mercredi 23 janvier 2019

Inégalités Sociales : Sosie et reproduction des Fractures du Capitalisme


David Ricardo et Adam Smith sont souvent considérés comme les auteurs emblématiques du libéralisme économique qui mirent en piédestal les vertus du libre échange à travers leurs fameuses théories des avantages comparatifs et absolus et s'ensuit tout un afflux de disciples et de courant ultralibéral, qui selon eux, le libre jeu des acteurs économiques reconduit à une situation d'optimum économique et que le libéralisme économique permet d'améliorer la situation de tous, y compris des plus démunis. 

Qu'en est-il sur le marbre de la réalité économique de cette répartition "égalitariste" de la richesse au niveau mondial que prédisaient les libéraux ? 

D'emblée, on peut alléguer que sur le plan factuel, l'arène des relations économiques internationales montre ostensiblement que les dividendes de la croissance économique mondiale sont arbitrairement redistribuées et qu'une inégalité configure la répartition de la richesse mondiale. À l'appui de notre assertion, ce 21 Janvier dernier, Oxfam International qui est, faut-il le rappeler, une confédération composée de 17 organisations indépendantes agissant contre les injustices et la pauvreté publia un rapport coléreux et accablant sur la répartition biaisée des richesses dans le monde. 

En effet, sur la base des données fournies par le Crédit suisse, l'ONG de Winnie Byanyima tira quelques conclusions qui font froid dans le dos : les 1 % des nantis s’approprient une part toujours plus ample des richesses comparativement aux années écoulées : La part de la richesse de la planète voltigée par les 1 % les plus riches est gravie de 44 % en 2009 à 48 % en 2014 et débordera les 50 % en 2018. Pour rappel, en 2010, la fortune nette des 80 personnes les plus riches au monde s'élevait à 1 300 milliards de dollars. En 2014, le montant atteignait les 1 900 milliards, en 2018. Pire encore, 26 milliardaires possèdent désormais autant d'argent que la moitié la plus pauvre de l'humanité ; ces 26 riches disposent désormais d'autant d'argent que les 3,8 milliards les plus pauvres de la planète. 

D'une manière générale, la richesse des milliardaires dans le monde a augmenté de 900 Milliards l'an dernier, soit à une cadence de 2,5 milliards par jour, alors que celle de la moitié la plus pauvre de la population de la planète a chuté de 11% selon le rapport. 

Ainsi, l’investigation d’OXFAM met en lumière que dans la période où le patrimoine des plus nantis fuse de manière démesurée, celui des moins riches a fortement étrécie, jusqu'à un jonction de courbes. Ce qui nous laisse inhumer la fameuse théorie économique d'inspiration libérale "théorie du ruissellement". 

En sus, la répartition inégale du patrimoine mondial converge vers la remise en cause de la fameuse relation de Kuznets établie dans les années 1950 qui laissait croire que le développement économique s'accompagnait de façon mécanique d'une décrue des inégalités de revenu. Les inégalités observées en ce début de XXIe siècle ne sont-elles pas comparables au niveau d'inégalités du XIXe siècle et du début du XXe siècle ? 

En cela, l'économiste français et l'auteur du best-seller "Le capital au XXIe siècle", Thomas Piketty, rejoint le prophète du communisme Karl Marx et allègue que le capitalisme, s'il n'est pas régulé, génère des inégalités grandissantes. 

Selon le même document, le nombre des riches comme Crésus a doublé depuis la grande dépression financière de 2008, constatant que les riches bénéficient non seulement d'une fortune en pleine expansion, mais aussi des niveaux d'imposition les moins élevés depuis des décennies. 

Aussi, Oxfam indique que les plus riches dérobent au fisc 7.600 milliards de dollars, dans certains pays comme le Brésil ou le Royaume-Uni et paradoxalement les 10% les plus pauvres paient désormais des impôts plus élevés en proportion de leurs revenus que les plus riches. 

A cet égard, l’épineuse apostrophe de l'imposition et de la taxation des plus hauts revenus soulevée par le rapport de l'ONG est cruellement d'actualité dans de nombreuses nations. A titre illustratif, en France, le mouvement des ''Gilets Jaunes'' n’a-t-il pas relancé le débat sur la suppression de l'Impôt sir la Fortune ISF par Emmanuel Macron ? Au pays d’Uncle Sam, Alexandria Ocasio-Cortez députée démocrate, fraîchement élue, n’a-t-elle pas proposé de taxer à 70% les plus riches, obtenant le soutien du Prix Nobel d’Économie Paul Krugman ? Et se pose, en guise de conclusion les grandes interpellations des moyens, des mesures et les mécanismes d’un modèle social et économiquement redistributif sur le toit de l’économie mondiale à même de limiter le divorce croissant entre l'exigence démocratique d'égalité et la multiplication des inégalités économiques pour reprendre l’auteur "Les fractures du capitalisme"l’écomiste, Lester Thurow. 



dimanche 20 janvier 2019

Une approche critique du rapport Forbes 2018 relatif au climat du Business international au Maroc


Il y a plus d’une dizaine de jours, le magazine Américain Forbes publia son dernier hit-parade du Business international à travers le monde “The Best Countries for Business”. Faut-il signaler, en guise de prélude, que le calibrage de Forbes porte sur 15 indicateurs qui sont entre autres : les droits de propriété, l'innovation, les taxes, la technologie, la corruption, la liberté (personnelle, commerciale et monétaire), la bureaucratie, la protection des investisseurs et la performance du marché boursier. 

Sur un échantillon de 161 pays, le Maroc enregistra une décrue chutant à la 62éme position, soit 7 places de moins par rapport à l'édition 2017 où il se situa à la 62e position. 

En Afrique du Nord, le Maroc arrive en tête, suivi par la Tunisie (96ème), l’Egypte (101ème), l’Algérie (124ème) et la Libye (149ème). 

La répartition géographique montre que dans le continent Africain, le Maroc se positionne dans la troisième place. La première place dans le continent est revenue à l’Ile Maurice qui occupe le 39e rang à l’échelle mondiale devant l’Afrique du Sud (59e). Les Seychelles, la Tunisie, le Botswana, le Rwanda, le Kenya, le Ghana et l’Égypte ferment le Top 10 africain 

L'amélioration du climat du Business au Maroc selon les rapporteurs de Forbes est attribuable à la proximité avec le vieux continent l'Europe en l’occurrence et son faible coût salarial pour construire une économie diversifiée, ouverte et orientée vers une économie de marché. 

À notre sens, l'attractivité du climat de l’investissement ne peut être accotée sur les deux critériums cités ci-haut par Forbes pour au moins deux mobiles : 

- Primo, l'attractivité du business international ne peut se scléroser au seul coût salaria, car eu égard aux différentes réévaluations du SMIG au Maroc, cet avantage comparatif du bas salaire ne cesse de s'éroder au point que le travailleur marocain est devenu plus coûteux comparativement à d'autres économies comme la Corée du Sud, le Taïwan, la Malaisie ou encore la Turquie. 

En sus, Etayer l'essentiel de l’attractivité sur les coûts salariaux pour transpercer les débouchés extérieurs et féconder le climat de l'investissement laisse croire qu'il existe une rivalité industrielle et une attractivité greffée sur le seul critère du bas salaire. Dans un tel cas, comment expliquer alors que les pays développés, où le coût du travail est plus élevé, sont compétitifs sur les marchés internationaux et attirent plus d'IDE que les pays moins développés à l'instar de l'économie Allemande, Irlandaise ou Suisse ? Si cette bataille commerciale et industrielle existe, cela revient à nous interpeller qu'elle est viable uniquement pour des biens bas de gamme et cantonner sa compétitivité à celle des bas salaires verrouille notre tissu économique dans des niches à faible valeur ajoutée et à faible contenu technologique, 

- Secundo, l'attractivité ne peut se baser sur la proximité avec le vieux continent. En effet, selon une investigation de la Banque Mondiale portant sur la logistique, cette proximité n'est pas réelle si l'on appréhende par le coût du transport puisqu'un conteneur entre le Havre et Hong Kong est moins onéreux qu'entre Casablanca et Marseille. Aussi, selon la même étude, il faudrait 4 semaines minimum pour convoyer une marchandise du Maroc vers Rotterdam, alors qu'un conteneur de la Chine vers Rotterdam a besoin seulement de 3 semaines. De plus, plus de 20 % de la valeur ajoutée des produits manufacturiers est alourdie dans des frais de logistique. À cet égard, la Chine ne parait-elle pas plus proche de l'Europe que du Maroc ? 

Le véritable calibrage du climat des affaires ne se confine pas au seul palmarès du journal Américain, la vraie évaluation de l'environnement de l'investissement ne se borne pas au seul hit-parade concocté par Forbes, l'attractivité du Business international se loge dans l'enterrement de la rente et l'érection des lois de marché, dans les funérailles de l'ésotérique et le discrétionnaire en matière de politique de l'investissement, dans l'élimination du favoritisme et l'inhumation de la corruption pour laisser voie et libre cours au fair-play, à la méritocratie et à la transparence. 

Le Souverain Marocain n'a-t-il appelé à en finir avec les restrictions et les contraintes qui se dressent devant les investisseurs et de s'en tenir à l'esprit des réformes au service de l'investissement générateur d'emplois et de richesses et de combattre les réflexes et comportements contre-productifs ? Car, dans la conception royale, l'efficacité administrative est un critère à l'aune duquel se mesure le progrès des nations, le Maroc ne sera en mesure de rejoindre le peloton de tête dans les classements mondiaux que s'il remplit les critères de l'efficience administrative, véritable locomotive de développement et de promotion de l'investissement. 

L'attractivité des affaires internationales réside, somme toute, dans le développement endogène, les politiques de soutien à la demande locale, le développement du savoir-faire et dans l'échafaudage d'un tissu industriel dense et robuste.

jeudi 17 janvier 2019

Le Warning du modèle de développement économique du Maroc : Un serpent de mer en mode "stand by"

L’essoufflement du modèle développement économique du Maroc tel est la tarte à la crème qui abonde dans les médias. L’exténuation du modèle économique du Maroc, telle est la ritournelle du paysage écrit et audiovisuel Marocain: Toute une profusion d’articles foisonne dans les journaux. La prostration du modèle de développement économique du Maroc le leitmotiv des dissertations économiques : Tout un pullulement d’écrits lui y est consacré et dédié après le discours Royal du Vendredi 13 octobre lors de la nouvelle session parlementaire où le Souverain Marocain sonna le glas de notre modèle économique. 

"Si le Maroc a réalisé des progrès manifestes, mondialement reconnus, le modèle de développement national, en revanche, s’avère aujourd’hui inapte à satisfaire les demandes pressantes et les besoins croissants des citoyens, à réduire les disparités catégorielles et les écarts territoriaux et à réaliser la justice sociale" 

En dépit de ce warning Royal, au Maroc, les jours se suivent et se ressemblent et rien de substantiel, ni de concret n’a été entrepris. Pour preuve, les Thinks-thanks, les laboratoires de recherche, les universitaires, se cantonnent et se contentent de débats, de colloques et journées économiques qui demeurent platoniques et platoniciennes. On est bel et bien dans le début du nouvel An 2019 : Les institutions constitutionnelles, les partis politiques, les centrales syndicales, ainsi que la société civile devront trimer de concert en faisant preuve de maestria afin d’accoucher les amorces et les préambules d'un modèle palliatif. Or, indépendamment de quelques tables qui n’ont à rien de rondes ici et là, aucune initiative tangible ne pointe à l’horizon. 

Sur le marbre de la réalité, nous nous sommes figés sur la littérature Académicienne conjuguée à un effarement des priorités du pays. Seulement avouons-le, tous les Marocains ici et sur d’autres cieux savent fermement que ces priorités sont un secret de polichinelle. 

A maintes reprises, nous avons fait les points d’orgue de la situation, nous sommes conscients des dysfonctionnements, lesquels sont connus de tous les Marocains, pour reprendre les dires du Souverain Marocain. 

Tous les Marocains savent sciemment que les maillons de ce modèle sont le capital humain et l'éducation, tous les marocains savent pertinemment que les piliers de ce serpent de mer sont la santé, l'emploi, une redistribution des fruits de la croissance et l’aspiration à une vie décente. 
Les soubassements de la maquette du modèle économique Marocain ne sont-ils pas énoncés dans la Constitution ? Démocratie, Etat de droit, pluralisme, bonne gouvernance, société solidaire soudée autour de la sécurité, la liberté, l’égalité des chances, la dignité, la libre concurrence,? 

De ce fait, je pense qu’il ne s’agit, dans cette chronique, de proposer un quelconque succédané à ce modèle en panne d’inspiration, je pense qu’il Il ne s'agit aucunement de prescrire ici une quelconque recette abracadabrante pour le nouveau modèle de développement. 

Si des recommandations concrètes il y en a, elles devraient provenir des imminences évoquées ci-haut, qui débordent de matière grise, de compétences et de talents. Ceux-ci doivent s'imprégner de la culture économique et sociale marocaine ; elles doivent être intrinsèques à la réalité économique marocaine et inhérentes aux problèmes sociales du quotidien des Marocains à même à reconsidérer notre modèle économique pour le mettre en phase avec les transfigurations que connaît et notre patrie et le monde. Ceux-ci doivent incorporer irréversiblement les volets incontournables de la liberté d’entreprendre, de la bonne gouvernance et de la justice sociale qui, faute de quoi, aucun prototype économique ne saurait pérenniser. 

Coïncidant avec les 20 ans de règne du Souverain Marocain, l’année 2019 doit être celle de la Majesté de ce chantier, et ses jalons doivent être jetés dès le premier semestre de cette nouvelle année 2019. Certes, Les blocs politiques et les différentes franges de la société civile pourront discorder sur quelques morphèmes du modèle de développement économique à emprunter, mais ne doivent aucunement diverger sur la trame fondamentale pour quelconqu’obédience idéologique ou de surenchère politique et politicienne. 

Comme cité ci-haut, les distorsions sont connues et les priorités sont limpides et translucides; nous n’avons nul besoin de recourir à d’autres check-up vu qu’il y a, déjà, foisonnement et pléthore en la matière. 

Au regard des métamorphoses économiques qui chamboule l’arène économique mondiale, 

l’intérêt est de procéder à calibrage méthodologique et à un découpage de l’appareil productif à même de détecter les lieux de jonction du tissu productif marocain au regard du système économique mondial. Le contexte et le climat de la donne économique mondiale, souvent interceptée, doivent gagner leurs lettres noblesse ce qui nous incite à exhumer une des citations de Feu SM Hassan II dans son Discours du 20 août 1993 "Nous constatons parfois un manque d’analyse concernant la carte régionale et mondiale, pourtant nécessaires pour l’étude de la carte nationale". 

Par ailleurs, faut-il, à notre sens, se suicider sur toute une armada de réformes économiques pour générer la croissance économique ? Ce qui nous exhorte à avancer que le nec plus ultra est de détecter le "SMIG" d’obstacles les plus contraignants de notre économie et de s’atteler à les lever.
Car, nous semble-t-il, beaucoup de réformes conduites dans plusieurs secteurs peuvent créer des distorsions imprévues dans d’autres secteurs ; en se concentrant sur le domaine qui bride le plus la croissance, le Maroc aura plus d’aubaines de récolter les fruits de son effort, car pour paraphraser l’Économiste Dani Rodrik, pléiade et spécialiste des problèmes de la croissance économique : "beaucoup de réformes peuvent créer peu de résultats et peu de réformes peuvent créer beaucoup de résultats".
Si l’économiste du pays de l’oncle Sam et chef de file de l’économie de l’Offre (supply side) Arthur Betz Laffer disait, à l’occasion, de sa fameuse courbe Laffer "Trop d’impôt tue l’impôt", je dirais, dans ce propos, que "trop de réformes tuent les réformes".
Tout est dans la simplicité, Léonardo de Vinci, l’artiste de la Joconde Mona Lisa n’a-t-il pas proverbialisé " La simplicité est la sophistication suprême" ?

Older Posts