mardi 2 juin 2020

Le Maroc entre vulnérabilité économique et Forteresse sociale au temps du Covid-19

Nul ne doute que la pandémie du Covid-19, d'une amplitude sans égale, engendra une asphyxie économique financière et sociale mondiale bien plus acérée que celle de 2008 avec touts les pronostics apocalyptiques des instances économiques internationales comme le FMI, l’OMC ou la CNUCED : Hausse de l’oisiveté, banqueroute de milliers d’entreprises, altération de la croissance économique et du PIB aussi bien dans les pays développés que dans les pays en voie de développement. Tous ces indicateurs sont les pièces à conviction d’une crise économique et sociale sans précédent que le monde n’a vécu depuis le Jeudi noir des années 30.
Comme l’exception confirme la règle, au Maroc la pauvreté se délaie pour faire mouche à la classe moyenne qui est le pivot central de la consommation endurcissant une hausse du chômage et une quasi-léthargie des activités économiques liées à toutes les branches et les secteurs de l’économie Marocaine, principalement le secteur du tourisme, de la restauration et de voyage d’une façon irréfragable. 

Les débouchés classiques du Maroc (France, Espagne et les pays de l’UE) sont fortement altérés par la pandémie du Covid-19. Le Maroc ne peut compter sur eux pour assurer ses exportations, attirer des investissements ou charmer des touristes qu’après quelques années. Les effets négatifs sur l’agriculture ou gouverner, c’est pleuvoir, l’industrie, le tourisme et les services sont nettement audibles. 

La pandémie du Covid-19 n’épargna non plus les équilibres macroéconomiques : L’endettement extérieur ascensionna avec un coût économique tiré vers le haut tant que les fondamentaux économiques frôlent des seuils critiques. Le déficit public, celui de la balance commerciale ou de paiement s’inscrivent dans des trends haussiers. A ce titre, les réserves de changes sont très affectées surtout avec le décélération du tourisme, des transferts des MRE et des investissements directs étrangers IDE et les secteurs orientés vers l'extérieur, à l’instar des Métiers Mondiaux .

La situation ne devrait pas retourner à la normale dans délais courts vu que la conception d’un vaccin prendra plusieurs mois. Plusieurs prophylaxies doivent être prises en matière de déplacement, de shopping ou pour les services de loisir ce qui a impacté les chaînes de production et d’approvisionnement. Un constat qui a accéléré la création de nouveaux modèles économiques prenant en considération les risques sanitaires et épidémiologiques. Les activités de télétravail, les achats online, les services numériques commencent à prendre le relais à la place des modèles génériques. 

Comme dit le dicton toute pièce a son revers, sur le plan social, on nota la résurgence du siège si chaleureux de la famille dans le corps social Marocain après de longues années de retrait au profit de l’individualisme, "l’égocentrisme" et de l’espace numérique.

La résurrection de la place de la "Smooth Family" se fit à travers la présence de canaux virtuels entre les individus. Un new mode social vit le jour faisant une mixture entre les us traditionnels et les interactions virtueles où le commun des mortels trouve asile en temps de confinement. 


Le social est mis sur son piédestal à travers la redéfinition de la place de l’État et ce après son retrait partiel durant les années des Programmes d’Ajustement Structurel (PAS) et le rush des privatisations qui s’ensuivirent.

A l’appui de nos allégations ; Jeudi 28 Mai 2020, Chakib Alj patron du patronat et le bureau de la CGEM n’ont- il pas été reçus au Cabinet Royal en même temps que plusieurs Ministres ?  Le Souverain Marocain n’a-t-il pas ordonné ses Hautes Instructions pour une mobilisation forte de l'État pour accompagner les opérateurs économiques pour la réussite de la reprise économique pour soutenir le secteur privé. Ce message Royal à forte dose stratégique n’est-il pas témoin du renouveau du l’Etat ? 

Pour émousser les rétroactions économiques du Covid-19, des Milliards de Dirhams ont déjà été recueillis, et chaque Marocain, chacun selon ses moyens, continue à se mobiliser. 

Cette ferveur ne nous montre-t-elle pas tous les signes d’une nation solidaire, soudée et unie avec une seule visée celui de tarir le Covid 19. 

Aussi, cette cohésion sociale se concrétise par les gestes au jour le jour : N’est-il pas admirable cette jouvence Marocaine dotée de masques, de désinfectants, à leurs frais pour aseptiser les moyens de transport et qui propose ses services, pour faire les courses à la place des plus âgés ou ceux et celles qui partagent des subsistances et des provisions avec leurs voisins ? 

En plus du plan d’action médicale mis en place par la tutelle, l’arrivée en renfort de la médecine militaire sur Hautes instructions du Souverain Marocain, Chef suprême et Chef d'état-major général des Forces Armées Royales n’exhibe -elle pas une réanimation du sens du devoir, de la solidarité et la cohésion nationale ? Cette missive n’est-elle pas témoin du soutien du Souverain Marocain aux opérateurs économiques toutes tailles, tous secteurs et toutes régions confondus ? 


Cette confiance royale ne consolide-t-elle pas notre détermination à réussir la relance de notre économie dont les valeurs sont: la solidarité, le patriotisme et la citoyenneté ?

La gestion du confinement, de la crise économique et des mesures de lutte sanitaire ne relève-elle pas exclusivement des institutions publiques ? La pandémie du Covid-19 n’a-t-il pas renforcé le rôle de l’Etat en matière d’encadrement des citoyens ? 

Aujourd’hui, l’apostrophe qui interpelle les décideurs Marocains : Quel est le mode de développement nous voulons pour le Maroc Post-Covid-19 ? Est-ce que nous allons étayer nos chaines de valeurs mondiales, ainsi que nos débouchés sur nos partenaires classiques à travers le fameux modèle la croissance tirée par les exportations Export Led Growth Strategy ? Ou nous allons édifier et relancer les piliers de l’économie nationale sur le modèle Keynésien à travers la consommation intérieure et l’industrie tout en soutenant la classe moyenne ? 

Ce choix nécessitera davantage une audace politique et une sagacité stratégique où il est pertinent de revoir le système fiscal national pour être plus juste permettant une répartition équitable des richesses afin de lutter contre la pauvreté et d’élargir la classe moyenne censée être le moteur de la demande intérieure. 

Aussi, il est primordial de mettre en place les jalons d’une économie solidaire basée sur la production collective et le produit local et du terroir, les plateformes d’échanges numériques et non numériques locales sur la base d’une utilisation durable des ressources et des énergies, le développement des compétences locales dans le cadre d’un système, culturel, intégré, solidaire et durable. 


A côté de la vulnérabilité de l’économie Marocaine, cette solidarité certifie que nous faisons Nation. Nous serons une brigade Marocaine irréductible tant que la solidarité prédominera. Combien j’éspère que nous gardions cet état d’âme après la pandémie Covid-19. 




vendredi 29 mai 2020

Abderrahmane Youssoufi : Un homme d'exception


Ce vendredi du 29 Mars 2020, le grand architecte de l’alternance consensuelle Abderrahmane Youssoufi n’est plus laissant derrière lui un grand leg et héritage politique, économique et social. 

Cet avocat exceptionnel et au parcours exceptionnel, a marqué de son empreinte toute une société, toute une génération de politiciens, d’économistes, d’étudiants de par ses réflexions et de par militantisme politique. Natif de Tanger du quartier populaire Dradb le 8 mars 1924. 

Le contexte national dans lequel si Abderrahmane El Youssoufi a vécu et grandi l’a amené très vite à choisir son clan et à faire son choix : celui de la lutte pour l’indépendance du Maroc et pour l’émancipation des peuples opprimés où le défunt fut membre du secrétariat général de l’Union nationale des forces populaires, qui va devenir en 1975 l’Union socialiste des forces populaires (USFP), et rédacteur en chef de son organe “Attahrir” entre 1959 et 1965.


Abderrahmane Youssoufi s’est engagé très jeune au sein du parti de l’Istiqlal. Il a fait partie des toutes premières cellules de la résistance et de l’armée de libération, ce qui lui valut le titre du Grand Moujahid. A l’indépendance, il dirige le parti dans la zone Nord et va jouer un rôle essentiel dans la préparation de la scission qui a créé l’UNFP. En 1975, il adressa un message historique au congrès extraordinaire de l’USFP soutenant l’option démocratique et dénonçant l’aventurisme. 

Parmi les grandes contributions du défunt Abderrahmane El Youssoufi figure celle de diriger le Gouvernement d’alternance consensuel nommé par feu Hassan II en 1998 : Le 04 février 1998, Feu Hassan II l’avait chargé de former le Gouvernement d’alternance qu’il présentera au Souverain le 14 mars de la même année où Il a pris chevaleresquement les commandes de l’exécutif Marocain à un moment très critique de l’économie Marocaine pour éviter " la crise cardiaque " au pays dont parlait feu Hassan et le fameux rapport rouge de la Banque Mondiale. 

Après le décès de feu Hassan II, le Roi Mohammed VI a maintenu El Youssoufi à la tête du gouvernement pour sa droiture où il est reconduit dans ses fonctions de Premier ministre dans le gouvernement formé le 6 septembre 2000 et y restera jusqu’au 9 octobre 2002. 

Abderrahmane El Youssoufi a contribué à mettre l’économie Marocaine au rendez-vous de la globalisation économique à une ère si cruciale du bouillonnement de la mondialisation où il a été le grand pionnier des grandes réformes économiques du tissu économique et social Marocain à l’instar des grandes privatisations , pour ne citer que le grand cachet du consortium Médiel télecom et la privatisation de quelques parts du Maroc Télécom. 

Aussi à son actif, il a participé à la lutte pour la cause Maghrébine dans l’ensemble des pays du Maghreb et a été l’un des défenseurs de l’Unité Africaine. 

Sur le plan de sa personnalité, le disparu avait les qualités d’un homme d’Etat. Il avait le courage de ses positions qui étaient exclusivement motivées par l’intérêt du pays. L’homme était très fidèle en amitié, lien qu’il n’accordait pas facilement. 

Si Abderrahmane était aussi très économe en paroles en ayant le sens de l’écoute. Il préférait écouter les uns et les autres avant de se faire une opinion de s’y tenir. 

Si Abderrahmane n’est plus, mais il restera dans les anales de l’histoire parce qu’il en a été un des plus importants protagonistes de la scène politique Marocaine. Pour preuve, le Souverain s’était rendu au chevet d’Abderrahman Youssoufi, hospitalisé à Cheikh Zayed en octobre 2016 où le Souverain Marocain l’avait embrassé sur la tête. L’image, saisissante, avait vite fait le buzz et secoué la classe politique et l’opinion publique. 

La vie de si Feu Abderrahman Youssoufi fut dense, fertile et productive dans la totale discrétion: Il nous a légué un patrimoine politique immortel. Et c’est avec une profonde émotion et une reconnaissance sincère que nous nous inclinons devant sa mémoire et lui rendons cet humble hommage.


En substance, Il n’a jamais eu d’intérêt pour autre chose que la politique dans le sens sublime et noble du terme. Pendant 96 ans, il a servi son pays, sans jamais se soucier de son bien-être. Son héritage moral est colossal, mais il ne lègue pas de patrimoine parce qu’il n’en a jamais constitué. Son patrimoine : C’est le respect des marocains. 



vendredi 22 mai 2020

Le deuil de la globalisation au temps du Covid-19



C’est devenu un secret de polichinelle que la Covid-19 chavire et ébranle, de jour en jour, notre planète, même le plus ignare constata que le Coronavirus chamboule, au fil des jours, notre train de vie, notre routine et notre monotonie. 

Par l’amplitude de la tragédie des pertes humaines (plus de 320 255 décès selon l’OMS.), la célérité de sa contamination (plus de 4,9 Millions cas) et notre agénésie à stopper sa transmissibilité, ce microbe est à l’origine d’une grande frousse sans égale depuis la seconde Guerre mondiale et la grande dépression des années 30. 

En sus de l’effroi qu’elle a suscité, cette pandémie sanitaire de grande magnitude est en train de remettre en cause nos accoutumances et notre seconde nature ? La Covid 19 n’est-elle pas entrain de révolutionner nos pratiques politiques, économiques et sociales ? Cette épidémie n’est-elle pas témoin des dérivations d’une économie globalisée qui a eu des effets pervers sur notre biodiversité et notre société ? 

C’est devenu une tarte à la crème l’opinion que plus rien ne sera comme avant, monde du business et des affaires, milieu politique, acteurs de la société civile, intellectuels et penseurs 

C’est une autre économie que nous devrons nous atteler à rebâtir loin des vertus de la fameuse métaphore de la main invisible d’Adam Smith, c’est un autre économie que nous devrons nous attacher à refondre très loin de l’économie mondialisée très cher à l’ex-Secrétaire d’État de Bill Clinton, Robert Reich en l'occurrence dans son Best-seller dans les années 90 " l’Economie Mondialisée". 

Nous pensons que c’est un nouvel édifice économique qui se reconstruit autour de six piliers essentiels. 

- Le premier pilier concerne le comeback en force du concept de la souveraineté de l’Etat et de frontières. Or, faut-il rappeler que la globalisation a été étayée sur le désaveu du paradigme national de la souveraineté politique et économique de l’Etat au profit des grandes audiences multilatérales, à l’instar des Firmes Multinationales FMN ou les grandes unités inter-territoriales pour reprendre l’expressions de Maurice Byé. 

Ce credo est en train d’être supplée et les pays, au temps du Covid-19 sont en train de remémorer la nostalgie de l’auréole nationale, notamment dans les investissements massifs dans les infrastructures et les industries stratégiques, comme les grands projets des barrages durant les années 70 avec la vision éclairée de feu Hassan II, les industries industrialisantes en Algérie si cher à Destanne de Bernis, et les industries lourdes en Asie notamment au Japon et en Corée du Sud. C’est aussi, aujourd’hui que sur l’arène mondiale, singulièrement les pays développés, ont découvert leur obédience et leur aliénation pour les produits industriels attisée par la mainmise de la Chine et de l’Inde qui produisent aujourd’hui plus de 80% de la production mondiale de ces produits actifs. 

Avec la pandémie du Covid-19 et la barricade des voies terrestre, aériennes et maritimes, les Etats sont entrain de perdre leurs illusions du mythe de la fin de souveraineté pour se repositionner sur les chaines de valeur mondiales et les activités stratégiques abandonnées jusque-là. 

- Le second pilier a trait au retour majestueux de l’Etat et la mission prédominante qu’il est entrain de jouer dignement dans la gestion de cette pandémie et qu’il continuera à assurer dans le monde post-covid-19. Ce regain sensationnel de l’Etat dans la bataille contre les effets alarmants de la pandémie, ainsi que sa gestion économique et sociale, a volatilisé les conceptions du rôle régulateur de " l’Etat Gendarme" et la nécessité de cantonner son interventionnisme dans ses fonctions régaliennes et à la correction des incohérences du marché. 

- Le troisième pilier concerne le retour en force, partout dans le monde, de la dimension sociale. Les inégalités sociales extrêmes à travers des rapports alarmants d’OXFAM ( qui montrent, avec des réalités chiffrées, l’hiatus abyssal entre nantis et démunis) n’ont-elles pas dévoilé les limites de la globalisation "happy" à contribuer à l’optimum social et à endiguer la pauvreté, la vulnérabilité et la marginalisation ? 

Aujourd’hui plus que jamais, la pandémie du Covid-19 est à l’origine d’un retour du social et d’une plus grande prise en compte de l’effort de solidarité et des investissements dans la santé et dans l’éducation par l’Etat afin de créer une nouvelle sociabilité. 

- Le quatrième étai est lié à la globalisation de la production et à la perturbation des chaînes de valeur mondiale qui a favorisé une grande division internationale du travail au niveau mondial et qui a fait de notre monde un petit village planétaire pour paraphraser Marshall McLuhan. Assurément, ce trend a été fortement remis en cause au cours des dernières années avec les guerres commerciales et les mesures de représailles, singulièrement entre les Etats-Unis et la Chine. Sur l’échiquier mondial, la pandémie de la Covid-19 n’est-elle pas en train de remettre en cause cette tendance et d’interpeller les relations économiques internationales à un retour des Etats-nations, des régions et des blocs commerciaux régionaux ? 

- Le cinquième chevalet est en rapport avec la financiarisation de l'économie jalonnée par la sophistication de l’ingénierie financière (marché à terme, contrat dérivés, titrisation……….etc) qui a constitué une armature essentielle de la globalisation et un pendant majeur de celle de la production. Manifestement, la crise de 2008-2009 a contribué à ciseler ce mythe et les normes de risques mises en place avec les accords de Bâle 3 dictée par le G20 en 2010 qui ont été à l’origine d’une introversion des grands groupes bancaires et financiers sur leurs bases nationales ou régionales. 

- Le dernier pilier concerne la gouvernance de la globalisation, de la finance mondiale et la tentation de circonscrire la place des entités multilatérales comme la Banque Mondiale, l’OMC, le FMI, les Nations- Unies….etc. Or, la crise sanitaire de la pandémie du Covid-19 n’a-t-elle pas exhibé l’importance du rôle des institutions de gouvernance mondiale dans la gestion des crises économiques : Pour preuve, pour éviter le pire, l’Exécutif Marocain, à travers l’argentier du Royaume n’a-t-il pas procéder auprès du FMI, en Avril 2020, à un tirage sur la Ligne de Précaution et de liquidité (LPL) pour un montant équivalent à près de 3 Milliards de dollars, remboursable sur 5 ans avec une période de grâce de 3 ans afin de renflouer les réserves en devises permettront de maintenir la capacité de notre économie à satisfaire ses besoins en termes de produits fondamentaux, alimentaires et énergétiques qui sont libellé en devises clés , et ce suite à la paralysie du secteur du tourisme et les préjudice causés aux secteurs exportateurs, en plus de la baisse des transferts des MRE et des investissements directs étrangers (seules sources des réserves de changes) ? 

A l’appui des points évoqués ci-haut, à la différence de toutes les épidémies de l’histoire des faits économiques et sociaux, la pandémie du Covid-19 n’est-elle pas venue renforcer la crise de la globalisation et la mélancolie qui la couvre depuis quelques années ? Les politiques mises en place aujourd’hui et les choix et les décisions des acteurs économiques ne sont-ils pas en train de façonner un nouveau monde et une nouvelle architecture qui vont renforcer la sortie de la globalisation débridée mise en place depuis quelques décennies ? La pandémie du Covid-19 n’est-elle pas en train d’ouvrir une nouvelle ère dans l’histoire de l’humanité à travers l’émergence d’une nouvelle expérience humaine plus solidaire, ouverte et démocratique ? Le temps est révélateur !!

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