mercredi 13 février 2019

Libéralisme économique au Maroc : Quelle lecture du rapport de l’Heritage Foundation 2019 ?

Adam Smith et David Ricardo sont souvent considérés comme les économistes symboliques du libéralisme économique à travers leurs théories respectives de la main invisible et les avantages comparatifs qui prêchèrent les vertus du marché et s'ensuit tout une vagues d’héritiers de courant ultralibéral, qui pour eux, le libre jeu des mécanismes du marché conduit à une situation d'optimum économique. 

Cette liberté économique est définie comme la levée de toute contrainte de la part du Gouvernement sur la production, la distribution ou la consommation de marchandises et de services. Cette liberté économique est censée favoriser la productivité et la croissance économique, en incitant à l'esprit d'entreprenariat et la création de valeur ajoutée. 

Chaque année, la fondation Américaine "The Heritage Foundation" publie son enquête annuelle "Index of Economic Freedom". Faut-il rappeler que cet indice a été créé en 1995, selon une approche inspirée de la fameuse métaphore " La Main Invisible" du prophète du libéralisme Adam Smith, dans son fameux ouvrage "Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations", à savoir que "l'existence d'institutions élémentaires préservant la liberté des individus à se consacrer à leurs propres intérêts économiques garantit une prospérité plus importante de toute la société dans son ensemble" Elle est mesurée à travers des indicateurs répartis en quatre catégories, qui sont eux-mêmes subdivisées en douze sous-catégories équi-pondérées qui sont : Autorité de la loi, Taille du gouvernement, efficacité réglementaire et l'ouverture des marchés. Plus une économie est estimée être libre (indice composite proche de 100), mieux le pays est classé par les auteurs de l'étude. 
Dans son 25éme rapport, le classement de la fondation Américaine qui vient d’être publié en ce Mois de Février 2019 fait apparaître, que sur un panel de 186 pays, le Maroc, avec un score de 62,9 points, se positionne à la 75 éme place dans l'indice de la liberté économique, soit un rebond de 9 places par rapport à l'édition 2018. Avec un tel score, le Maroc se classe premier en Afrique devant la Mauritanie (119e), la Tunisie (125e), l’Egypte (144e) et l’Algérie (171e) 

Les auteurs du rapport notent que le Maroc a amélioré la politique budgétaire, les droits de propriété, obtenant, en revanche, des scores timides pour l’intégrité du gouvernement, la liberté du travail et la liberté des échanges. Le document souligne également que «les faibles coûts de main-d’œuvre et la proximité avec l’Europe» ont permis au Maroc de créer "une économie diversifiée et axée sur le marché." Sur cette appréciation, nous portons notre réserve sur le fait que la liberté économique ne peut être étayée sur les deux critères cités ci-haut par "The Heritage Foundation" pour au moins deux raisons : 

- Primo, eu égard aux différentes réévaluations du SMIG au Maroc, cet avantage comparatif du bas salaire ne cesse de s'éroder au point que le travailleur marocain est devenu plus coûteux comparativement à d'autres économies comme la Corée du Sud, le Taïwan, la Malaisie ou encore la Turquie, 

- Secundo, la liberté économique ne peut se baser sur la proximité avec le vieux continent. En effet, selon une investigation de la Banque Mondiale portant sur la logistique, cette proximité n'est pas réelle si l'on appréhende par le coût du transport puisqu'un conteneur entre le Havre et Hong Kong est moins onéreux qu'entre Casablanca et Marseille. Aussi, selon la même étude, il faudrait 4 semaines minimum pour convoyer une marchandise du Maroc vers Rotterdam, alors qu'un conteneur de la Chine vers Rotterdam a besoin seulement de 3 semaines. De plus, plus de 20 % de la valeur ajoutée des produits manufacturiers est alourdie dans des frais de logistique. À cet égard, la Chine ne parait-elle pas plus proche de l'Europe que du Maroc ? 
Aussi, le sondage de l'Institut Américain accuse le marché du travail d'une grande raideur et considère qu'un large part de la force de travail est marginalisé à cause d'une régulation inexorable du travail, et recommande de mettre en œuvre des réformes plus conséquentes. 
De surcroît, " Les procédures de création et d'enregistrement d'une entreprise privée ont été simplifiées ces dernières années grâce à la fluidité des Centres Régionaux d'Investissement (CRI). Cependant, en dépit de certaines améliorations, la rigidité du marché du travail continue de plomber la croissance dynamique de l'emploi", détaille la Fondation Américaine. 

De telles réglementations rigides continuent de rendre les coûts de transactions et les coûts d'entrée au marché onéreux aux PME qui, au regard des barrières réglementaires, n'ont pas d'autres choix que de se noyer dans de l’économie informelle. 

Certes, il y a eu des gains modestes en matière de libertés économiques (liberté fiscale, liberté du système financier et du commerce), néanmoins ils ont été balayés par la rétrogression de l'État de droit et la recrudescence de la corruption. En effet, l'organisme américain pointe du doigt le problème du respect de la règle de droit : La fondation de l'Uncle Sam considère "que le pouvoir judiciaire n'est pas indépendant, que les fonctionnaires commettent des pratiques de corruption en toute impunité" et que "la corruption est un problème grave dans l'ensemble du gouvernement et de l'application de la loi". De ce fait, même si le Maroc a adopté une politique de réforme du secteur privé, le progrès reste tributaire de la volonté du gouvernement d'affronter plusieurs défis urgents, en singulier la prépotence du droit. 

En outre, les critères sur les droits de propriété, l'intégrité du gouvernement et l'efficacité judiciaire ne sont donc pas bien notés puisque "le système judiciaire est inefficace et sujet à des retards", note le rapport. Autant dire une contreperformance très inquiétante surtout lorsque l'on se rappelle que plus un pays est impartial politiquement et économiquement, plus il est prospère. Cet excès d'arbitraire ne fait que "boiser" l'économie de rente, la spéculation, le déficit d'investissement, le manque de concurrence, et la corruption. 

À ce titre, dans le discours royal, à l'occasion de l'ouverture de la nouvelle année législative du 14 octobre 2016, le Souverain Marocain Mohammed VI n'a-t-il pas mis les pleins phares sur les nombreux cas de lenteur des procédures judiciaires et de la non-exécution des jugements déjà rendus, notamment dans les affaires qui mettent l'investisseur au regard de l'administration ? 
Il est temps que l'exécutif infuse un nouveau souffle à l'économie marocaine : celui de plus de liberté économique, ce qui passe inéluctablement par la redéfinition de ses missions dans le cadre d'un nouveau modèle de développement stimulant aussi bien l'offre que la demande, par le renforcement de l'état de droit non seulement en concrétisant l'impartialité de la justice, mais aussi en institutionnalisant un parallèle entre le business et le politique et remettre à plat le cadre réglementaire régissant les marchés des facteurs de production et du climat des affaires pour plus d'initiative entrepreneuriale et plus de compétitivité. 

Ce n’est pas en créant le conseil de la concurrence que le fair-play sera installé sur l’arène économique Marocaine car pour reprendre Feu Driss BenAli le marché est un état de culture et non pas un état de nature.

mardi 12 février 2019

Après Davos 2019, la nécessité impérieuse de repenser l’ordre multilatéral et national

Du 22 au 25 janvier écoulé, quelque 3 000 participants venus du monde entier et de toutes les sphères d'influence : Entreprises, gouvernements, société civile, universités, arts et culture, ainsi que les médias, ils se sont réunis dans la ville enneigée de Davos, en Suisse, pour discuter de la manière de construire une meilleure version de la mondialisation. 

Il faut dire que le sommet de Davos s’est déroulé dans un climat de remous et tumultes sociaux dans le monde : Le Mouvement de gilets jaunes et la révolte de la société française en plein Paris, l’Elysée et d’autres villes du pays des lumières. Il s’ensuit, en Amérique latine, une grande vague de protestations violentes contre le Gouvernement du Président vénézuélien Nicolas Maduro. Récemment, il y a cinq jours, en Haïti, des manifestations frénétiques contre le président Jovenel Moïse. Les causes de ces révoltes sont un secret de polichinelle : 

La première d’entre-elles et probablement la plus inquiétante concerne la montée fulgurante des inégalités sociales qui s’abreuvent en grande partie de la haine, les ressentiments, ainsi qu’une corrosion de la confiance dans le système démocratique. 

Les inégalités des revenus ont beaucoup gradué et qui sont en grande partie imputables aux politiques d’obédience Néolibérales qui ont accouché de flagrants clivages sociaux entre les franges sociales démunis qui sont de plus en plus marginalisées et les couches moyennes en panne d’inspiration et les nouvelles couches sociales nanties ayant accumulé d’importants revenus. 

Ces bipartitions sociales ont enclenché ressentiments, aversions et emballements qui pèsent d’un fardeau lourd sur l’authenticité et la légitimité des sociétés démocratiques.
Nous pensons que c’est par l’instance économique, pour paraphraser Marx, qu’il faut relever le défi et rabaisser les tensions sociales. 

Certes, le début de l’année 2018 a connu une embellie de la situation économique du globe où beaucoup d’experts, institutions internationales et agences de rating ont prophétisé un rebond de la croissance. Cependant ces prévisions économiques ont été revues à la baisse au cours des derniers mois de l’année 2019 et la croissance économique a eu les plus grandes difficultés à récidiver et à retrouver sa cadence d’avant la crise des années 2008 et de facto cette faible dynamique économique a été à l’origine de grandes effrois qui se sont matérialisés par de grandes incertitudes dans l’avenir. 
Ces contretemps économiques ont été exacerbés par des mesures de représailles commerciales entre les USA, l’Europe et la Chine, la normalisation des politiques monétaires ainsi que la recrudescence des taux d’intérêt. 
Cette crise économique et sociale a ouvert la voie au développement des forces politiques populistes qui inquiètent de plus en plus les régimes politiques à l’instar des gilets jaunes en France et la rebelle contre les régimes Nicolas Maduro en Venezuela et Jovenel Moïse en Haïti
L’apostrophe qui nous interpelle est de savoir les issues de sortir de ce bout de tunnel et d’accoucher d’un nouvel ordre économique humaniste.

Deux éléments essentiels nous semble essentiels à cet égard : 

- Le premier défi est d’ordre national : Il doit mettre l’accent sur la nécessité de rebâtir les contrats sociaux et les conditions de vie dans les différentes sociétés. Ce projet présuppose de faire de l’équité sociale le noyau dur d’un nouveau contrat politique qui suppose, à son tour, la redéfinition de nouvelles formes de politiques économiques faisant de de l’inclusion économique et du développement durable, leurs grandes priorités stratégiques,

- Le second challenge est d’ordre international : Il concerne la nécessité de reconstruire un nouveau multilatéralisme étayé pour l’essentiel sur de nouvelles formes de coopération internationale entre les différents Etats car , faut-il le rappeler, les crises dont sévit le monde, la montée du populisme et du "self-government" ont été à l’origine de la montée sans précédent des politiques inquisitoriales et unilatérales ( comme l’Amérique d’abord de D. Trump) et des discordes entre les Nations dont certaines se sont soldées par des guerres commerciales à l’instar de celle entre les USA et la Chine. 

Nous pensons qu’il est incontournable de sortir de ces zones d’ombre afin de refaçonner de nouvelles dynamiques internationales de coopération, d’assistance et de solidarité permettant une "remoralisation" de la mondialisation.  La nouvelle année 2019 sera décisive à plus d’un titre. Si les perditions sont importantes, il est encore plus important de sortir des crises en redonnant crédit dans l’avenir, une confiance qui passe par la refondation des contrats sociaux nationaux et par l’édifice de nouvelles formes de coopérations, de solidarités et de réciprocités internationales à même d’accoucher une nouvelle architecture internationale d’un monde meilleur construisant des sociétés plus inclusives et mieux protéger les communautés vulnérables.. 

mercredi 30 janvier 2019

Le Maroc et l’Hydre de la Corruption : Une éternelle bataille

Hier 29 Décembre 2019, L’ONG de Peter Eigen, Transparency International en l'occurrence vient de publier son Indice de Perception de la Corruption IPC dans le monde. 

Sur un panel de 180 pays, le Maroc se positionne dans le rang 73. Est-ce pour autant un bon augure ? Notre réplique est affirmative au vu de la lecture du trend des années précédentes : Notre note était de 37/100 en 2016, puis à 40/100 en 2017 et 43/100 en 2018, soit une décrue qui est passée du 84éme au 73éme rang sur la même période. D’ores et déjà, le Maroc est ex-æquo avec notre rival la Tunisie, qui nous devançait de loin. Il est tangible que cette cote est imputable aux efforts arborés pour lutter contre la corruption. Cela n'est qu'un abc, car catcher ce "vipérin" requiert du sang-froid, de la fermeté, une stratégie sur s’inscrit dans la durée et une ferme volonté politique de démolir ce "luciférien". 

Toutefois, au vu de qui passe dans les différents réseaux sociaux et le sondage de type micro- trottoir, à l'unanimité, les Marocains interrogés blasphémèrent que rien n'est fait pour lutter contre ce monstre. A notre sens, Il ne faut pas leur en vouloir : Si des efforts déployés sont en cours, leur ton ne dépasse guère périmètre des bureaux des responsables. La lutte contre la corruption est l'affaire de nous tous, nous ne cessons de le chanter à cor et à cri ; c'est pourquoi la sensibilisation doit s’incliner devant tout un programme continu qui doit transcender les "tartes à la crème" des propagandes. 

Nous sommes optimistes du fait que le Maroc est fortement engagé dans le processus de lutte contre la corruption, à travers le développement des mécanismes de bonne gouvernance et de transparence, ainsi que l’adoption des réformes majeures d’ordre constitutionnel et institutionnel. A l’appui de notre assertion : 

Pièce à conviction N° 1, Le Maroc est impliqué dans plusieurs projets visant la lutte contre ce fléau avec des acteurs nationaux et internationaux à l’instar de l’OCDE. 

Pièce à conviction N°2, le Mois dernier ( Jeudi 13 décembre 2018), le Roi Mohammed VI, avait reçu au Palais Royal à Rabat, Mohamed Bachir Rachdi connu par sa droiture et son sérieux, que le Souverain a nommé président de l'Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la Corruption. 

Pièce à conviction N°3, le Souverain n’avait-il pas donné ses Hautes Orientations au nouveau Président afin d’œuvrer à la mise en œuvre optimale des missions confiées par la Constitution à cette instance nationale, notamment en ce qui concerne la prise d’initiative, la coordination, la supervision de l'exécution et le suivi des politiques de lutte contre la corruption, la contribution à la moralisation de la vie publique à même de pallier aux répercussions négatives de ce fléau sur les différents secteurs de l’économie nationale et sur la réalisation d’un développement durable et équilibré ? 

Avec cette nomination royale, nous escomptons entamer une nouvelle ère dans la lutte contre la corruption, une ère de changements réels et irréversibles à travers des stratégies effectives pour un développement soutenu, inclusif à même à resserrer l’étau autour des auteurs et acteurs de la corruption. 

Avec la nomination fraîche du Président de l'Instance Nationale de la Probité, de la Prévention et de la lutte contre la Corruption, le Souverain Marocain véhicule encore une fois de plus moult clignotants et messages de la bataille contre l'hydre de la corruption. A nous de combattre cette piste. La corruption et les corrupteurs ne sont sont-ils pas les pestes du genre humain pour reprendre la célèbre maxime de Fénelon ?

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