mercredi 12 août 2020

Quel rôle de la Diplomatie Internationale au temps du Covid-19?

À l’heure du Covid-19 où l’économie mondiale pâtit d’une crise sanitaire sans précédent, tous les crédos et dogmes se ravisent. Les pourtours d’une nouvelle ère mondiale se profilent et les règles du jeu se redimensionnent en matière géopolitique et géostratégique.
Les corollaires de cette pandémie ne se cantonneront pas à une récession économique, probablement jamais vue depuis la grande dépression de 1929. Elle aura également un effet transformationnel sur les États et les sociétés et entraînera certainement des changements d’envergure dans la répartition du pouvoir au niveau international. 

Au regard de ce contexte économique fébrile et tumultueux, les  Gouvernements doivent ériger de nouvelles stratégies qui doivent être en harmonie avec les nouveaux challenges Post-Covid à travers une diplomatie proactive, capable d’interférer avec l’environnement actuel en exigeant de l’anticipation afin d’assurer les symétries internationales. Dores et déjà et plus que jamais, le diplomate est interpellé à jouer un rôle vital dans le maintien des Relations Internationales pour l’équilibre mondial. 

Dans ce cadre, la diplomatie ne doit pas se dévier de sa responsabilité : Faire cheminer les intérêts du pays en cette occurrence échevelée engendrée par la pandémie du Covid-19 et apporter le soutien et l’accompagnement nécessaire aux diasporas demeurent les principes immuables et structurants de leur approche sans oublier leur devoir de civisme envers leur pays d’accréditation. 

Cette période post-confinement doit non seulement nourrir les manières de relance économique, mais animer les ambitions d’une diplomatie altruiste et de cohésion en entamant un véritable temps de rupture avec la diplomatie classique et ce en concevant de nouveaux équilibres mondiaux d’une société internationale en pleine crise.

Aussi, dans cet avenir empreint d’incertitude et d’incohérence. A notre sens, il serait peut-être opportun de sortir des sentiers battus pour dessiner les chemins d’une diplomatie de solidarité, d’empathie et de bénignité : Le sens de l’histoire nous exige à donner de l’effort à la coopération internationale plus d’effectivité, plus de solidarité et plus de transparence. 

Cependant aujourd’hui, force est de constater que nombre d’instances internationales sont en déphasage avec cette ambition tel l'Organisation des Nations Unies ONU, l'Organisation mondiale de la Santé OMS, le Groupe des sept G7, le Fonds Monétaire International FMI, l'Organisation mondiale du commerce OMC …etc. Il s’agit, aujourd’hui, d’inscrire l’action des Organisations Internationales dans des dynamiques de convergence plus renforcée en insufflant une dose de philanthropie dans la nouvelle configuration et les modes de gouvernance de notre système multilatéral. 

Dans cette mouvance, le diplomate doit être un vecteur de changement et un acteur proactif capable d’interagir, appréhender et analyser un monde en continuelle mue. En ce temps du Covid-19, le diplomate doit être l’avant-garde d’une bataille qui accole la résilience à la défaillance, qui oppose l’ouverture aux replis identitaires et confronte l’allocentrisme à l’égoïsme. 

Aussi, dans ce climat international instable engendré par la Covid-19, les diplomates doivent être des acteurs multifonctionnels et polyvalents au regard de la transversalité des tâches qui leur incombe. Dorénavant, les horizons de réflexion sur ce que devrait être le diplomate "post-Covid" pourraient se résumer comme suit : 

D’abord, avec les nouvelles exigences de la période Post-Covid, le multilatéralisme doit devenir le sentier privilégié de l’interférence diplomatique et consulaire qui prémunit l’humanité contre les déséquilibres internationaux. 

Si les pourparlers et les négociations demeurent centraux dans le métier des diplomates, il n’en demeure pas moins qu’elle devra être reforgée pour incorporer les nouveaux paramètres structurants de ce nouveau monde en gestation : Le Diplomate devra gagner en expertise, en réactivité et en compétence pour évoluer dans un climat qu’il doit être en mesure de transformer au gré des impératifs de la donne Post-Covid. Sous cet angle, l’importance du "soft power" sera décisive dans les désinences cognitive et technologique. 

A ce titre, l’innovation deviendra à la fois un instrument et une prédestination et la capacité du diplomate à s’appuyer sur les réseaux sociaux (Think-Tank, media, ONG,,etc) serait une valeur ajoutée incontournable pour circonscrire les pistes d’une diplomatie performante, proactive et constamment tournée vers l’avenir. 

En guise de conclusion, la tâche du diplomate peut être résumée dans un message du Souverain à l’occasion de la célébration de la Journée nationale de la diplomatie marocaine, 28 avril 2000 : " Le rôle du diplomate revêt une importance capitale et constamment renouvelée, puisqu’il est devenu le pivot et l’intermédiaire incontournable entre les décideurs en matière de politique étrangère et de politique intérieure, sachant que le premier domaine est le prolongement du second. Le diplomate utile à son pays est aujourd’hui celui qui cultive si bien le sens de la communication, la vision globale et le pouvoir de synthèse pour en faire une pièce maîtresse au service de la diplomatie de son pays à même de lui permettre d’assumer pleinement sa mission dans la mise en œuvre de la politique extérieure nationale et la réalisation de ses objectifs."

dimanche 9 août 2020

Le Deuil du cèdre de Beyrouth

Le Liban vit la pire crise économique et sociale de son histoire, attisée par la pandémie mondiale du Covid-19 et ce dans un contexte politique délicat, exacerbé par les tensions entre les États-Unis et le Hezbollah, le mouvement armé chiite allié de l'Iran, qui domine la vie politique libanaise. La détresse de Beyrouth s'accole aux multiples crises en cascade qui brutalisent le pays de cèdre, un Liban qui passe de la promesse éternelle du Moyen-Orient à la funeste liste des États en sénescence de la région. Ces précarités qui ne s’additionnent pas, mais qui foisonnent avec 300 000 personnes temporairement sans domicile causées par l’explosion du port de Beyrouth Mardi dernier. 

Historiquement, le Liban avait tout pour devenir un pays de référence sur le Maré-Nostrum. Sa géographie a largement façonné sa spécificité culturelle du monde arabe dans lequel il est enraciné, grâce à avoir servi d’accueil, d’asile et de refuge à toutes sortes de rebelles ethniques, politiques et religieux, qui ont trouvé abri dans la géographie accidentée du pays. 

La carence et le manque de ressources naturelles, ont permis au Liban d’émerger en tant que Hub commercial, repère et référent culturel, ce qui a enfanté une forte densité de population et des taux d’alphabétisme élevés. 

Isolément de la cause misanthrope de la catastrophe, le stockage de 2750 tonnes de nitrate d'ammonium à Beyrouth, un engrais dont les propriétés explosives ont été maniées dans des manœuvres terroristes, nous donne la mesure du manque de contrôle qui prédomine. 

Dans ce contexte, Il est épineux d'escompter que le Liban puisse voir le bout du tunnel pour amorcer une nouvelle phase de redémarrage avec un tableau économique sombre : des pertes d'emplois en millier, une politique fiscale au point mort qui aurait pu subvenir aux besoins essentiels des familles martyrisées, encore plus marginalisées par la fulmination du port commercial de Beyrouth, une explosion équivalente à un cinquième de la bombe d'Hiroshima.
D'après les estimations économiques, le Liban, de charybde en scylla, entre dans un nouveau cycle infernal de détérioration économique et sociale. En Mars dernier Lorsque le Liban a été mis en banqueroute, l’exécutif de Beyrouth entama des négociations avec le FMI en vue d'un plan de redressement global. 

Cependant, l‘Elysée avait renoncé à obtenir des résultats de cette conférence des donneurs qu'elle avait organisée, principalement en raison des suspicions des pays du Golfe quant à la possibilité que les dons s’immiscent entre les mains du Hezbollah, une organisation dont la mainmise sur l'administration libanaise a jusqu'à présent rendu difficile toute avancée dans les pourparlers de sauvetage du FMI. 

Bien avant, une Conférence pour le développement par les réformes et avec les entreprises (Cèdre) pour le Liban a été organisée le 6 Avril 2018 à Paris où une quarantaine de pays et 14 organisations internationales pour redresser l'économie libanaise. 

Après dix-sept rounds de négociations, les discussions n’ont enregistré aucune avancée et la perspective d’une sortie de l’impasse s’éloigne chaque jour davantage. 

Au-delà de l'annulation des prêts, la restructuration de la dette souveraine du Liban semble très complexe : Le Liban pâtit de ressources naturelles, souffre d’une hausse de l'inflation de plus de 53 % en 2020, une dette publique libanaise qui culmine à plus de 86 milliards d'euros, soit 151 % du PIB et frôlera les 250 % du PIB selon le FMI, c'est plus encore que la situation dans laquelle se trouvait l'économie grecque en 2010, ne dispose pas non plus de réserve de change pour faire appel aux importations nécessaires et les 300 tonnes d'or qu'il conserve dans ses coffres forts de la banque centrale du Liban ne valent que 17 Milliards de dollars. 

Son unique valeur réelle pour les tiers et le milieu des affaires est sa situation géostratégique : le pays du cèdre importe plus de 80 % de ce qu'il consomme, en particulier des denrées alimentaires et des hydrocarbures. Son secteur financier se cantonne au marché immobilier et à la gestion des transferts de fonds de l'émigration libanaise. 

De ce fait, Il n'est donc pas impressionnant que les tentatives des banques orthodoxes pour attirer les dépôts en devises étrangères offrant des taux d'intérêt élevés pour renflouer le Budget Général de l'État Libanais aient échoué dans une situation de dépréciation et de dévaluation de plus de 80 % de la valeur de la lire libanaise et de l’exode massif de capitaux vers d’autres cieux stables. 

Ainsi en l'état actuel (la faim, le manque de soins médicaux, l'approvisionnement en eau potable et les coupures d'électricité…..), l’horizon du Liban ne peut émaner que de réformes structurelles qui mettent fin à la corruption systémique en permettent au Liban d'évoluer vers une économie ouverte avec un accord sur un plan d'investissements pluriannuel collectif émanant du FMI et la Banque mondiale.

D’ailleurs, Le 13 juillet dernier, le FMI a exhorté les deux délégations libanaises à s’unir autour du plan du gouvernement et à engager des réformes annoncées en avril à l’instar de la lutte contre la corruption ou la transparence des adjudications publiques. Toutefois, les guerres intestinales des forces politiques dominantes, favorable à l’alliance des forces communautaires et de l’oligarchie financière, sapent  toute perspective d’évolution. 

In fine, c’est un secret de polichinelle que le peuple Libanais sait congrûment que les problèmes qui l'accablent ne peuvent être résolus par la même élite corrompue (en 2018, le Liban occupait la 138e place sur 180 du classement des pays les plus corrompus, selon l'organisme Transparency International) et sectaire qui les a créés. 



jeudi 30 juillet 2020

Le bonheur c’est les autres : le rôle vital de l’amitié dans les Relations Sociales

Dans les librairies, servies en livres, les ouvrages aux titres évocatoires disparaissent des rayons : La liste de mes envies de Grégoire Delacourt, une autre idée du bonheur de Marc Levy, Manifeste pour le bonheur de Stefano Bartolini, Plaidoyer pour le bonheur de Matthieu Ricard font partie de ces best-sellers. En films, à la recherche du Bonheur de Gabriele Muccinoles, le Bonheur des autres de Jean-Philippe Pearson, les recettes du Bonheur de Lasse Hallström, les Intouchables, ou le documentaire la thérapie du bonheur de Sabine Gisiger, enseigné en cours particuliers, séminaires ou des coachs aidant des candidats à retrouver la joie de vivre. 
C'est le bonheur qu'Aristote identifie comme le Souverain Bien et but ultime de l’existence. 

Les chercheurs rappellent que le bonheur est si vital à l'existence humaine que l'Organisation Mondiale de la Santé OMS le hisse de plus en plus comme un composant à part entière de l'état de santé.

La thématique est indémodable et le besoin du bonheur a rarement autant concentré les énergies. Il est catapulté sur le devant de la scène par des scientifiques qui en scrutent l'ADN, étudiant la chimie de nos cerveaux à la recherche de la molécule du bonheur. 

Qu’est-ce qui nous garde heureux et en bonne santé tout au long de la vie ? La notoriété, réputation, lustre ou l’argent ? Une investigation exceptionnelle menée depuis 75 chandelles auprès de 724 Américains en apporte une preuve instructive et envoûtante sur le sésame de ceux qui ont réussi à vivre longtemps, heureux et en bonne santé et, surtout, nous livre le véritable secret pour, tout au long de sa vie, rester bien dans sa tête, son cœur et son corps.
Le psychiatre Robert Waldinger, Directeur d’une étude d’une durée de 75 ans depuis 1938, Waldinger a recueilli des données sans précédent sur le bonheur et la satisfaction. D’emblée, Robert Waldinger est sans équivoque, il n’y a qu’une seule chose qui garantit et entretient le sentiment d’être heureux. Ce n’est ni la méditation ni l’argent: Ce sont les relations sociales réjouissantes d’ondes positives. Une grande interpellation nous apostrophe : Pourquoi ? 

- Primo, les bonnes relations nous entretiennent : Ceux qui ont des relations satisfaisantes et se sentent rapprochés de leur famille, leurs amis sont plus heureux, en meilleure santé et vivent plus longtemps. En revanche, la solitude, la réclusion subie, le sentiment d’être isolé et retranché plus qu’on aimerait l’être sont moins heureux, en moins bonne santé et ils meurent plus jeunes.

- Secundo, les bonnes relations, les relations dignes et satisfaisante immunisent et préservent le cerveau : Les personnes entourées de personnes sur lesquelles elles peuvent compter en cas d’épreuve de la vie voient leurs fonctions cérébrales décliner plus tard et leur mémoire est meilleure. 

Robert Waldinger affirme que ces relations conviviales n’ont pas besoin d’être heureuses éternellement ; certains couples octogénaires de l’étude pouvaient même se chamailler régulièrement, du moment qu’ils avaient le sentiment de pouvoir compter sur l’autre en cas de problème, ces chamailleries n’avaient pas d’implication sur leur mémoire, c’est la qualité qui compte et non pas la quantité : Peu importe le nombre d’amis, c’est bien la nature des relations qui importe et l’emporte. Vivre dans les conflits ne vaut-il pas mieux que se sentir seul ? Ainsi, une relation maritale chaotique désargentée et dénuée d’affection peut être pernicieuse pour la santé et parfois pire qu’un divorce. Ne dit-on pas "Il vaut mieux être seul que mal accompagné" ? 

A l’antipode, des relations bienveillantes et affectueuses sont nourrissantes et protectrices. La conclusion de cette étude n’est, pour Robert Waldinger, ni plus ni moins qu’une vieille sagesse comme le monde. 

Pourquoi alors est-elle si épineux à accepter et si simple à ignorer? Parce que nous sommes des êtres humains en quête de facilité, d’une recette qui nous permettrait d’être heureux facilement et de le rester. Or les relations ne sont pas simples. 

La plupart du temps, nos relations familiales, amicales ou professionnelles ne sont ni sexy, ni glamour, elles sont problématiques, compliquées, elles requièrent du temps, de l’implication, des efforts laborieux, en particulier sur le plan de la communication). 

Et souvent, nous renonçons à y investir quoi que ce soit, en particulier dans la sphère personnelle que personnelle, pour plusieurs mobiles: 

– Parce que nous avons peu conscience de notre propre degré de cactus et avons tendance à blâmer les autres,

– Parce que nous croyons que c’est l’autre qui doit changer et surtout pas nous, jolies colombes de la paix qui n’a rien à nous reprocher,

– Parce que nous sommes convaincus que gentillesse et amabilité sont des marques de faiblesse alors qu’elles sont des gages de courage, tant qu’elles ne s’expriment pas en version serpillière,

– Parce que nous ignorons notre marge de manœuvre dans l’amélioration possible de nos relations

Nous nous retrouvons alors en pleine valse des rôles relationnels, à jouer les sauveurs, victimes ou persécuteurs, à jouer des jeux de pouvoirs vains et toxiques, à chercher à convaincre, à avoir le dernier mot, à rouleau-compresser nos contemporains à coup de communication peu pacifique, à jouer toutes les gammes de l’égo au lieu de jouer la carte de l’élégance relationnelle et des comportements pro-sociaux qui nous permettraient de bâtir un environnement relationnel aseptisé, serein nourrissant et mutuellement profitable, fait d’entraide et de coopération, de bienveillance et d’affection.
Pourtant, pour 83% d’entre nous, la satisfaction professionnelle est directement enlacée à la qualité des relations. Au travail comme dans tous les domaines de notre vie, les relations sont au cœur à la fois du plaisir au travail et de la concrétisation des aspirations professionnelles, quelles qu’elles soient. Elles participent de l’entretien de l’estime de soi et de la confiance en soi et inversement s’en nourrissent. 

En substance, nous pouvons continuer à croire que l’enfer c’est les autres, mais il se trouve qu’en réalité, le bonheur c’est les autres, aussi mettons un peu d’huile (de coude) dans nos relations, histoire de construire un plaisir au travail roboratif pour le corps et l’esprit! 

En guise de conclusion, les amis sont plus hallucinants que la morphine ce qui nous incite à exhumer la célèbre sagesse de Mark Twain : « On n’a pas le temps, si brève est la vie, pour les chamailleries, les excuses, l’animosité, les appels à rendre des comptes. On n’a que le temps pour aimer et pas un instant de plus. »

L’Amitié : C’est magnifique quand un étranger devient un ami, mais O combien triste quand un ami devient un étranger ! Jean Paul Sartre disait que " l'enfer, c'est les autres". Je lui réplique Haut et Fort, le bonheur, c'est les autres.

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