besoin d’un véritable électrochoc pour reprendre les dires du président du Conseil de la Concurrence Driss Guerraoui , et une refonte globale est incontournable pour s’attaquer congrûment aux différentes distorsions structurelles dont pâtit le secteur.

mercredi 13 février 2019

Libéralisme économique au Maroc : Quelle lecture du rapport de l’Heritage Foundation 2019 ?

Adam Smith et David Ricardo sont souvent considérés comme les économistes symboliques du libéralisme économique à travers leurs théories respectives de la main invisible et les avantages comparatifs qui prêchèrent les vertus du marché et s'ensuit tout une vagues d’héritiers de courant ultralibéral, qui pour eux, le libre jeu des mécanismes du marché conduit à une situation d'optimum économique. 

Cette liberté économique est définie comme la levée de toute contrainte de la part du Gouvernement sur la production, la distribution ou la consommation de marchandises et de services. Cette liberté économique est censée favoriser la productivité et la croissance économique, en incitant à l'esprit d'entreprenariat et la création de valeur ajoutée. 

Chaque année, la fondation Américaine "The Heritage Foundation" publie son enquête annuelle "Index of Economic Freedom". Faut-il rappeler que cet indice a été créé en 1995, selon une approche inspirée de la fameuse métaphore " La Main Invisible" du prophète du libéralisme Adam Smith, dans son fameux ouvrage "Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations", à savoir que "l'existence d'institutions élémentaires préservant la liberté des individus à se consacrer à leurs propres intérêts économiques garantit une prospérité plus importante de toute la société dans son ensemble" Elle est mesurée à travers des indicateurs répartis en quatre catégories, qui sont eux-mêmes subdivisées en douze sous-catégories équi-pondérées qui sont : Autorité de la loi, Taille du gouvernement, efficacité réglementaire et l'ouverture des marchés. Plus une économie est estimée être libre (indice composite proche de 100), mieux le pays est classé par les auteurs de l'étude. 
Dans son 25éme rapport, le classement de la fondation Américaine qui vient d’être publié en ce Mois de Février 2019 fait apparaître, que sur un panel de 186 pays, le Maroc, avec un score de 62,9 points, se positionne à la 75 éme place dans l'indice de la liberté économique, soit un rebond de 9 places par rapport à l'édition 2018. Avec un tel score, le Maroc se classe premier en Afrique devant la Mauritanie (119e), la Tunisie (125e), l’Egypte (144e) et l’Algérie (171e) 

Les auteurs du rapport notent que le Maroc a amélioré la politique budgétaire, les droits de propriété, obtenant, en revanche, des scores timides pour l’intégrité du gouvernement, la liberté du travail et la liberté des échanges. Le document souligne également que «les faibles coûts de main-d’œuvre et la proximité avec l’Europe» ont permis au Maroc de créer "une économie diversifiée et axée sur le marché." Sur cette appréciation, nous portons notre réserve sur le fait que la liberté économique ne peut être étayée sur les deux critères cités ci-haut par "The Heritage Foundation" pour au moins deux raisons : 

- Primo, eu égard aux différentes réévaluations du SMIG au Maroc, cet avantage comparatif du bas salaire ne cesse de s'éroder au point que le travailleur marocain est devenu plus coûteux comparativement à d'autres économies comme la Corée du Sud, le Taïwan, la Malaisie ou encore la Turquie, 

- Secundo, la liberté économique ne peut se baser sur la proximité avec le vieux continent. En effet, selon une investigation de la Banque Mondiale portant sur la logistique, cette proximité n'est pas réelle si l'on appréhende par le coût du transport puisqu'un conteneur entre le Havre et Hong Kong est moins onéreux qu'entre Casablanca et Marseille. Aussi, selon la même étude, il faudrait 4 semaines minimum pour convoyer une marchandise du Maroc vers Rotterdam, alors qu'un conteneur de la Chine vers Rotterdam a besoin seulement de 3 semaines. De plus, plus de 20 % de la valeur ajoutée des produits manufacturiers est alourdie dans des frais de logistique. À cet égard, la Chine ne parait-elle pas plus proche de l'Europe que du Maroc ? 
Aussi, le sondage de l'Institut Américain accuse le marché du travail d'une grande raideur et considère qu'un large part de la force de travail est marginalisé à cause d'une régulation inexorable du travail, et recommande de mettre en œuvre des réformes plus conséquentes. 
De surcroît, " Les procédures de création et d'enregistrement d'une entreprise privée ont été simplifiées ces dernières années grâce à la fluidité des Centres Régionaux d'Investissement (CRI). Cependant, en dépit de certaines améliorations, la rigidité du marché du travail continue de plomber la croissance dynamique de l'emploi", détaille la Fondation Américaine. 

De telles réglementations rigides continuent de rendre les coûts de transactions et les coûts d'entrée au marché onéreux aux PME qui, au regard des barrières réglementaires, n'ont pas d'autres choix que de se noyer dans de l’économie informelle. 

Certes, il y a eu des gains modestes en matière de libertés économiques (liberté fiscale, liberté du système financier et du commerce), néanmoins ils ont été balayés par la rétrogression de l'État de droit et la recrudescence de la corruption. En effet, l'organisme américain pointe du doigt le problème du respect de la règle de droit : La fondation de l'Uncle Sam considère "que le pouvoir judiciaire n'est pas indépendant, que les fonctionnaires commettent des pratiques de corruption en toute impunité" et que "la corruption est un problème grave dans l'ensemble du gouvernement et de l'application de la loi". De ce fait, même si le Maroc a adopté une politique de réforme du secteur privé, le progrès reste tributaire de la volonté du gouvernement d'affronter plusieurs défis urgents, en singulier la prépotence du droit. 

En outre, les critères sur les droits de propriété, l'intégrité du gouvernement et l'efficacité judiciaire ne sont donc pas bien notés puisque "le système judiciaire est inefficace et sujet à des retards", note le rapport. Autant dire une contreperformance très inquiétante surtout lorsque l'on se rappelle que plus un pays est impartial politiquement et économiquement, plus il est prospère. Cet excès d'arbitraire ne fait que "boiser" l'économie de rente, la spéculation, le déficit d'investissement, le manque de concurrence, et la corruption. 

À ce titre, dans le discours royal, à l'occasion de l'ouverture de la nouvelle année législative du 14 octobre 2016, le Souverain Marocain Mohammed VI n'a-t-il pas mis les pleins phares sur les nombreux cas de lenteur des procédures judiciaires et de la non-exécution des jugements déjà rendus, notamment dans les affaires qui mettent l'investisseur au regard de l'administration ? 
Il est temps que l'exécutif infuse un nouveau souffle à l'économie marocaine : celui de plus de liberté économique, ce qui passe inéluctablement par la redéfinition de ses missions dans le cadre d'un nouveau modèle de développement stimulant aussi bien l'offre que la demande, par le renforcement de l'état de droit non seulement en concrétisant l'impartialité de la justice, mais aussi en institutionnalisant un parallèle entre le business et le politique et remettre à plat le cadre réglementaire régissant les marchés des facteurs de production et du climat des affaires pour plus d'initiative entrepreneuriale et plus de compétitivité. 

Ce n’est pas en créant le conseil de la concurrence que le fair-play sera installé sur l’arène économique Marocaine car pour reprendre Feu Driss BenAli le marché est un état de culture et non pas un état de nature.

mardi 12 février 2019

Après Davos 2019, la nécessité impérieuse de repenser l’ordre multilatéral et national

Du 22 au 25 janvier écoulé, quelque 3 000 participants venus du monde entier et de toutes les sphères d'influence : Entreprises, gouvernements, société civile, universités, arts et culture, ainsi que les médias, ils se sont réunis dans la ville enneigée de Davos, en Suisse, pour discuter de la manière de construire une meilleure version de la mondialisation. 

Il faut dire que le sommet de Davos s’est déroulé dans un climat de remous et tumultes sociaux dans le monde : Le Mouvement de gilets jaunes et la révolte de la société française en plein Paris, l’Elysée et d’autres villes du pays des lumières. Il s’ensuit, en Amérique latine, une grande vague de protestations violentes contre le Gouvernement du Président vénézuélien Nicolas Maduro. Récemment, il y a cinq jours, en Haïti, des manifestations frénétiques contre le président Jovenel Moïse. Les causes de ces révoltes sont un secret de polichinelle : 

La première d’entre-elles et probablement la plus inquiétante concerne la montée fulgurante des inégalités sociales qui s’abreuvent en grande partie de la haine, les ressentiments, ainsi qu’une corrosion de la confiance dans le système démocratique. 

Les inégalités des revenus ont beaucoup gradué et qui sont en grande partie imputables aux politiques d’obédience Néolibérales qui ont accouché de flagrants clivages sociaux entre les franges sociales démunis qui sont de plus en plus marginalisées et les couches moyennes en panne d’inspiration et les nouvelles couches sociales nanties ayant accumulé d’importants revenus. 

Ces bipartitions sociales ont enclenché ressentiments, aversions et emballements qui pèsent d’un fardeau lourd sur l’authenticité et la légitimité des sociétés démocratiques.
Nous pensons que c’est par l’instance économique, pour paraphraser Marx, qu’il faut relever le défi et rabaisser les tensions sociales. 

Certes, le début de l’année 2018 a connu une embellie de la situation économique du globe où beaucoup d’experts, institutions internationales et agences de rating ont prophétisé un rebond de la croissance. Cependant ces prévisions économiques ont été revues à la baisse au cours des derniers mois de l’année 2019 et la croissance économique a eu les plus grandes difficultés à récidiver et à retrouver sa cadence d’avant la crise des années 2008 et de facto cette faible dynamique économique a été à l’origine de grandes effrois qui se sont matérialisés par de grandes incertitudes dans l’avenir. 
Ces contretemps économiques ont été exacerbés par des mesures de représailles commerciales entre les USA, l’Europe et la Chine, la normalisation des politiques monétaires ainsi que la recrudescence des taux d’intérêt. 
Cette crise économique et sociale a ouvert la voie au développement des forces politiques populistes qui inquiètent de plus en plus les régimes politiques à l’instar des gilets jaunes en France et la rebelle contre les régimes Nicolas Maduro en Venezuela et Jovenel Moïse en Haïti
L’apostrophe qui nous interpelle est de savoir les issues de sortir de ce bout de tunnel et d’accoucher d’un nouvel ordre économique humaniste.

Deux éléments essentiels nous semble essentiels à cet égard : 

- Le premier défi est d’ordre national : Il doit mettre l’accent sur la nécessité de rebâtir les contrats sociaux et les conditions de vie dans les différentes sociétés. Ce projet présuppose de faire de l’équité sociale le noyau dur d’un nouveau contrat politique qui suppose, à son tour, la redéfinition de nouvelles formes de politiques économiques faisant de de l’inclusion économique et du développement durable, leurs grandes priorités stratégiques,

- Le second challenge est d’ordre international : Il concerne la nécessité de reconstruire un nouveau multilatéralisme étayé pour l’essentiel sur de nouvelles formes de coopération internationale entre les différents Etats car , faut-il le rappeler, les crises dont sévit le monde, la montée du populisme et du "self-government" ont été à l’origine de la montée sans précédent des politiques inquisitoriales et unilatérales ( comme l’Amérique d’abord de D. Trump) et des discordes entre les Nations dont certaines se sont soldées par des guerres commerciales à l’instar de celle entre les USA et la Chine. 

Nous pensons qu’il est incontournable de sortir de ces zones d’ombre afin de refaçonner de nouvelles dynamiques internationales de coopération, d’assistance et de solidarité permettant une "remoralisation" de la mondialisation.  La nouvelle année 2019 sera décisive à plus d’un titre. Si les perditions sont importantes, il est encore plus important de sortir des crises en redonnant crédit dans l’avenir, une confiance qui passe par la refondation des contrats sociaux nationaux et par l’édifice de nouvelles formes de coopérations, de solidarités et de réciprocités internationales à même d’accoucher une nouvelle architecture internationale d’un monde meilleur construisant des sociétés plus inclusives et mieux protéger les communautés vulnérables.. 

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